Initiatives durables : Les jeunes prennent le pouvoir

Des organisations de jeunes mauritaniens sont arrivées à démontrer qu’avec un appui substantiel, elles peuvent mettre sur pied des projets porteurs et générateurs de revenus et à prendre leur destin en main.

Grâce à un financement de l’Union Européenne, des organisations marraines (Hadina RIMTIC, InnovRIM, « Je m’engage » à Nouakchott, Nahda à Riyad, la Maison familiale rurale à Kaédi)  et trente-quatre porteurs de micro-projets ont pu démarrer, en peu de temps, des projets économiques porteurs, en sus du volet sensibilisation classique. Elles ont ainsi généré de l’emploi et des richesses, pérennisant diverses activités après la fin des subventions.

Le projet Jeunesse et Pouvoir d’Agir (JPA) a démarré en Décembre 2016 et se poursuivra jusqu’en Juin 2020 (phase de clôture). Sa vocation ?  Aider les organisations de la Société civile mauritanienne et notamment le tissu associatif à se mettre en réseau et à  se structurer, tout en veillant à acquérir leur indépendance économique. « Nous avions voulu que les associations marraines jouent le rôle de locomotive des trente-quatre microprojets, (onze à Kiffa, onze à Riyad et douze à Kaédi), en dispensant des formations, permettre à ces associations de se mettre en réseau et de mieux se connaître,  au sein d’un tissu associatif élargi, pour qu’elles ne restent pas confinées en leurs régions d’action : Assaba, Nouakchott ou le Gorgol ; et en leurs actions entreprises sur le terrain », soutient  Roy Olivier, chef de projet JPA.

Les domaines d’activités varient au gré des communautés et des communes ; à Kaédi, c’est le maraîchage agricole ; à Riyad, la fabrication de savon local, la restauration et la tannerie ; à Kiffa, la vente d’eau potable, la fabrication de briques et la formation au numérique.

L’objectif global de JPA est de démontrer que le tissu associatif porté par les jeunes peut constituer une porte d’entrée pertinente au concept d’Économie Sociale et Solidaire (ESS) déjà pratiquée dans les faits mais sans la nommer nila moindre forme de structuration ou de mise en réseau propices à son développement. Le projet s’est fixé trois objectifs spécifiques en ce but global : se saisir de la problématique de l’emploi et de l’insertion professionnelle des jeunes, répondant ainsi à une préoccupation concrète des habitants ; développer l’ESS en Mauritanie à travers l’appui aux initiatives de jeunes ; démontrer que le tissu associatif peut être porteur de métiers et d’insertion et contribuer ainsi à la cohésion sociale. Pour atteindre ces objectifs, JPA s’appuie sur une double stratégie : en un, appuyer directement, par des subventions en cascade, une dizaine d’associations de jeunes de base dans trois commune-cibles (Kiffa, Kaédi, Riyad), sur les thématiques de l’ESS, ainsi que cinq associations « marraines », plus structurées, qui accompagnent les petites organisations de base locale. En deux, promouvoir le dialogue entre les élus locaux et les associations de jeunes sur les questions d’emploi et d’insertion des jeunes, en s’appuyant sur l’expérience des conseils communaux de jeunesse à Nouakchott.

 

Activités économiquement pérennes

« En tant que chef de projet », relate Roy Olivier du GRDR, « j’ai pu mesurer le chemin parcouru. J’étais là au tout début. Des microprojets devaient durer six à sept mois mais perduraient, un an plus tard, car ils dégageaient des revenus et des bénéfices. Ils n’ont plus besoin de subventions pour survivre, acheter du matériel ou effectuer des investissements. Grâce aux financements initiaux, elles ont pu entamer des activités économiquement pérennes qui ont favorisé de l’emploi et surtout  motiver les résultats de leur travail. Je pense que JPA devrait mener un plaidoyer auprès des acteurs du développement pour que l’UE favorise les projets subventionnant les activités des gens ».

Maître d’œuvre, le GRDR avait pour partenaires ECODEV dans la région de Kiffa et l’AMPG (l’Association des Maires et Parlementaires du Gorgol) à Kaédi. Chef de  file sur ce projet, le  GRDR  devait  l’administrer, en s’assurant que les subventions, réparties en plusieurs tranches (50%, 40% et 10%), étaient utilisées à bon escient.

À chaque étape, des rapports financiers et  narratifs furent élaborés afin de s’assurer que les activités étaient bien mises en œuvre, l’argent décaissé convenablement et de vérifier la conformité desdits  rapports, avant d’accorder les seconde puis troisième tranches des subventions.

Pour mieux  aider le tissu associatif à se structurer, une série de formationsfut initiée dans les trois zones d’intervention, permettant aux associations mauritaniennes – notamment les marraines et  celles  gestionnaires de microprojets – de mieux s’entendre. Ce  fut la clé du succès. Hadina RIMTIC et les autres marraines ont notamment pu former les  jeunes responsables et membres des associations de microprojets aux nouvelles technologies  du numérique et à la bureautique.

Les financements ont ciblé des projets portés par des jeunes de la Société civile mauritanienne. Et Roy de préciser : « Il était essentiel de favoriser la jeunesse en la plaçant au centre même de JPA. […] Le numérique est un levier important de développement économique et sociale, les opportunités qu’il offre ne sont plus à démontrer. Aussi avons-nousintégré cet outil au centre des programmes de formations que nous avons dispensés, en plus des aspects liés à la gestion des associations, l’élaboration de programmes et de stratégie, le réseautage, etc. Ces programmes furent conçus selon les besoins des associations. Nous avons organisé plusieurs voyages à l’intérieur du pays pour élargir d’une part notre champ d’action et permettre d’autre part à un nombre conséquent de gens de bénéficier de nos outils désormais à leur service », témoigne un responsable de Hadina RIMTIC.

Au cours d’une seconde phase, « nous dispensons des formations  avec des prestataires autour d’un module intitulé « Éducation, géographie, identité citoyenne ».Concrètement, il était important  que les jeunes s’approprient l’histoire de leur commune et leur terroir, qu’ils connaissent  les domaines de gouvernance, les prérogatives de la mairie, de la région, de la municipalité, l’histoire de la commune,  le rapport habitant et  territoire, l’ancrage communal et territorial. Nous avons organisé des formations sur la gouvernance d’une association ; comment  se constituer en association ; comment régler la gouvernance au niveau des rotations, des prérogatives du trésorier général, la répartition du pouvoir…Il y a également eu une formation sur l’entrepreneuriat. Comment  gérer une entreprise, comment épargner et comment investir. Puis une formation  sur l’économie solidaire (un concept franco-français). Il est important que les  jeunes engagés dans le tissu associatif  maîtrisent  ce langage des bailleurs. Et une formation encore sur ce qu’est une économie au service d’un territoire, au service de l’environnement des citoyens, dans cette compréhension que  l’économie n’est pas la recherche d’un profit absolu envers et contre tous, qu’il s’agit de lier le profit à l’épanouissement des individus ».

 

Grosse satisfaction

Grâce au  GRDR, les  projets ont été ainsi ancrés sur des communes bien définies (Kiffa, Riyad et Kaédi) et des liens établis entre  elles, entre  les acteurs de la société civile en Mauritanie et même avec  des acteurs de la société civile du Mali. La première  ligature s’est effectuée à la fin de  la première année du projet, avec la tenue d’une rencontre nationale à Nouakchott qui a regroupé quarante organisations de la société civile  afin de nouer des liens de partenariat. À la deuxième année, vingt OSC ont pris part à une  rencontre sous-régionale  à Bamako portant  sur l’économie sociale solidaire. « Il était nécessaire que ces organisations s’imprègnent de la  prise en compte  d’une politique nationale  et d’une législation  favorisant  ce type d’économie. Ce fut   intéressant, dans la  mise en réseau d’un pays à l’autre », se félicite Roy.

Enfin une rencontre internationale a eu lieu en France, avec la participation de  trois OSC, trois microprojets et trois organisations marraines. À  Paris et Lille, elles ont  pu  se mettre en lien avec des associations françaises et établir des partenariats notamment en termes d’économie sociale solidaire. « Le bilan est globalement positif », conclut Roy. Grâce à des subventions directes, des associations ont réalisé quelque chose de concret et surtout qui perdure. C’est une grosse satisfaction. Sur le  terrain, les associations continuent à travailler  alors que leurs projets devraient prendre fin. Le projet est capitalisé. Il est important de continuer sur cette lignée de subventions, surtout pour les projets à venir en terme d’employabilité, et de procéder à une enquête de terrain en amont pour faire ressortir les organisations éligibles à des subventions utilisées  à bon escient ».

 

THIAM Mamadou

 

Article réalisé en collaboration avec Hadina RIMTIC

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