Nouakchott, équinoxe du 20 mars : « A vos mares/ Prêt/ Partez pour les inondations ! » Nouakchott, équinoxe du 20 mars : « A vos mares/ Prêt/ Partez pour les inondations ! »

Nouakchott, équinoxe du 20 mars : «  A vos mares/ Prêt/ Partez pour les inondations ! »Moctar El Hacen Ahmed Salem – L’équinoxe désigne la durée du jour égale à la nuit. C’est dire que l’axe de l’équateur de notre vaisseau, la Terre, est dans le parfait alignement du soleil.

Cela arrive deux fois dans l’année : le 20 mars et le 28 septembre. Comme la plus grande masse d’eau se trouve au niveau de l’équateur, l’alignement avec l’astre solaire provoque des marées beaucoup plus fortes qu’à l’ordinaire lorsque l’axe de l’équateur est incliné. Grandes marées et pression d’eau plus forte sur le cordon dunaire ont des conséquences sur une ville littorale comme Nouakchott.

A l’approche du 20 mars, cet article donne un éclairage cru sur un risque bien réel : celui de la menace des eaux marines sur l’habitat. Rien ne sert de vouloir l’éradiquer, il faut savoir vivre avec et en tirer le meilleur parti.

Dans notre capitale, les mares et les eaux stagnantes font partie désormais de notre paysage au quotidien, alors que dans les années 70, on distinguait à peine, des sebkhas et des marais en bordure du littoral. Il faut donc se poser la question, pourquoi on est arrivé au stade où les eaux d’inondation sont devenues une menace permanente pour la ville, en fait, une sorte d’épée de Damoclès sur notre capitale.

De la naissance de la capitale, jusqu’aujourd’hui : pas de visionnaires, pas de stratèges, pas d’aménagistes pour penser la ville dans sa morphologie et son futur. Le ton a été donné, dans les années 50, lors des inondations du fleuve Sénégal (qui est arrivé alors jusqu’à Nouakchott) à travers les publications de L’IFAN. Celles-ci ont indiqué que Nouakchott est menacé par des sebkhas mouvantes, des mares à bas fonds inter dunaires, et des raz de marais en saison de vives eaux océaniques.

A l’érection de la capitale en 1957, on a ignoré ces données tout en précisant quand même, dans le plan LAINVILLE que Nouakchott, ne doit pas s’étendre au-delà de l’ambassade de France ni à l’ouest, ni au sud. L’extension de la ville et sa croissance, à travers SEBKHA et EL MINA, ont montré l’ignorance de cette recommandation, mettant ainsi, les ménages et les familles dans une vulnérabilité spatiale et des risques permanents face aux imprévus du littoral et face aux pluies exceptionnelles (comme dans l’année 1950, où la pluie a atteint en vingt quatre heures, 250 mm). Dans sa stratégie, la ville s’est limitée jusqu’à présent à l’élaboration de schémas directeurs sans application.

Les ménages, les communes, les autorités à Nouakchott, ne sont pas préparées aux risques naturels.

Malgré l’extension des mares, et les inondations consécutives à quelques pluies ayant dépassé les 50 mm, ces dernières années à Nouakchott, les familles et les autorités communales et administratives ne sont pas encore conscientes du danger réel. Notons quand même que certaines équipes municipales à Nouakchott, avec l’aide de l’Etat, ont entamé de remblayer « les flaques d’eau » et crient même victoire, avec le projet chinois d’assainissement des eaux de pluie.

Avec ce projet, nous chassons le mal par la porte, il reviendra un jour, par la fenêtre : Car nous oublions qu’avec une simple pluie de 100 mm à Nouakchott, le projet chinois sera contraint de pomper une année sans relâche 24/24, les machines pourront-telles- tenir ? Et ne parlons même pas des raz de marais à venir (comme celui de 1997) et des mouvements des sebkhas de Nouakchott, qui eux, ne peuvent pas être pompés. Pourtant d’autres solutions existent, pour réaménager les mares et les zones inondables à Nouakchott face aux changements climatiques.

Penser les mares autrement, comme font les chercheurs du LEERG de l’université de Nouakchott.

Les chercheurs du laboratoire pensent autrement les mares à Nouakchott : en les nettoyant contre les ordures, en les clôturant, et en les valorisant comme espace-nature pour les nouakchottois qui en ont besoin. Pour cela les équipes d’étudiants et de chercheurs ont un partenariat avec les communes les plus menacées telles que : EL MINA, SEBKHA, etc. pour une campagne de sensibilisation des ménages sur les inondations, ainsi que pour un programme de recherches-action sur des mesures d’accompagnement et de restauration étudiée des différentes mares à Nouakchott.

Un diagnostic a été établi sur les mares à Nouakchott, parallèlement à un suivi par satellite depuis 2004 sur chaque zone inondable. Il s’est avéré que, plusieurs mares sises en plein centre ville, peuvent être protégées, notamment la mare F NORD, sujet à des spéculations immobilières et au braconnage des poules d’eau dont les œufs et leurs petits ne sont même pas épargnés. Les lots accordés au centre de la mare F NORD, peuvent notamment, être attribués ailleurs, ce qui permettra d’arrêter le massacre des oiseaux d’eau, en plein centre de notre capitale.

Le ministère chargé de l’environnement ignore le massacre quotidien des oiseaux d’eau à Nouakchott/F NORD.

Tous les jours, les bétonnières et les camions de gravats déversent des tonnes, et des tonnes de béton, massacrant cruellement les nids et les habitats des poules d’eau. L’espace de la mare F NORD s’est réduit ainsi de moitié, entre 2010 et 2020, sous l’effet de ces actions. Ceci ajouté aux menaces des enfants de la rue, avec leurs chiens- chasseurs en pleine capitale, ainsi qu’aux braconniers avec leurs carabines, notamment la nuit tombée.

MARE A NOUAKCHOTT POUVANT ETRE VALORISEE AUTREMENT QUE D’ÊTRE UN ESPACE D’ORDURES (Sur la photo, on voit les poules d’eau, objet de massacre au quotidien)

Gérer les eaux d’inondation face aux changements climatiques ou transférer Nouakchott à Tanit.

Si nous ne gérons pas les eaux d’inondations à Nouakchott, telles que mares, sebkhas, exondations marines ; Nouakchott sera ingérable face aux changements climatiques annoncés, notamment dans la zone portuaire du PANPA qui est menacée à terme, et par conséquent, met aussi en danger, la ville de Nouakchott, de par les aménagements opérés. Il faut donc penser progressivement à étendre la ville vers Tanit et y aménager même, le port commercial à condition que celui-ci :

• puisse accueillir des bateaux d’un tirant d’eau de 18m (le PANPA ne peut accueillir actuellement, que des bateaux de 14 m,

• et de relier le domaine portuaire à l’hinterland du pays et la sous-région sahélienne : routes, chemin de fer …)

PR HABILITE MOCTAR EL HACEN

Via cridem
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