Ahmed Mohamed Yedaly : Passif humanitaire : une opportunité à saisir

S’il existe aujourd’hui un problème qui nourrit tous les autres problèmes du pays, c’est bien celui du passif humanitaire. Une plaie qui n’arrête de s’enfler et d’hypothéquer toutes les solutions des autres problèmes du pays.
L’autre grand problème qui divisait le pays, l’esclavage, qui lui barrait la route d’accès à l’honorabilité et à la respectabilité au sein de la communauté internationale est désormais reconnu, de façon non équivoque, comme crime contre l’humanité et traité comme tel par les institutions de droit et de justice de l’Etat Mauritanien.
Ses auteurs sont punis par la loi, qui autorise désormais les organisations de la société civile des droits de l’homme de se porter partie civile, pour les identifier les faire condamner par des tribunaux constitués à cet effet.
Il faudra longtemps pour que les innombrables préjudices de tous ordres, subis par les anciens esclaves, soient réparés et compensés, au plan économique et social, afin que disparaissent tous les inégalités nées de l’esclavage et des autres formes d’exploitation de l’homme par l’homme.
C’est exactement le contraire, quand il s’agit du « passif humanitaire ». Le concept lui-même, la formulation d’un nom générique (passif humanitaire) sous lequel fût « identifié» le plus grand crime, commis par des hommes au pouvoir en Mauritanie, contre d’autres hommes et femmes mauritaniens innocents et d’une seule communauté ethnique, a été retenu, par défaut.
Ce « carnage », que seul Satan pouvait imaginer et exécuter, a bel et bien divisé les Mauritaniens, à tous les niveaux, entre ceux qui condamnent, ceux qui approuvent et ceux qui se taisent.
Il aura fallu 18 ans d’attente (1989-2007) pour que l’expression « passif humanitaire » passe du stade tabou (silence absolu) au stade de revendication nationale, épaulée par un Président de la République civile, élu démocratiquement.
Un pas de géant, vite entravé par un « nain ». La prière de Kaëdi, qui n’était qu’une tentative, vaine, pour récupérer les acquis DIDIOCA, sans leur auteur, s’est résumée en une mystification de plus. Aujourd’hui, en Mars 2020, une situation nouvelle, potentiellement favorable à une tentative de résolution du passif humanitaire, se profile dans nos horizons.
Elle est marquée par la volonté annoncée du Président Ghazouani, d’instaurer la justice et la paix dans le pays. Même si ce thème, en tant que tel n’a pas encore fait l’objet d’une déclaration spécifique de sa part, il a affirmé au cours de sa dernière conférence de Presse qu’ il n’était pas juste de parler de « réconciliation nationale » dans un pays qui n’a pas connu une guerre civile, mais plutôt d’unité nationale, ce à quoi il s’attelle ». Une brèche, de taille, dans le mur de silence observé par son prédécesseur et qui ouvre grandement, aux observateurs optimistes, la porte d’une possible reconsidération nouvelle de la problématique du passif humanitaire, par le nouveau pouvoir.
Sur le front de la « contestation », il semblerait que la masse des victimes et ayants droits, se détache de plus en plus des visions « romantiques » d’une révolution qui piétine, pour mieux écouter ceux qui proposeraient des solutions acceptables et officielles, qui mettent fin à 30 ans d’attente et de privations.
Des échos repris et confirmés par des messages croisés entre l’ancien Commandant de la prison de Walata (Soufi) qui se déclare disposé à demander pardon aux parents des victimes, un ancien fonctionnaire de l’Etat (Abdoulaye Diagana), qui confirme que les victimes seraient perméables à une telle action et un Député de la majorité (Ogo) qui estimerait que toutes les voix qui prônent la paix et l’unité doivent être écoutées. Une somme d’éléments favorables à une initiative nationale qui servirait de « catalyseur », pour inviter l’Etat à une table ronde autour du thème spécifique du passif humanitaire, quitte à lui trouver une nouvelle appellation.
Un appel à candidature est donc lancé pour le choix d’une personnalité nationale dont le charisme et le courage politique seraient déterminants. Les éventuels candidats de LIMDEN pourraient bénéficier d’une clause de discrimination positive.

Ahmed Mohamed Yedaly

 

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