L’opposition démocratique : s’adapter ou disparaître

opposition mauritanienneL’opposition démocratique en Mauritanie, née du FDUC et de l’UFD, à la fin des années 80 du siècle dernier, s’est cristallisée au tour des grands partis tels que TEWASOUL (Islamiste), le RFD (technos-notables), l’APP (Haratines-Nasséristes), l’UFP (MND-Kadihines), SAWAB (Baathiste) et récemment la CVE (regroupant plusieurs familles politiques négro-africaines).
Ces partis, constitués au départ, au tour des grands thèmes du développement économique, de l’éducation, de la justice sociale, de l’esclavage et du « passif humanitaire », ont souvent des approches politiques différentes, dictées par leurs sensibilités spécifiques : ethniques, idéologiques, ou culturelles. Leur résistance aux multiples assauts du système Aziz, les a exposés à de rudes épreuves, dont l’opposition est sortie, globalement affaiblie, divisée et laminée.
L’élection du Président Ghazouani, une « étape » dont tout le monde avait salué l’avénement, permit au pouvoir de prendre le temps de » voir » et à l’opposition de se faire une autopsie, pour mieux « comprendre ». Un « cessez-le feu », tacite, réciproquement bien apprécié.
Le président Ghazouani, qui vient de rompre le silence, par sa conférence de presse du jeudi dernier, a présenté le bilan de ses premiers 7 mois de pouvoir et esquissé sa vision pour l’avenir. Ce fût l’occasion pour lui de passer en revue les thèmes phares des programmes de l’opposition démocratique (les inégalités sociales, la pauvreté, l’esclavage, le passif humanitaire, l’unité nationale, et la corruption) et d’annoncer qu’ils ont été « diagnostiqués par le gouvernement, recadrés dans leurs justes dimensions, pour être inscrits et traités dans les priorités du programme d’action du Président de la République ».
Les partis d’opposition, préoccupés par la préparation de leurs congrès respectifs, ne se sont pas encore prononcés par rapport au bilan du Président Ghazouani, perçu, globalement, comme un renfort pour l’accalmie post-électorale, que les faits ont transformée en un climat d’apaisement, dont tout le monde semble s’accommoder.
Il est alors permis de penser que la « congrécite », qui touche actuellement les chefs des partis de l’opposition démocratique, puisse également, par ces temps où les virus sont en liberté, contaminer le camp de la majorité, qui a, certes, fait taire le questionnement sur la » Marji3iya » de l’UPR, mais qui continue à gérer « au noir » plusieurs groupes et mouvements politiques pro-Ghazouani, en quête de cadre organisationnel légal et d’intégration. Une opportunité pour l’UPR de se doter d’un sang nouveau (non contaminé), et d’un nouveau nom moins marqué.
Et de fil en aiguille, de congrès en congrès, « on » pourrait converger vers un congrès de l’unité nationale, à Aleg ou ailleurs. Une occasion pour les partis politiques, tous les partis politiques, de siéger ensemble, sous le même toit, pour élire un même Président consensuel, de préférence un ex-Mouhemmesh (ex-exclu).
Et comme la constitution interdit le cumul des fonctions de Président de la République et d’un parti politique, fût-il celui de l’unité nationale, la démocratie est sauve et les grands équilibres aussi. Ce ne sera pas la fin de l’histoire, mais celle d’une étape, mouvementée, de notre histoire.
En tout état de cause, ce n’est pas le Père de la Nation qui dira qu’ »ils sont devenus fous »

Ahmed Mohamed Yedaly
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