Mise en place de la commission d’enquête parlementaire : vers la déchéance d’Ould Abdel Aziz !

C’est avec une rapidité déconcertante que le parlement mauritanien a approuvé, à l’unanimité, la fondation d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’éplucher divers dossiers dont la gestion, sous le magistère de l’ex-président Mohamed ould Abdel Aziz, est suspectée d’irrégularités. Une Première dans les annales de la République Islamique de Mauritanie. En attendant que la commission se penche sur lesdits dossiers, livre ensuite ses conclusions et les transmette à la justice, la décision de fonder cette structure suffit, à elle seule, à évoquer la «déchéance » de Mohamed Ould Abdel Aziz. Omnipotent et omniprésent durant ses onze années à la tête de son pays, alors encensé par nombre de ceux qui le vouent  aujourd’hui  aux gémonies, le voici nu, après avoir réalisé ou, du moins, favorisé une  alternance pacifique, le 22 Juin dernier. Et l’on ne peut s’empêcher de penser au précédent en Angola où les fils et gendre du Président sortant, ami lui aussi de celui qu’il choisit comme successeur, sont priés de s’expliquer sur le pillage organisé des ressources du  pays.

De fait, après avoir perdu la première bataille – contrôle de l’UPR – contre son dauphin et ami de quarante ans, l’ex-président de la République mauritanienne pourrait se retrouver devant la justice pour s’expliquer sur sa gestion. C’est, en soi, une humiliation pour quiconque présida aux destinées de son pays. Et d’autant plus humiliant, en l’occurrence, que le destin d’Ould Abdel Aziz est entre les mains de certains de ceux qu’il n’avait pas manqué, lui, d’humilier et devant lesquels il aura à justifier, une fois encore, les sources  d’une richesse qu’il déclare avoir acquise « licitement » durant son règne. Avec, au premier rang de ceux-ci, le député Yahya ould Ahmed El Waghf, un des neuf membres de la commission d’enquête. On se rappelle que cet ancien Premier ministre de Sidi Cheikh Abdallahi fut envoyé au bagne au lendemain du coup d’État du 6 Août 2008. Avec ce commentaire aussi blessant qu’ironique d’Ould Abdel Aziz, à l’adresse de ceux qui réclamaient sa libération : « il lui faut consommer le riz avarié que son gouvernement a acheté pour la SONIMEX ».

Réclamée par l’opposition siégeant à l’Assemblée nationale, la commission d’enquête parlementaire  aura la redoutable tâche d’établir s’il y a eu ou non des irrégularités dans la passation de certains marchés (gré à gré), dans la gestion de diverses institutions ou projets, dans la vente du patrimoine de l’État, etc. Accablant pour l’ex-Président… s’il accepte de s’expliquer devant  des gens  qu’il a parfois contribué à sortir de l’ombre. Tout le monde connait le tempérament d’Ould Abdel Aziz, l’homme n’acceptera certainement pas de se laisser « humilier ». Et pour ne pas en arriver là, il préfèrera peut-être  « entrer dans les rangs » et négocier avec son successeur. Restituer les fonds qu’il est présumé avoir détournés ?  Sous son règne, beaucoup de fonctionnaires accusés à telle enseigne furent libérés après avoir remboursé tout ou partie desdits montants. Mais l’opinion publique acceptera-t-elle  cette solution à l’amiable ?

D’autres  questions taraudent aujourd’hui les Mauritaniens : l’ex-Président  acceptera-t-il de répondre à la convocation de la commission, voire de la justice ? Quelle attitude adopteront ces deux institutions ? Quelle sera celle du président de la République ? Ould Ghazwani a pris l’engagement de restaurer le Droit, il est aujourd’hui très attendu là-dessus. L’acceptation, par le Parlement, de fonder une commission d’enquête est un pas important ; une première réponse à la demande de l’opinion, est-on tenté de dire. Mais, si la  majorité parlementaire en a  approuvé la fondation, le gouvernement n’en entravera-t-il pas le fonctionnement ? Attentifs, les Mauritaniens attendent de bonnes réponses. C’est dire qu’une grande partie de la crédibilité du nouveau pouvoir est en jeu. L’autre partie, c’est déjà cette impression de non-changement au sommet de l’État et… dans les marmites de trop de citoyens.

DL

Le calame

 

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