Odette du Puigaudeau, la Bretonne du Désert…. « Nous voulions être des nomades »

L’image contient peut-être : 1 personne, deboutSi proche de nous, pourtant si lointaine, la Bretonne du Désert est une française, venue en Mauritanie, dans les années 30, avec son amie Marion Senones. Ensemble, elles ont vécu dans notre pays, l’ont quitté pour y revenir, sont revenues pour en repartir, et reparties pour y revenir…Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"au bout de ces aller-retour, Odette est devenue plus mauritanienne que la plupart d’entre nous. Elle a vécu avec nos ancêtres, elle les a portés en estime, respectés, compris et critiqués, parce que devenue des leurs, sans l’être. Elle a photographié ces hommes et ces femmes, pour immortaliser leurs instants de pureté et d’authenticité. Elle a dessiné, pour conserver cette civilisation que le vent balayait irrémédiablement. Elle a restitué la beauté de ce désert que seuls les amoureux de l’art peuvent arracher à l’Eternité.Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"

Parlons un peu de celle qui, là-bas, en ce début d’été, préparait déjà sa guetna, et je la cite : « il y a, au Tagant, une soixantaine d’espèces de dattes ; les unes, sombres et veloutées de bleu, comme nos raisins noirs, les grosses Maboula juteuses, les Ganeb allongées, les petites Amar, Oummarek, Tijoub, Bouseker. Il y a les Sekani et les Mreïziga, couleur de miel, les rouges Alvet el-Baoua, les Tamazad, les Bezoul, les Basbourk, couleur d’ambre, les Euze et les Tizannent, couleur d’écaille brune. Il y en a bien d’autres, sauvages ou cultivées, toutes différentes de teinte et de saveur. Mais les plus beaux dattiers, ce sont les Tinterguel qui vivent quatre-vingt-dix ans et donnent douze régimes de gros fruits jaune sombre, et les Tiguidert, les « émirs des dattiers », les patriarches des palmeraies ».Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"

Une énumération d’artiste, qui complète son observation de cette grande foire aux dattes, qui ne déplaira pas aux ressortissants du Tagant, où notre nomade a été aimée et acceptée, avant de se confier, heureuse : « engourdie de chaleur, de lassitude, de désœuvrement, la tête vide. Je voudrais pouvoir dire ce que j’ai toujours senti obscurément, ce que je sens, en ce moment, plus fort que jamais : l’espèce d’apaisement qui monte de ce pays dévasté—dévasté comme une vie humaine gâchée. Apaisement qui vient de son vide, de sa stérilité, de sa quasi-inutilité. Son sable sec, ses cailloux, son ciel incolore, tout vous dit que l’effort est inutile—et que la sagesse est de se résigner devant le « non » du Destin ».

Fataliste et dramatique, cet aveu de parenté avec le désert où nul n’échappe à sa vérité. Seuls ces étrangers au désert peuvent en comprendre le désarroi ; Odette, comme ces hommes du vent et du sable, baigne et traverse cet océan de désert, en paix et en toute aventure.

« Nomade j’étais, quand, toute petite, je rêvais en regardant les routes ; nomade je resterais, toute ma vie, amoureuse des horizons changeants et lointains, encore inexplorés », nous dit Isabelle Eberhardt, cette européenne de naissance, qui quitte le bonheur, paisible, de Genève en Suisse, se convertit à l’islam et devient algérienne : c’était au début du XXème siècle. Odette, disciple d’Isabelle ?

Invitons Mohamed Said Ould Hamody, Abdel Wedoud Ould Cheikh et Ahmed Baba Miské, à nous parler d’Odette du Puigaudeau.Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"

Commençons par ce jeune « lettré maure » qui traduisait, en ces années 1950, la poésie à cette « hassanophone », pour nourrir sa « bédanité », demandons à Ahmed Baba Miské, (confortablement installé dans le « salon-kheyma » de l’appartement d’Odette, dans IXème arrondissement à Paris, 14, rue Vintimille), cette « petite badiya » qui servit de refuge et vit grandir ses amis et protégés mauritaniens, venus en France pour étudier (la cité internationale…Mokhtar Ould Dadah…) ; demandons-lui, donc, pourquoi Odette du Puigaudeau nous quittait, dans la détresse, en ces années d’indépendance, au moment où ses amis accédaient au pouvoir et qu’elle assistait à la proclamation de la Nation mauritanienne, pour laquelle elle ne pouvait espérer mieux ? Demandons-lui, surtout, pourquoi cette France qui remettait, à ses amis, les clés de la nouvelle Mauritanie, pourquoi cette France n’a pas aménagé une suite, royale, à cette française plus bidaniya que jamais ?

Mais nous n’aurons de réponse que ce regard, tendre et nostalgique, qui en dit long. Nous n’irons pas plus loin, laissant ces questions aux vrais historiens ; nous ne céderons pas à la facilité de dénoncer le tempérament difficile d’Odette, pour expliquer cette rupture brutale…ce terrible drame.

Mohamed Saïd Ould Hamody est plus expansif dans ses analyses, lui qui regrette cette rupture et déplore l’impertinence de cette déroute, qui « nous a fait perdre une personne précieuse » ; plus tard, il essayera, d’ailleurs, de récupérer, d’Odette, ce qui n’était déjà plus.Elle l’avait, pourtant, bien prédit : « L’intérêt que tant de sahariens ont porté à mon travail, leur zèle à m’instruire, me donnent à croire que cet ouvrage sera utile aux Maures eux-mêmes, plus tard. Je le souhaite, tout en regrettant de penser qu’ils auront, un jour, fatalement, à rechercher dans les livres ce qui leur était familier hier ». Fatalement !

Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"Cette « quête du lointain », là-bas, derrière l’horizon et toujours plus loin, qui semble avoir été la ligne conductrice du destin d’Odette, n’avait d’égale que sa « périlleuse passion saharienne », un désir profond du Désert et des grands espaces. Abdel Wedoud Ould Cheikh nous projette une image originale de notre « blonde » bédouine, venue à la rencontre des « promesses érotiques » du Désert, une « sorte de jouissance cosmique », ou quand les dunes dévoilent leur sensualité…

Emotions et émotivité qui nous interrogent sur notre nature profonde, notre identité, notre existence : qui sommes-nous ? Ou bien devrais-je dire : qui sont ces Maures avec lesquels Odette a partagé son destin ? L’ont-ils accepté ? Refusé ? Sont-ils ouverts aux autres ?

Sous l’hospitalité légendaire des Maures, se cache une très intense générosité. Le Maure, parmi les Maures, est très enclin à briller, par ses qualités de partage et de solidarité. Tous y cultivent, quelque part, ce mythe de la parentèle et du lignage, le conte de la grand-mère, par exemple, cette grand-mère à tous, véritable carrefour de leurs filiations, cette mère au lait intarissable, qui unit des familles complètes, des tribus entières, des communautés disparates.Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"

Cette générosité est, parfois, sans limites… pourvu que l’hôte en accepte les conditions : accepter cette hospitalité, pour n’être plus que ce Maure parmi les Siens. C’est à cette condition – et à cette condition seule – que cette entité maure est délivrée, attestée. L’identité se revendique : est, forcément, maure, qui le veut ! Est, incontestablement, nomade, qui le peut !

Odette du Puigaudeau le sait : « nous voulions être des nomades » ; et elle l’affirme : « nomadiser, c’est vivre avec eux [les nomades], lié à leurs joies et à leurs peines, poussant sa monture, de puits en puits, de campement en campement, vers quelque but lointain…de s’entraîner à la recherche des pâturages, aux longues marches, anxieuses, vers un puits desséché, d’éprouver la fatigue, la faim, la soif, la peur et de sentir croître, en son cœur, avec l’indispensable résignation, un goût étrange pour les luttes et la rudesse de cette existence ».

Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"Qui, mieux qu’Odette, pour restituer la beauté de cette vie, si rude pourtant, et décrire, fidèlement, ce qui, aujourd’hui, n’est plus ? Monique Vérité, qui lui a consacré une biographie étoffée, parle de « ses obscures résistances » qui se traduisent par des contradictions existentielles singulières, lesquelles contradictions fondent un « écart » – une espèce de « porte-à-faux, partout où elle se trouve » – un « écran », entre elle et les autres, entre elle et les Maures – par exemple, Odette ne parle pas le Hassaniya et c’est contrariant ! – une frontière qui finit par séparer. L’excellente biographie se demande si ce n’est pas un garde-fou, de peur de basculer dans l’autre rive, de perdre ses repères, et de se perdre ?

Etrange sentiment d’intimité

A moins que ce ne soit pour les retrouver, les rejoindre dans ce qui peut les unir de plus fort, eux, les nomades sahariens – transcendentalement et idéalement – au-delà des frontières ; l’aventure sous une forme nouvelle ; spirituelle, celle-là : la foi. Ecoutons Odette du Puigaudeau. A la question : « l’impression la plus forte qu’elle a gardée du Sahara ? », elle répond, si paradoxal que cela puisse lui sembler, « un sentiment étrange d’intimité »… « Le nomade est en relations intimes avec tout ce qui le domine et ce qui l’entoure, avec le Visible et l’Invisible, avec le Divin, le Terrestre, le Souterrain…c’est pourquoi l’étranger qui arrive […] est saisi au désert par ce sentiment d’intimité avec les gens, les bêtes, les choses ».Monique Vérité va plus loin, en nous révélant qu’Odette, à la fin de sa vie, « se bercera de la mélopée (Récital) qui ponctue la marche des chameaux : La ilahaillallah… La ilahaillallah… ». Dans son dernier fauteuil, se balançant en sa position d’adieu, du haut de ses quatre-vingt-dix-sept ans…une intimité qui va la bercer au rythme d’Ech-Chahada : « La ilahaillallah… La ilahaillallah…La bénédiction ultime, Houssnou El Khatima, disent les musulmans !Résultat de recherche d'images pour "odette du puigaudeau"

Dans son imposant ouvrage « Mohammed, le vrai visage du Prophète de l’islam », dont le professeur et éminent savant, Hamden OuldTah, secrétaire général de la ligue des oulémas de Mauritanie, a dit qu’il est « le meilleur ouvrage contemporain en défense de l’islam», le docteur Moussa Ould Hormat-Allah nous révèle des grandes figures emblématiques européennes, qui ont été touchées par la grâce et la miséricorde divines, et se sont converties à l’islam. Nous apprenons, par exemple, que Ali Napoléon Bonaparte, Abou Baker Victor Hugo, Lamartine et, même, Voltaire ont été « touchés » par la bénédiction ultime. Invitons le docteur Moussa à visiter, à son tour, le destin de Halima Ech-chenguitti, Odette du Puigaudeau. Halima, le prénom qu’elle a choisi est celui de la nourrice du Prophète Mohammed(PSL). Et cette Fatiha qu’elle fait réciter, au décès de son amie et compagnon de toujours, Marion Senones, que nous savions très réceptive et forcément en phase avec l’islam, la religion de ses nomades. Question de la « ramener » aux Siens !

Et, en vraie fille des sables et du désert, Odette préparait son dernier grand voyage, avec la même soif d’aller toujours au-delà de l’horizon et plus loin, parce qu’en intrépide chamelière, elle savait que voyager, c’était vaincre, un peu pour confirmer qu’elle était d’un « destin hors-série », comme aimait à le dire Théodore Monod.

Maîtrisant sa monture, le jeune Lefeileh (le mignon, le nom de son chameau), du haut de sa rahla (la selle), elle emportait, dans sa tassoufra (sac de voyage), les portraits des paysages bretons, celui de l’émir de l’Adrar, du méhariste solitaire, ces amitiés éphémères mais jamais oubliées…et sa poupée rapportée de Oualata, soigneusement drapée dans sa petite melahfa (voile).

La Bretagne fut sa terre de naissance ; la Mauritanie, son désert élu. « Comme la vie était facile et simple ! Comme j’aimerais être dans la brousse, avec ces gens-là, et une dizaine de chameaux ! », soupirait Odette. A Dieu vas ! Innalillahi wainnaileyhiraji’oune…

Moma Ould Dide

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