Gleibat Legleie (II) : recit d’un accrochage, lors de la malheureuse guerre fratricide…

L'armée mauritanienne considérée comme un gage de sécurité Vers 15 heures, l’avion qui survolait en permanence l’ennemi annonce qu’il est en fin de potential et qu’il rentre à Zouerate, une source précieuse de renseignements et un facteur prédominant dans la manœuvre qui manquera cruellement au sous-groupement. La zone d’accrochage est un terrain plat parsemé d’une dizaine de guelbs en demi-cercle dont les plus determinants dans la manoeuvre étaient Touama Legleie au sud-ouest et deux autres guelbs au sud-est qui constituaient les pointes avancées comme une mâchoire.
Dans sa marche d’approche, le sous-groupement reconnut Touama Legleie dans la foulée et continue son mouvement vers Gleibatt Legleie où l’ennemi était visiblement toujours sur la mise place de son dispositif de combat.
Les quinze véhicules signalés par l’avion n’étaient en fait qu’une pointe de l’avant-garde de l’ennemi dont le gros ne se manifestera qu’après le départ de l’avion. Le gros de l’ennemi était-il sur place et bien camouflé? Peu probable, une centaine de véhicules, quelque soit l’art de camouflage ne pouvait passer inaperçue. Ou bien était-il toujours en mouvement d’approche pour n’arriver qu’aprés le départ de l’avion? Tout porte à le croire. Une question qui restera toutefois sans réponse.
L’escadron d’éclairage commandé par le Lt Diarra, en tête du dispositif, flanqué à droite par l’escadron de Mit 30 commandé par le S/Lt Mahfoud et à gauche par l’escadron de Mit 50 commandé par le S/Lt Yezid, rend compte du contact visuel avec l’ennemi cherchant à occuper deux guelbs à 300 devant lui. L’ennemi ouvre le feu sans attendre. Pris de court, sur un billard, les trois escadrons amorcent un repli désordonné vers une ligne d’escarpement qu’ils venaient juste de passer, s’offrant à l’ennemi dans toute leur vulnérabilité. L’escadron des mortiers 81m/m commandé par le S/Lt Moussa Ould Mamady, dans l’élan de son mouvement arrive à son tour au niveau des unités de tête déjà en cafouillage et c’est l’entassement fatal. L’artillerie, commandée par le Lt Gueye, ne viendra que tardivement pour tenter une mise en batterie à découvert. A cause de l’étroitesse de l’espace offrant des opportunités de protection, les hommes s’entassent presque au corps le corps, les véhicules beaucoup plus exposés cherchaient désespérement mais en vain des points d’attache sur le terrain. En moins d’une heure de confusion, les véhicules dans leurs mouvements désordonnés commencent à tomber en panne d’essence. Le sous-groupement n’était plus qu’un regroupement confus s’offrant en cible à un ennemi impitoyable, aguerri et bien aggripé au terrain avec la plénitude de ses moyens et profitant de l’effet de surprise. La riposte du sous-groupement vient tardive et désordonnée. Dans la fureur des combats, le commandant de sous-groupement perd tout contact radio avec ses commandants d’unités et partant, tout moyen de coordination des actions de ses éléments.
L’ennemi mit en oeuvre toute sa puissance feu pour détruire le sous-groupement. Les B 10, les douchkas, les Mit 50 et les canons de 75m/m accomplissaient implacablement leur redoutable oeuvre destructrice. Les véhicules et les hommes volaient éclats. Le champ de bataille n’était plus qu’une magma informe de gémissements, de cris, de deflagrations et de cadavres d’hommes déchiquetés, en lambeaux, jonchant le sol, pêle-mêles et méconnaissables. Puis ce fut la panique, le pire ennemi des unités les plus aguerries et les mieux entrainées. Les hommes avaient perdu toute notion d’esprit d’équipe, toute notion d’appartenance à une collectivité au destin commun. Toute l’humanité a disparu pour laisser place à des bêtes traquées dont l’unique aspiration était de sortir de cet enfer dont les machoires se resserraient inexorablement sur eux, réduisant leurs chances de survie. Les hommes couraient dans tous les sens comme des possédés s’accrochant au premier véhicule passant à leur portée. Le commandant de sous-groupement complètement attérré essayait de toutes ses forces de ramener ses hommes à la raison pour reprendre le combat, en vain. Et ce fut la débandade. Réalisant l’effet de son action sur le sous-groupement, l’ennemi exploite la situation en montant l’assaut. Dans une confusion monstrueuse et indescriptible, les hommes désertaient le champ de bataille, qui, en voiture, qui à pied, traversant le dispositif de la batterie d’artillerie, toujours au stade de préparation des tirs.
Debout à côte son véhicule de commandement, le combine du C77 à la main et préparant une mise en batterie de ses mortiers 81, le s/lt Moussa Ould Mamady recoit une refale. Il ne reprendra conscience que dans une ambulance filant à toute allure en direction d’Alger. La dernière fois où il a été vu, le lt Diarra s’activait à contenir l’affolement de ses hommes. La dernière image du Lt Gueye n’était pas sans rappeler celle d’un Amiral de sa très Gracieuse Majesté refusant d’abandonner son navire en perdition. Il avait tout simplement dégainé son PA, le comble pour un artilleur dont la portée des obusiers 105 HM2 est de de 11 kilomètres, et prenant la position la plus digne, s’était mis à tirer sur l’ennemi fonçant sur lui.
Ce n’est qu’à trois ou quatre kilomètres du lieu de l’accrochage que les éléments résiduels du sous-groupement ont été regroupés. Lorsque les renforts arrivent tard dans la soirée , le spectacle était désolant.

Colonel(R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou

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