Quand l’ambassadeur de la France à Nouakchott remue le couteau dans la plaie…

Quand l’ambassadeur de la France à Nouakchott remue le couteau dans la plaie…Mohamed Yeslem Yarba BEIHATT – De grâce, Excellence, Monsieur l’ambassadeur, ne remuez plus le couteau dans la plaie. Parce que, étant sensé avoir du tact, pour bien représenter votre pays, vous êtes aussi sensé être suffisamment édifié sur les sujets les plus sensibles, dans le pays où vous êtes accrédité.

Et pour ne pas être suspecté de mauvaise foi, vous auriez dû ne pas aborder le problème de la langue en Mauritanie. Car, si vous n’êtes pas encore au courant, -dans quel cas, je le regretterais fort – ; je vous le fais savoir : le rapport entre la langue du colon, le français, pour bien nommer les choses, et celle officielle de la République Islamique de Mauritanie, l’arabe ; ce rapport-là, était la cause malheureuse des évènements regrettables de 1966.

C’est vous dire, d’emblée, le caractère sensible, épineux, et singulier du sujet ; car toujours brûlant, tant les évènements sanglants de cette année-là, sont encore vivants dans les esprits de tous les mauritaniens.

Cette expression de souhait faite, et pour vous aider à être dorénavant plus averti, je me permets de réagir, car j’en ai le droit le plus absolu, à une réponse, que vous avez donné, lors de votre dernière interview, accordée au site Al Akhbar.

L’énoncé de la question étant le suivant : « Que pensez-vous du recul de la langue française en Mauritanie ? » ; vous avez répondu, je cite : « Voici une question que l’on me pose en français et à laquelle je répondrai donc avec plaisir en français. Avec la langue arabe et les langues nationales, la Mauritanie possède un patrimoine linguistique de grande valeur, dont elle peut légitimement être fière.

S’il n’est pas cité dans la Constitution mauritanienne, l’usage du français est une réalité liée à l’histoire de la Mauritanie. Je comprends que certains, pour des raisons identitaires ou politiques, n’apprécient pas cette réalité. Mais cette réalité est là, c’est un acquis.

Ce constat fait, plutôt que de poursuivre un combat à mon avis démodé, pourquoi ne pas considérer le plurilinguisme comme une véritable richesse, une ouverture au monde, en particulier pour la jeunesse, dont une partie étudie dans les pays de la Francophonie ? Très fréquemment, je reçois des demandes pour accompagner les administrations, les structures privées, ou encore les particuliers dans leur volonté de développer l’enseignement du français.

Je crois que le français, comme l’arabe et toutes les autres langues internationales, est un facteur d’emploi partout dans le monde. Avec cinq Alliances françaises, toutes des associations de droit mauritanien, la Mauritanie détient l’un des réseaux les plus denses et les plus dynamiques de la région pour un pays de quatre millions d’habitants.

Notre coopération avec l’Université de Nouakchott pour valoriser l’enseignement du français, aux côtés de la langue arabe, ou pour permettre aux étudiants mauritaniens des classes préparatoires d’intégrer des cycles en français des grandes écoles est une réussite – je vous rappelle qu’avec huit Mauritaniens admis à l’Ecole Polytechnique en France, la Mauritanie s’est classée première dans le monde de cette session de printemps 2019 de la filière universitaire internationale francophone.

Il y a tout à gagner, à mon avis, à jouer la carte du plurilinguisme en développant le français au côté de l’arabe et non pas en mettant ces langues en concurrence. Dans ce domaine, mieux vaut être pragmatiques que de rester prisonniers de combats d’arrière-garde ou de lectures idéologiques. Pour moi, la vraie question à se poser est : de quoi a besoin la Mauritanie ? De quoi ont besoin les jeunes Mauritaniennes et Mauritaniens pour leur avenir ? » Sic.

Décortiquons cette malencontreuse réponse, pour contribuer au démantèlement systématique de toutes les confusions, amalgames, mystifications, qu’elle charrie.

Vous dites : « Avec la langue arabe et les langues nationales, la Mauritanie possède un patrimoine linguistique de grande valeur, dont elle peut légitimement être fière. »

Ici, la volonté patente de soulever, pernicieusement, le rapport entre l’arabe et les langues nationales, est manifeste. Non seulement, c’est une ingérence cynique dans les affaires intérieures d’un pays souverain, mais aussi c’est une volonté manifeste de mettre en conflit, les langues nationales, et la langue officielle de notre pays.

Alors, en guise de réponse, je vous dirai : peine perdue à l’avance. Occupez-vous d’abord de vos patois, et trouvez une solution satisfaisante au problème, de plus en plus inquiétant, en France, du rapport déliquescent entre le Français et les autres langues, que vous avez appelées, en tournure mystifiante, langues ‘’régionales’’, à savoir : le breton, le catalan, l’occitan, et le basque.

Ensuite, sachez que c’est l’arabe que défendent, bec et ongles, tous les mauritaniens, car, avant et après tout, c’est la langue du fort intime, dans sa dimension la plus sacrée, c’est-à-dire, celle de la foi, qui unit tous les mauritaniens. Et que les autres langues nationales, ici chez nous, ont droit de cité, et les gens, toutes ethnies confondues, y échangent sans tabou, ni restriction.

Donc, cherchez autre feu à attiser, plutôt que cette question, car en Mauritanie, l’arabe est la langue du Peul, du Soninké et du Wolof, avant d’être celle de la composante, arabophone, du reste, majoritaire.

Vous dites ensuite, toujours dans le même ordre de nuisance :

« S’il n’est pas cité dans la Constitution mauritanienne, l’usage du français est une réalité liée à l’histoire de la Mauritanie.»

Ici, le moins qu’on puisse dire, est que, de tels propos ne devaient pas être tenus par une personne à la tête de la mission diplomatique française en Mauritanie. On dirait que ce n’est pas un ambassadeur qui parle !

L’insinuation à la constitution mauritanienne, où le français devrait être inscrit, comme vous l’auriez tant souhaité, est d’un cynisme qui n’échappe pas. Et c’est un affront qui ne passera pas inaperçu, qui dénote, soit dit en passant, que les Français n’ont jamais mesuré à sa juste valeur l’appartenance de la Mauritanie à une civilisation millénaire, qui est celle arabo-musulmane.

Oui, l’usage du français est une réalité dans notre pays, comme vous le dites. Mais savez-vous pourquoi? Tout simplement, parce que nous sommes encore linguistiquement colonisés. Ce qui, ma foi, ne fait ni la gloire de la France, ni notre repos.

D’ailleurs l’impérialisme culturel de la France n’est plus à démontrer, parce que le vaste espace francophone africain, provient de l’époque coloniale. C’est vous dire, Excellence, que ce n’est ni par amour,-bien que la langue française ne manque pas d’attrait- ni par nécessité-vous vous en doutez, pour nous qui avons l’arabe !- ; ce n’est donc, ni par amour, ni par nécessité, que le français a été, et continue à être utilisé en Mauritanie. Mais, soyez en sûr et certain, le renversement de la donne est imminent.

Et sur la même lancée, cynique et pourfendeuse, vous renchérissez :

« Je comprends que certains, pour des raisons identitaires ou politiques, n’apprécient pas cette réalité. Mais cette réalité est là, c’est un acquis. »

Comble de la de l’outrecuidance, et de la perfidie sournoise ! Un acquis ? Un acquis pour qui ? Des évènements sanglants en 1966, où notre pays a failli imploser ; une humiliation, et un sentiment de frustration ressentie au tréfonds des récipiendaires que nous sommes, de la plus prestigieuse et sacrée langue, à savoir l’arabe ; un sentiment perpétuel de vivre ‘’étrangers’’ dans notre propre pays ; une ‘’scission’’ de facto, de notre jeunesse en deux, l’un ne jurant que par ‘’Molière’’, l’autre que par ‘’Al Mutanabi’’ ; c’est ce que vous appelez un acquis ? Que votre cynisme politique n’a point d’égal !

Quant à l’appréciation d’un tel fait, vous avez parfaitement raison, nous n’apprécions pas la présence d’une langue étrangère, impérialiste, hégémonique et envahissante. Et sans chercher à vous le justifier, pour savoir si c’est pour des raisons identitaires ou politiques ; je vous concède volontiers que c’est pour les deux.

Et le dernier qui aurait le droit à s’immiscer de la sorte, dans une question hautement liée à la souveraineté d’un pays indépendant est un ambassadeur, tenu au le devoir de la retenue, et l’obligation de non-ingérence dans les affaires intérieures du pays hôte. Mais, sur ce plan, je sais parfaitement, que je n’ai rien à vous enseigner, ce qui, par ricochet, corrobore l’idée d’acte d’ingérence délibéré.

Bigre donc, et hélas ! Le relent colonialiste, le dédain pour tout ce qui est ‘’africain’’, la haine viscérale de tout ce qui est ‘’arabe’’ et ‘’musulman’’ ne peuvent que peser sur vous, et vous marquer l’acte et la parole.

Ensuite, vous dépassez toutes les limites de l’acceptable, toutes les lignes rouges ; vous faites preuve d’arrogance inouïe, lorsque vous osez mettre l’arabe, au même rang que le français, alors que vous parlez de la Mauritanie ; et ceci lorsque vous dites :

« Je crois que le français, comme l’arabe… ».

Mais, décidemment, Excellence, vous nous outragez exprès, vous nous offensez sur notre propre territoire. Vous nous obligez par-là à vous dire : Basta ! Est-ce que c’est là l’objet de votre mission ? Sinon, comment osez-vous mettre l’arabe, au même pied d’égalité que le français, quand il s’agit de la Mauritanie ?

Est-ce que je peux faire de même, moi, en France, avec la loi de Toubon ? Sans doute, avez-vous besoin de revenir dans votre pays, pour apprendre à parler de l’arabe en Mauritanie, sur un ton plus respectueux. Et si vous ne le savez pas, avec de tels propos, vous devenez tout simplement ‘’persona non grata’’ à Nouakchott.

En outre, et toujours sur la même perfide lancée ; ne vous contentant pas de mettre l’arabe au même pied d’égalité que le français, vous dites :

« Ce constat fait, plutôt que de poursuivre un combat à mon avis démodé, pourquoi ne pas considérer le plurilinguisme comme une véritable richesse, une ouverture au monde, en particulier pour la jeunesse, dont une partie étudie dans les pays de la Francophonie ? Très fréquemment, je reçois des demandes pour accompagner les administrations, les structures privées, ou encore les particuliers dans leur volonté de développer l’enseignement du français.»

Certes, vous ne manquerez jamais de squatteurs des murs de votre ambassade, espérant des miettes, un os à croquer, ou quel qu’autre servitude, ou basse besogne. Habitudes de bandes d’affidés et de déracinés, mouvant dans le microcosme des arrivistes, arpenteurs chevronnés des sentiers, peu glorieux, des courbettes et de la soumission.

Quant aux « études dans les pays de la Francophonie.» dont vous parlez ; je vous informe, Excellence, que les étudiants mauritaniens, brillants, sortants de la Russie, de l’Allemagne, du Brésil, de Chine ; ou ayant étudié dans plusieurs pays de l’Europe de l’Est, n’ont jamais ramené l’idiome de ces contrées, pour se l’imposer, là où ils n’en ont fichtrement pas besoin !

Ils ont plutôt ramené ce dont la Mauritanie a grandement besoin : la maîtrise de la technologie et de la science modernes. Et si, pour être ingénieur, topographe, médecin, économiste, juriste ; mathématicien, physicien, informaticien ou astrophysicien, il faut d’abord faire ‘’allégeance’’ au français, se soumettre ‘’culturellement’’ à la France ; je vous assure que ces pays francophones, que vous évoquez, ne seront nullement la destination privilégiée de la jeunesse mauritanienne.

Et je vous le rappellerai, à souhait, cette guerre-là, n’est pas ‘’démodée’’, comme vous voulez le prétendre. Loin s’en faut, c’est une cause sacrée, à nos yeux. Et tout mauritanien authentique, patriote fidèle à sa partie et à ses valeurs, se sentira hautement honoré de faire la défense de sa langue, sacrée, à nulle autre égale, qu’est l’arabe. Vos conseils donc, mal venus et déplacés, comme l’est d’ailleurs tout votre propos, ne seront jamais pris en compte. Vous pouvez en faire l’économie, ou les présenter ailleurs.

Et, à la fin de votre outrage à tous les mauritaniens, à peine voilé, vous mettez la cerise sur le gâteau – empoisonné – bien entendu, en disant :

« Pour moi, la vraie question à se poser est : de quoi a besoin la Mauritanie ? De quoi ont besoin les jeunes Mauritaniennes et Mauritaniens pour leur avenir ? »

Eh bien, la vraie question n’est pas celle que vous vous permettez, encore une fois, de poser au nom des jeunes mauritaniens. Ceux-là savent très bien ce dont ils ont besoin. Ils n’attendent pas un fossoyeur de leur unité nationale, un négateur de leur souveraineté, un offensant de leur dignité, un ambassadeur désormais ‘’persona non grata’’, pour le leur dire. Je crois que c’est à nous de vous poser cette question, tout en vous donnant la réponse avec.

De quoi, vous, avez-vous réellement besoin ? Vous avez besoin d’apprendre à ne pas s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain ; qui plus est, est une ancienne ‘’colonie’’, dans lequel vous représentez, votre pays, la France, qui n’est autre que cet ancien ‘’colon’’, ayant du mal, décidemment, à inculquer à ses ambassadeurs en Mauritanie, pays désormais libre et indépendant ; que le statut de la langue arabe est une affaire intérieure, une question de souveraineté, et un sujet très, très sensible.

Ceci dit, je considère que la tâche de disséquer la charogne nauséabonde de vos propos outrageux, pour la mettre en lambeaux ; ayant été suffisamment accomplie, je le crois ; avec le scalpel de la vérité et du droit à la légitime défense, universellement reconnu ; je peux déjà m’apprêter à terminer mon propos.

Mais pas avant de vous faire, Excellence, trois reproches majeurs ; vous apporter ensuite, cinq témoignages sur notre belle langue officielle, l’arabe ; avant de clore par deux conseils. C’est vraiment, voyez-vous, ni plus ni moins qu’une manière de vous traiter avec méthode ; mais je vous promets cette fois, d’être bref le plus possible.

Premier reproche.

S’il y a un premier reproche majeur à vous faire, et à travers vous, à la République Française, c’est cette attitude coloniale, hégémonique, impérialiste vis-à-vis des pays africains, en matière de langue. Partout où les français sont passés, ils pensent que le français doit rester comme langue de l’école, de l’Administration et de l’économie.

Ils doivent revoir cette attitude, qui n’est tout simplement plus acceptable. Au même moment où la France dispose de la Loi TOUBON (Loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française) ; elle se permet d’imposer le Français aux autres pays. C’est le paroxysme de la dérision, de l’infantilisation et du dédain.

Deuxième reproche.

C’est la France, à travers le soutien qu’elle apporte aux cadres francophones au sein des Organisations Internationales, qui empêche encore l’arabisation totale de tout ce que font les Organisations relevant du système des Nations Unies, dans notre pays. Il s’agit là, non seulement d’une atteinte à la souveraineté, mais d’une privation.

En effet, nous savons tous que l’arabe est reconnu comme langue de travail au niveau de toutes les instances de l’ONU. Nous savons aussi que l’arabe est la langue officielle de la République Islamique de la Mauritanie.

Alors, n’est-il pas aberrant, voire insensé, que le travail de ces Organisations continue à être fait en Français ? N’eût été le rôle joué, et le poids de la France, la situation n’aurait pas été ce qu’elle est.

Troisième reproche.

A chaque fois qu’un diplomate parle du statut du français en Mauritanie, il se mêle d’une autre question qui ne le concerne pas du tout. A savoir la question du traitement que les mauritaniens, en toute souveraineté, et en toute liberté, donneront aux rapports normaux, entre d’une part, leur langue officielle, qu’est l’arabe ; et d’autre part, les langues ‘’vernaculaires’’ ; reconnues officiellement comme langues nationales.

Alors, je vous le dis, Excellence, cette question-là est à laisser aux mauritaniens. Elle ne concerne que nous. Et je vous rappelle que mes concitoyens, Pulars, Soninkés et wolof, n’ont pas besoin de la France pour les défendre dans leur propre pays, la Mauritanie. C’est aux mauritaniens, et non à la France, de gérer, comme ils l’entendent la question de leurs langues nationales.

Ces reproches, sciemment faits, je passe aux cinq témoignages que je vous ai promis, Excellence. Ils portent tous sur notre langue officielle, l’arabe, langue sacrée, langue savante, langue miracle ; parce que la seule au monde qui a pu rester ‘’vive’’, ‘’vivace’’, ‘’vivante’’ et ‘’moderne’’ ; après plus de quatorze siècles d’existence. Et je vous réserve la surprise, que les auteurs de ces témoignages, ne sont ni arabes, ni musulmans.

Le premier témoignage

C’est celui d’Ernest Renan qui, dans son Histoire générale des langues sémitiques, déclare : « La langue arabe est, sans contredit, l’idiome qui a envahi la plus grande étendue de pays. Deux autres langues seulement, le grec et le latin, partagent avec elle l’honneur d’être devenues langues universelles, organes d’une pensée religieuse ou politique supérieure aux diversités de race ; mais l’étendue des conquêtes du latin et du grec n’approche pas de celle de l’arabe.

Le latin a été parlé de la Campanie aux Iles britanniques, du Rhin à l’Atlas, et le grec de la Sicile au Tigre, de la mer Noire à l’Abyssinie. Qu’est-ce que cela comparé à l’empire immense de la langue arabe, embrassant l’Espagne, l’Afrique jusqu’à l’Equateur, l’Asie méridionale jusqu’à Java, la Russie jusqu’à Kasan ? ».

Le second témoignage

C’est celui de F. Bodmer qui, dans son livre intitulé The Loom of language, à savoir « la fonction de la langue », écrit page 424 : « Entre le commencement du IXe et la fin du XVe siècle, l’Europe a assimilé la technique de la civilisation musulmane comme le Japon a assimilé la civilisation occidentale dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Les savants de l’Europe devaient acquérir une connaissance de l’arabe en même temps que du latin à l’époque où l’Espagne des Maures était la fleur de la culture européenne, un centre prospère de commerce mondial et la source de tous les arts appliqués, des mathématiques, de l’astronomie et de la médecine dans l’ancien monde. »

Le troisième témoignage

C’est d’Albert Dauzat qui écrit, à la page 118 de son ouvrage intitulé « le Génie de la langue française : « Nous avons demandé à l’arabe des noms de produits orientaux, comme café, coton, goudron, orange, des préparations médico-pharmaceutiques (alcool, élixir, sirop), des termes mathématiques tels algèbre, science créée par les Arabes, chiffre (les chiffres arabes ont presque éliminé les chiffres romains) ou zénith. Le mot « chiffre », en arabe, désigne le zéro, chiffre créé par les Arabes. »

Le quatrième témoignage

C’est celui de l’orientaliste Allemande, Sigrid HUNKE, qui dit, quant à elle : « Comment l’Homme peut-il résister à la beauté de cette langue, à sa juste logique et à son unique éblouissement ? Même les voisins des Arabes, eux-mêmes, dans les pays qu’ils ont conquis, sont tombés sous le charme de cette langue. »

Le cinquième témoignage

C’est celui du prince Laurent, de Belgique, pour qui l’apprentissage du néerlandais par ses enfants, n’est pas plus important que celui de l’arabe, et qui nous dit :

« Je m’y intéresse autant, parce que la langue arabe est une des seules langues qui vous donne tout le background culturel qu’elle porte avec elle. Je suis très impressionné par cette langue. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu et je veux toujours faire apprendre cette langue à nos enfants. C’est une langue faite pour deux types de personnes, les érudits et les moins érudits. Ça, c’est extraordinaire. »

Après ces témoignages, Excellence, Monsieur l’ambassadeur de France en Mauritanie, place aux conseils.

Premier conseil.

Apprenez à bien parler, tant que vous êtes en Mauritanie, du moins, en évitant les sujets sensibles, surtout celui de la langue, et son pendant de la question de l’unité nationale. Si vous ne suivez pas ce conseil, vous compromettrez gravement les relations de votre pays avec la Mauritanie. Ce qui n’est dans l’intérêt de personne.

Car, nous tenons fortement à conserver d’excellentes relations avec la France, mais désormais en refusant catégoriquement, de mettre au même pied d’égalité le français et l’arabe, a fortiori privilégier, en quoi que ça soit, le français.

Pour la plus simple et la plus évidente raison, que l’arabe est notre langue officielle, c’est-à-dire, celle de tous les mauritaniens ; et que nous avons le droit le plus absolu de le défendre, le privilégier, le développer et l’employer dans notre Administration, dans nos écoles, dans notre économie, et nos finances. Tout comme d’ailleurs, vous, les Français, savez le faire, si brillamment chez vous, pour votre langue française.

Deuxième conseil.

Sachez que si vous tenez à des relations privilégiées de votre pays avec le nôtre, vous devez nous aider à développer et promouvoir l’emploi l’arabe chez nous. Les mauritaniens seront tous reconnaissants à la France, si cette dernière nous aide à traduire tout ce qu’elle a produit comme connaissances modernes, dans les domaines, scientifique et technologique.

Mais aussi en sciences humaines. Vous devez comprendre que c’est le seul moyen pour contrebalancer l’orientation de tous les jeunes mauritaniens vers la culture et la langue l’anglais. Langue de laquelle le passage à l’arabe est plus facile, vu le volume de travail de traduction déjà accompli dans ce sens, par les autres pays arabes. D’où l’importance d’œuvrer, de votre part, à une présence plus accrue du livre français, bien traduit en arabe.

Soyez pragmatique, et sachez que le déclin du français en Mauritanie est une réalité, c’est-à-dire, une nouvelle donne irréversible. Et au lieu de perdre un partenaire privilégié, en s’accrochant à une suprématie illégitime du français en Mauritanie ; soyez pragmatique, et sachez que désormais, l’anglais sera, chez nous, sous peu, la première langue étrangère.

Le français a donc un grand intérêt, de ne pas perdre, au moins, la place de la deuxième langue étrangère en Mauritanie. J’espère, Excellence, vous avoir répondu, édifié, et conseillé, comme il se doit ; afin que les relations franco-mauritaniennes, puissent être développées, de nouveau, sur des bases saines et pérennes.

Nouakchott le, 23/12/2019

Mohamed Yeslem Yarba BEIHATT
beihatt@gmail.com

via cridem

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