Objection, M. le Président ! par Nana Mint Cheikhna

Visiblement pétri d’une tradition bien ancrée, le président de la République a, dès son élection, apposé une empreinte de grande aménité à son auguste magistère. Il a en effet reçu et écouté, l’un après l’autre les leaders de l’opposition jadis voués aux gémonies par son prédécesseur.
Puis ils sont invités et reçus avec les honneurs pour glorifier dans la ferveur Chinguetti l’une des plus prestigieuses  et des plus emblématiques villes anciennes. Et, cerise sur le gâteau, ils sont conviés et reçus à Akjoujt avec les mêmes égards pour célébrer dans la communion la commémoration de notre liberté, notre éclosion commune au monde, l’indépendance du pays.
Outre une volonté de civiliser ce rapport, cette amabilité constitue la housse dont les Zewayas et  de surcroit s’ils sont  » Echyakhs » revêtent le piédestal sur lequel les hissent la naissance et le pouvoir spirituel que leur attribue une multitude d’adeptes et une aura qui s’étend  bien au delà de ceux-ci.
Cependant cette attitude a été aussitôt interprétée par l’ensemble des observateurs comme un prélude louable et jugé incontournable par un grand pan de l’opinion, à la programmation d’une concertation, un dialogue entre le pouvoir et l’ensemble des protagonistes politiques et sociaux afin de venir à bout d’une crise – il faut appeler les choses par leur nom – une crise politique, sociale, économique qui mine tous les aspects de la vie de la nation.
Une unité nationale dangereusement disloquée,  une éducation qui produit de plus en plus l’ignorance et dont les règles renforcent l’exclusion et la division, une gouvernance économique désastreuse qui a mis à genoux la presque totalité des entreprises nationales, une forme de redistribution injuste  creusant dangereusement le fossé entre les classes et les composantes sociales, des opposants poursuivis, exilés pour des raisons tenant à la haine d’un homme qui a mis le pays en coupe réglée, une démocratie bancale foulant au pied les règles élémentaires indispensables à l’organisation d’élections transparentes  et crédibles.
Cette situation, encore en l’état, comporte évidemment des risques pour un pays cerné par une insécurité chronique dont les germes de déstabilisation et de contagion sont indéniables et à la veille d’exploitation de gisements importants. Un moment qui requiert plus que jamais la résolution de tous ces problèmes devenus chroniques et qui couvent le danger en dépit d’un calme superficiel.
Mais à la surprise générale, dans son interview accordée au journal le Monde, le Président a tenu des propos au sujet du dialogue qui sont tombés comme une réplique parallèle à l’orientation insinuée par les gestes d’ouverture ainsi entamée. En effet en répondant par ces mots à une question relative au dialogue: « ce n’est pas opportun, on se parle, on se rencontre, ils peuvent faire des propositions. Nous ne sommes pas dans une situation qui nécessite une un dialogue inclusif. » Et plus loin :  » par la suite nous pourrons définir une autre forme d’ouverture.  »
Ceci laisse entendre qu’il suffit de se parler, de se rencontrer et faire des suggestions unilatérales demeurées sans répondant, pour que les problèmes s’estompent à la faveur de quelques Salamalecs. Comment peut-on imaginer que des partis politiques, des mouvements, des leaders qui ont enduré durant des décennies l’exclusion, l’exil, la prison pour avoir défendu l’idéal supérieur d’une Mauritanie démocratique, juste, unie et égalitaire  pourraient se suffire d’inaugurer les chrysanthèmes  avec le président de la Républiques.
Résoudre les problèmes du pays ne peut se faire par le replâtrage et quelques politiques sectorielles. Les questions sont plus profondes que cela.
Le dialogue est  urgent et incontournable pour des solutions consensuelles et apaisées.
Monsieur le Président, vous avez mis une semence de qualité dans le sillon, elle ne doit pas produire  l’ivraie ou des nielles de blé qui viendront pourrir une moisson que nous souhaitons heureuse pour la Mauritanie.

Le Calame

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