De quelques vérités sur les Igawen, «plaidoyer contre le faux et l’usage de faux» Par Maitre Oumar MOHAMED MOCTAR ELHAJ -

De quelques vérités sur les Igawen,  «plaidoyer contre le faux et l’usage de faux»A celui qui prétend être meilleur qu’un autre je lui répliquerais ce qu’ALLAH dans sa sagesse infini a décrété : «Ô gens! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur.…». « يا أيها الناس إنّا خلقناكم من ذكر وأنثى وجعلناكم شعوباً وقبائل لتعارفوا إن أكرمكم عند الله أتقاكم إن الله عليم خبير ».Qui peut affirmer, aujourd’hui, avoir assurance qu’il sera accueilli par ALLAH en son saint paradis. Notre Saint Prophète (SallaAllahouAleihiweSellem» n’a-t-il pas dit que : «n’entrera pas au paradis celui qui a dans son coeur la mesure d’un atome de grandeur (orgueil)» لا يدخل الجنة من كان في قلبه مثقال ذرة من كبرRevenons à la communauté des Igawen. Voici comment un être honnête doué de discernement devrait les percevoir.

Les Igawen sont des hommes et femmes, les fils d’adama et Hawa et ils sont de surcroît des musulmans. L’activité qu’ils exercent, comme toute activité, d’ailleurs, ne présage rien de leurs origines et les origines sont toutes relatives et ne présagent rien des qualités réelles d’un quelconque être humain. Ceux d’entre eux qui ont exercé les activités musicales sont à n’en pas douter des hommes et femmes de lettres, des historiens, des philosophes, des narrateurs, des poètes.

Cette qualité s’étend même à ceux d’entre eux qui sont analphabètes qui arrivent, toujours à cumuler durant leur vie un nombre impressionnant de poèmes, de contes, de textes littéraires, de sagesse et de textes et d’enseignements religieux. Le parallèle que certains voudraient établir entre la musique et le vice est faux inadapté, et repose sur des préjugés que seule la mauvaise foi ou l’ignorance sous-tend. Si l’on fait de statistiques sur les infractions au Code religieux ou aux lois du pays, nous constaterons sur la base des résultats connus que la communauté des Igawen est la moins compromise.

Combien de mal, de comportements indécents, de choses reprochables sont commis, au quotidien, par des gens qui n’écoutent même pas la musique, et qui la diabolisent parfois, indépendamment, de sa forme et de son contenu?

La musique et les chants des générations passées, mais aussi, de la très grande majorité de la génération présente, portent, généralement, des discours philosophiques, religieux, qui invitent l’être à réfléchir, à chaque instant, sa finité et lui fait découvrir le caractère puéril de la vie, en dépit des apparences et des titres.

Qui n’a pas, en Mauritanie, entendu, ces voix fortes, profondes et douces et parfois mystiques qui vous transportent au-delà des choses matérielles, vous livrent à vous-même, vous mettent devant votre condition humaine ? Qui peut prétendre ne pas avoir été dans sa vie apostrophé et marqué par ces chants et ces mélodies pleins d’enseignement et de beauté.

Les Igawen sont des professeurs de savoir et des professeurs de foi. Ils ont mis, à des époques ou les supports écrits étaient rares et où une grande partie de la population était analphabète, le savoir, la géographie, l’histoire, la poésie, la philosophie et la religion à la portée de tous. Combien d’homme et de femmes dans les coins les plus reculés du pays ont pu accéder à des connaissances relevant de ces divers domaines.

Les Igawen sont, aussi, des compagnons de la solitude. Combien de bergers, de soldats cloués dans les postes frontières les plus reculés du pays, d’instituteurs affectés loin de chez eux, de villageois vivant loin de tout centre urbain ont trouvé en eux un doux compagnon de solitude plein de d’attention et de sollicitude, un artiste, un instituteur, un prêcheur de la bonne parole.

Sidaty OULD ABBE et Dimi MINT ABBE et toutes les autres figures de la musique mauritanienne (Aleihoum Rahmatou ALLAH) qui nous ont quittés ont emporté avec eux une partie de notre identité, de notre histoire, de nos rêves et de notre devenir. Ils faisaient partie comme ceux de leur communauté, de nos symboles, de notre fierté, de notre identité en tant que mauritaniens, en tant que musulmans.

Les Igawen sont aussi des conservateurs, jaloux de notre identité nationale, qui est restée en dépit des ressemblances avec d’autres peuples, tout à fait spécifique. Quand la télévision a fait son entrée dans nos foyers, quand le téléphone, l’internet, les réseaux sociaux, la mondialisation nous ont submergés, les Igawen étaient les moins contaminés, ils avaient dans leur culture et dans leur inconscient un très long et très riche héritage qu’ils n’ont pas troqué contre les exigences de la société de consommation.

Les Igawen sont des gens paisibles. Il est très rare d’entendre que gens de cette communauté ont trempé dans des crimes ou des infractions. Il est bien des exceptions, dans toutes les communautés du pays, mais elles restent, comme ailleurs, des exceptions qui n’engagent pas le groupe social.

Les Igawen, en dépit de l’argent qu’ils gagnent et des cadeaux qu’ils reçoivent (parce que toute la société les respecte et les honorent) ne comptent pas des richesses au niveau national, et cela est, aussi, en partie, du au fait que leur activité a toujours été un art, les aspects financiers ne comptaient qu’en raison de la considération qui y est attachée. L’autre justificatif, réside dans le fait que les Igawen sont des gens généreux qui distribuent une bonne partie de leurs revenus aux nécessiteux. Ils prenaient comme Chenfera الشنفرى chez les riches pour donner aux pauvres.

Je me rappelle bien, quand, j’étais encore très jeune, avoir entendu des personnes dans mon entourage, affirmer qu’elles allaient rencontrer des personnalités (de la communauté des Iguawen) pour qu’elles intercèdent en leurs faveurs auprès de tel ou tel responsable public, pour un service donné.

Jusqu’ici, nous avons parlé des Igawen qui ont exercé ou exercent encore les activités musicales et artistiques. Mais dans cette communauté dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle compte, majoritairement, des gens merveilleux à bien des égards, il est des Igawen qui n’exercent aucune activité musicale et comme dans toutes les autres communautés mauritaniennes ont choisi les métiers et professions infinis que la vie moderne offre. Ils comptent à ce titre des avocats de grands talents, des diplômés, des techniciens, des administrateurs, reconnus par ceux qui les ont côtoyés pour leur intégrité, et les grandes qualités morales et religieuses qu’ils véhiculent.

En conclusion, la communauté des Igawen n’a pas besoin d’un avocat et moins, encore, d’un imam ou d’un agent de l’Etat civil pour plaider sa cause, lui délivrer des titres de noblesse ou lui ouvrir les portes du Paradis.

Il n’en demeure pas moins que, dans notre société et particulièrement de nos jours, avec la fièvre des réseaux sociaux, que des chercheurs de sensationnel s’en prennent à notre religion, à nos symboles, à nos mœurs, à notre intégrité physique et morale pour nous mettre en mal avec nous mêmes. Ces êtres malades de leur éducation, de leur orgueil injustifié et surtout de leur insuffisance ne doivent pas rester impunis.

L’Etat doit prendre ses responsabilités et engager à travers le parquet des poursuites contre toute personne ayant diffusé un message incriminant, minimisant ou ridiculisant une ethnie, une tribu, une communauté ou une race. Ceux qui ont porté préjudice à autrui doivent le réparer et doivent être pénalisés et destitués de toute fonction publique sociale ou religieuse qu’ils occupent.

Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ
Avocat

oumarmohamed@hotmail.com

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