Moi aussi j’étais à Oualata (12) : D’autres distinctions/Par Oumar Ould Beibacar

Je m’aperçois que j’avais omis de mentionner deux autres distinctions. Je vous les livre donc aujourd’hui. La première me semble redoubler mon titre de grand officier dans l’Ordre du mérite national. Elle me fut offerte par mon frère et ami Ly Jibril Hamet, premier président des FLAM, à travers un joli poème qu’il dédia également à mon collègue, le lieutenant Mohamed Lemine ould Ahmedou aujourd’hui colonel toujours en activité,  qui m’avait précédé au Fort de Oualata, en tant que commandant d’escadron, entre Avril et Juillet 1988. En voici le texte :

 

Serment de guerrier

En prémonition / Je vis le Sceau des Prophètes / Je vis son Compagnon craint de Satan (1) / Cette vision / Se réalisa par la venue successive / De deux guerriers / Qui ne craignaient ni n’espéraient / Foi très forte ils avaient.

Vint le premier / Il entra, enturbanné/ Il regarda à gauche comme à droite / Non ! dit-il / Il alla au fond de la salle / Revint sur ses pas / Non ! Non ! / Il regarda les uns et les autres / Il dévisagea l’un à la suite de l’autre / Ceux que l’on appelait naguère / Pater / Patron / Chef / Homme / Leurs mains étaient menottées / Leurs pieds étaient enchaînés / Non ! Non …Non ! / Lorsque son regard croisa / Celui dont il savait / Qu’il était aussi vaillant guerrier / Celui qui pouvait lui être hostile / Lui sourit.

Il sortit précipitamment, ne pouvant (2) / Supporter plus longtemps ce spectacle / Non ! Non !  Non ! Non ! / Il fondit en larmes, ce preux / Qui avait côtoyé les agonisants / Qui avait vécu parmi les morts / Lui qui avait tant vu, tant  vécu / Ne crut point ses yeux / Il s’éloigna pour / Pleurer / Cacher à la fois honte et colère / Dire non à l’inacceptable / Réduire des humains en animaux ? / Humilier des hommes ? / Des frères en Dieu ? / Des frères en la Patrie ? / Des fidèles serviteurs de la Nation ? / Et pour quel crime non commis ? / Point je ne me tairai! / Foi de guerrier !

Il parla (3) / Il dénonça / On le démit / On le remit / Il revint.

Et vint un autre preux / Encore plus courageux / Encore plus décidé /  Je ne ferai d’injure à la race des guerriers / En tuant des morts / En méprisant mes frères / Au prix de mes avantages / Quoi ? De ma vie ! / Je le jure !

Ils étaient quatre (4) / Peut-être cinq / Ils montèrent / Ecoutèrent / Entendirent / Virent / Redescendirent.

L’homme de justice / Comme le Compagnon du Prophète / Le Successeur / Seul / Remonta / Vint à  nous / Veuillez, Digne-Homme, partager notre repas (5) / Même s’il n’est ni délicieux ni copieux / C’est de tout cœur / Il accepta / Partagea / Sourit / Poliment / Tristement / Aucune larme ne coula /

Pourtant à sa manière, pleuvra / Courage, frères / Tout changera !

Et les chaînes disparurent / Il sauva ceux qui le pouvaient encore être / Chaque point cardinal ayant usé de ses droits (6) / Et les visages s’emplirent de joyeux sourires / Ceux qui ne peuvent être vus de jour / Eclairent les ténèbres / Tout ce qui brille le soir / Du levant comme du couchant / Du boréal comme de l’austral / Unis à travers l’épanouissement de l’aurore / Ceux qui ne sont plus parmi nous / Et jusqu’à la fin des temps / Vous sourient / Et vous remercient / Du fond du Paradis / Vous guerriers / Les vrais !

L’un avait dit : « Je parlerai » / L’autre : « J’agirai » / Ils parlèrent et agirent / En vrais guerriers / Et tout changea / Et tout continue de changer / Et tout continuera de changer… (7)

 

NOTES

1.   Oumar ben Khattab, compagnon du Prophète (PBL) et second khalife de l’Islam, fut réputé  pour son courage et sa droiture. L’officier en question portait son nom. Et lui ressemblait, quelque part.

2.   Nouvellement affecté au fort de Oualata et n’en croyant pas ses yeux, cet autre officier  ressortit en pleurs de la salle où  étaient enfermés des prisonniers politiques.

3.   Cet officier connut une forte altercation avec  son supérieur hiérarchique. Tous deux dressèrent rapport. Lui fut relevé et affecté mais chargé, au niveau national, de nouvelles responsabilités qui furent salutaires pour les prisonniers que nous étions. Il revint à Oualata avec une forte délégation dont son remplaçant. Elle s’entretint avec les prisonniers et s‘enquit de leurs conditions carcérales qui s’améliorèrent considérablement, évitant de justesse l’irréparable.

4.   Les membres de la mission composée de hauts gradés de la Garde nationale et du gouverneur du Hodh El Charghi. Parmi eux, le lieutenant (aujourd’hui colonel) qui devait nous ôter les chaînes, améliorer considérablement nos conditions de détention (nourriture, habillement, soins médicaux…) Les rapports envoyés à ses supérieurs jouèrent beaucoup pour notre libération.

5.   Les deux officiers (le prisonnier et le geôlier) se connaissaient et se respectaient.

6.   Quatre des détenus étaient décédés  en prison.

7.   Le poème compte 113 vers…

                                                          Djibril Hamet LY (ancien détenu politique au Fort de Oualata)

 

Chevalier de l’Ordre du mérite national bis

Une seconde distinction de chevalier de l’Ordre du mérite national me fut octroyée par mon frère Mamadou Kalidou Ba, dans son roman, « La résistance pacifique », publié en 2017. En voici la teneur : « La rue Colonel Oumar ould Beibacar était, depuis quelques années, devenue le rendez-vous de la jeunesse branchée de Rènedango. Les cafés et autres buvettes y étaient nombreux et, pour attirer le plus de clientèle, ils rivalisaient par les programmes attrayants proposés.

La buvette Soumpou avait trouvé un formidable moyen de diversifier son offre. En plus des soirées dansantes des samedis, elle offrait, aux groupes politiques ou à des particuliers, la possibilité d’y animer des conférences, suivies de débats. Pour être digne de l’éminente personnalité dont la rue portait désormais le nom, Soumpou proposa des tarifs spéciaux aux organisations de gauche dont les idées étaient proches de celles vulgarisées, en son temps, par le colonel Oumar ould Beibacar, un des officiers supérieurs les plus honnêtes, les plus justes et les plus patriotes de l’armée du Harfusowo.

Cette offre était valable d’Octobre à  Juin. Pour mettre l’accent sur la convivialité de ces programmes du mercredi, ils les appelaient thés-débats. Le thé était offert par la maison mais ceux qui désiraient consommer plus devaient mettre la main à la poche. Il était dix-sept heures quand Gayel et Fara franchirent la porte de la buvette Soumpou. Ils n’avaient pas eu beaucoup de difficultés à retrouver l’endroit. […] ».

Ces deux distinctions me firent très grand plaisir. J’en ai déjà remercié mon frère et ami, feu  le président Ly Jibril Hamet – que le Tout-Puissant l’accueille en Son saint Paradis! – et je profite de l’occasion pour remercier infiniment mon frère Mamadou Kalidou Ba auquel je souhaite une longue vie, pleine de bonheur et de prospérité, pour lui et tous ses proches.

 

(A suivre).

Le Calame

 

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