Une histoire vraie : Sagala, la sorciére du village !!!

Resultado de imagen de vielle femmes  mauritanieSagala la Sorcière vivait dans un abri de fortune en contrepente du plateau, du côté nord de la route Atar-chinguitti, juste à l’endroit où la route sortait de l’oued pour remonter le plateau.  Elle nichait sous une vielle tente complètement délabrée et sans piliers reposant sur trois arcs en palmes.

A l’intérieur, une vielle couverture en peau de mouton gisait sur ce qui ce qui semble être le reste d’une natte d’azarane. Une vieille malle métallique était posée sur un echaghbou, un support en bois d’acacia. Devant la tente, une bouilloire cabossée et noircie était á moitié ensevelie à côté d’une petite marmite en fonte près de l’âtre. Sagala la Sorcière vivait, ou plutôt survivait, misérablement dans son taudis à partir d’aumônes que des âmes charitables lui faisaient periodiquement. Parfois, elle recevait les excédents de repas de ses lointains voisins qui les déposaient sans jamais s’approcher de son abri. Rares sont les personnes qui passent à côté de la tente de Sagala la Sorcière et dés la pénombre du soir personne ne s’aventure plus aux environs de l’endroit, considéré maudit et hanté. Personne ne savait depuis quand Sagala le Sorcière vivait à cet endroit. Une légende raconte qu’elle était venue une nuit sous la forme d’une chauve-souris pour s’installer à cet endroit. Sagala la sorcière était réputée être extrêmement maléfique. Beaucoup de décès inexpliqués dans la petite bourgade lui étaient attribués. On raconte qu’un jour une femme a eu le courage d’aller voir Sagala dans sa tente. Sagala lui avait demandé de tenir un fil entre les dents pour l’aider à le rouler. Un guerrisseur mystique qui passait par hasard, voyant la scène, se dirigea vers la tente, sortit un couteau et coupa le fil. Du sang jaillit du fil coupé. La femme effrayée demanda au guerrisseur d’où venait le sang. Il répondit que c’était son propre sang que Sagala suçait à partir du fil. Le lendemain la femme mourut. D’autres histoires racontent que Sagala la Sorcière se transformait chaque nuit en une forme animale ou devenait invisible pour vampiriser ses victimes. Beaucoup d’habitants de la petite bourgade avait une peur morbide de Sagala la Sorcière. Elle n’infirmait jamais ni confirmait les histoires abracadabrantes qu’on racontait à son sujet. Elle avait toujours sur les lèvres ce sourire ambigü qui terrifiait certains. En amenant le petit troupeau familial au lieu de rassemblement du bétail pour les paturages et en le ramenant, Zram contournait toujours de très loin la tente de Sagala la Sorcière. Il avait tellement entendu parler de Sagala la Sorcière qu’il en avait développé une peur bleue. Cependant le petit enfant restait intrigué par cette femme mystérieuse qui vivait à cet endroit insolite. Finalement la curiosité prit le dessus. Un jour après avoir amené le petit troupeau au lieu de rassemblement du bétail, Zram prit son courage à deux mains et se dirigea vers la tente de Sagala. Au fur et à mesure qu’il s’approchait tout son corps était parcouru de frissons et il sentait comme une terrible boule qui lui obstruait la gorge. Quelque chose au fond de son petit être lui ordonnait de fuir. Mais, il n’en fit rien. Sagala la Sorcière était occupée à chauffer la bouilloire devant le petit abri de fortune, lorsqu’elle sentit une présence derrière elle, leste comme un felin, elle fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec Zram. A la vue de l’enfant, Sagala la Sorcière resta pétrifiée. Pendant un moment les deux êtres s’observèrent en silence. Puis Sagala la Sorcière reprit ses esprits et rompit le silence.
- Qui es-tu?
- Je suis Zram, l’esclave de Ehl Taher
- Que fais-tu ici?
- Rien, je voulais juste te saluer.
La voix suave de Sagala mit Zram en confiance, qui commença petit-à-petit à reprendre du poil de bête.
- Je ne te connais pas.
- Moi non plus je ne te connais pas dit Zram.
- Tu ne sais pas que je suis dangereuse
- Et pourquoi serais-tu dangereuse, je ne t’ai fait aucun mal, dit Zram
- Ne sais-tu pas que j’ai nui à beaucoup de gens qui ne m’ont fait aucun mal.
- Oui, on le dit, dit Zram.
- Pourquoi, “on le dit?’
- Parce que je ne ne le crois plus.
- Parce que tu le croyais?
- Oui avant d’avoir parlé avec toi.
- Et pourquoi as-tu changé d’avis?
- A cause de ta voix et tes yeux.
- Qu’est ce qu’ils ont ma voix et mes yeux?
- Ils sont très beaux!
Sagala étouffa un petit rire. Zram rit à son tour. La rencontre de Zram avec Sagala la Sorcière fit trois cent soixante cinq fois le tour de la petite bourgade avant que Zram ne revienne chez lui.
- Zram es-tu allé Chez Sagala la Sorcière? Demanda Mariétou.
- Oui Maman!
- Et que voulais-tu d’elle?
- Rien, je voulais juste la voir de près.
- Mais c’est une sorcière extrêmement maléfique. Elle peut te jeter un mauvais sort.
- Non, Maman, elle n’est pas mauvaise, elle a été très gentille avec moi. Tu sais maman elle est très belle.
Mariètou éclata de rire.
- Et que sais-tu toi de la beauté?
- Sa voix est très agréable et son regard très doux
- Mais on dit qu’elle a un regard terrifiant et un sourire effrayant.
- Non, maman, crois-moi elle n’a rien de tout cela.
- Quoi qu’il en soit, ne t’aventure plus de ce côté.
- Mais maman puis que je te dis qu’elle est gentille.
- Non, écoute ta mère qui te veut du bien.
Zram marmonna quelque chose puis se tut. Zram aimait sa mère au-dessus de tout et ne lui désobeissait jamais. Depuis lors, il évite de passer à côté de la tente de Sagala la Sorcière, il faisait de longs detours pour éviter d’être vu par Sagala la Sorcière. Sagala la Sorcière n’a jamais revu Zram depuis ce jour là. Chaque matin, elle s’assoit sur un roc devant sa tente pour voir si Zram se rend au lieu de rassemblement du bétail. Mais, elle ne le revit jamais. Ce jour là, le betail venait juste de disparaître derrière sa poussière en direction de Bouir Amechterki, quand Sagala la Sorcière pris sa décision. Sagala la Sorcière connaissait tous les habitants de la petite bourgade, aussi décida-t-elle de se rendre chez Mariétou pour s’enquérir de la santé de Zram qu’elle n’a plus vu passer depuis quelques semaines. Le soleil s’était levé une fois quand Sagala la Sorcière s’en fut pour la case de Mariétou.
Zram posait sa têta sur la cuisse de Mariétou qui remuait la bouillie pour la faire refroidir, lorsqu’il entendit une clameur confuse venait de la rue. Zram s’assit et se concentra sur la clameur pour savoir ce qui se passe.
- Sale sorcière dégage , ne nous jette pas un mauvais sort.
Zram bondit et sortit de la case en courant avec un terrible préssentiment. Il ne lui fallut pas plus d’une fraction de seconde pour réaliser ce qui se passe: au pied de la dune, Sagala la Sorcière titubait sous l’effet des pierres que lui lançaient les enfants du quartier. Zram cria en courant;
- Arrêtez, arrêtez, vous êtes en train de lui faire du mal.
Mais dans leur fureur les enfants ne l’entendirent pas et continuèrent à lapider Sagala la Sorcière. Sagala la Sorcière trébucha et tentait d’amortir sa chute au sol, lorsqu’elle sentit deux petits mais puissants bras la maintenir en équilibre la serrant contre une petite poitrine. Zram avait prit Sagala la Sorcière entre ses bras et la protégeait de son corps. Le corps de Sagala la Sorcière vibra contre la petite poitrine de Zram. Et pour la première fois, depuis vingt cinq ans, la vielle femme sentit une chaleur humaine. Elle se laissa aller sans résistance contre le corps du petit être.

Mohamed Lemine Taleb Jeddou
ZRAM ou la Saga des Mreiba

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