Tijane Bal : Porte- voix…..Sidaty était une époque. Celle des 1ers pas

L’image contient peut-être : 1 personne, assisCertains trouveront au postier un penchant morbide pour la nécro. Qu’importe. Il serait dommage de ne pas saluer un monument national qui vient de tirer sa révérence. Je veux nommer Monsieur Sidatty Ould Aba.

Pour tout dire, j’ignorais qu’il était encore vivant. Ce qui arrive souvent avec les célébrités à la grande longévité.

En fait de célébrité, si je puis me permettre un parallèle un peu tiré par les cheveux ou par les cordes de sa guitare traditionnelle, je dirais que sans avoir la notoriété internationale de son homonyme suédois, le groupe Abba (je ne garantis pas l’orthographe) le nôtre était plus près de notre cœur.

C’est que pour nous, Mauritaniens, il fut, plus qu’un simple artiste, une icône nationale, un compagnon de route. Il était une époque. Celle des 1ers pas. L’inconvénient de ce statut est que toute une génération ne l’a pas connu du temps de sa splendeur voire pas connu du tout.

Il a accompagné les débuts de l’indépendance. Il fut la voix de la 1ère et donc forcément balbutiante radio nationale.

Une voix fédératrice en ce sens qu’on la reconnaissait et qu’on s’y reconnaissait quelle que soit son appartenance communautaire.

Il ne serait pas honnête de prétendre que sa musique soit, avec la même intensité, la tasse de thé de tous.

Elle l’était davantage pour les concitoyens maures. Rien d’anormal à cela. Chacune des communautés a ses propres références y compris musicales.

Le fait est que, et c’est ce qui compte, l’artiste n’était totalement étranger à aucune.

Celui dont on dit qu’il a composé le 1er hymne national (pas celui aux tonalités venues d’ailleurs d’aujourd’hui) était consensuel.

Nous avions notre Sidatty Ould Aba, notre Orchestre national vraiment national (où officiait un autre Sidaty comme guitariste sideman de Ibou Sall alias petit Sall).

L’un et l’autre symbolisaient un certain creuset national. Ils remplissaient le même office que notre sélection nationale de football aujourd’hui, l’un des rares marqueurs fédérateurs du pays. Le hasard a voulu que Sidatty tire sa révérence le 26 septembre soit cinq jours après son équivalent sénégalais, Samba Jabaré Samb, parti le 21.

Rappelons-nous qu’en raison notamment de notre faible taux d’alphabétisation, nos faits politiques et sociaux ont d’abord eu pour relais des artistes. Ils surent célébrer et magnifier ce que nous sommes ou plutôt ce qu’ils voulaient donner à voir et entendre de nous.

Pour ne citer que quelques exemples, ils s’appellent Sory Kandia Kouyaté en Guinée, Bazoumana Cissoko au Mali, Oum Kalsoum, voix du nassérisme triomphant en Egypte, Franklin Boukaka au Congo (Brazzaville), Tabu Ley au Congo voisin, Bonga en Angola, Makeba ou Masekela en Afrique du Sud…et d’autres.

Dans ce concert, nous, Mauritaniens, avions aussi nos porte-voix. Pour aujourd’hui, parce que c’est son actualité, je préfère que seul Sidaty Ould Aba ait voix au chapitre. RIP.

Tijane Bal
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