MENTION BIEN : Indignation sélective.

Il y a quelques années, André Glucksmann était hué à un meeting de SOS Racisme auquel il apportait pourtant son soutien. Le philosophe avait osé dire que s’il était salutaire de dénoncer le racisme en France, il était tout aussi souhaitable que les immigrés ou leur descendance prêtent la même attention aux minorités persécutées dans leurs pays d’origine. Il disait vrai.Les huées s’expliquent. Concédons en effet notre grande propension à l’ indignation différenciée, prompts que nous sommes à dire leur fait aux Occidentaux et à regarder ailleurs quand il s’agit de nous. Qui donc a manifesté contre la vente d’Africains en Libye? D’où vient le malaise lié aux débordements racistes à l’occasion de la récente CAN ou face aux dérapages racistes plus ou moins accentués dans tel ou tel pays du Maghreb? Y compris à l’égard des autochtones. La polémique suscitée il y a peu par l’élection de miss Algérie jugée trop typée pour être représentative du pays était-elle si anodine? Qui, en Afrique, a dénoncé les déportations de Négro-africains de Mauritanie à la fin des années 80? Qui a fustigé les meurtres de masse perpétrés par le pouvoir du Général Bachir au Darfour et ailleurs? Combien de manifestants a-t-on dénombré dans les villes d’Afrique face aux massacres à répétition de Peuls au Mali? Aux mauvais traitement dont ont pu être victimes des Somaliens au Kenya? L’histoire a prouvé que même les pays réputés les plus accueillants ne sont à l’abri de dérives pour peu que le contexte s’y prête. La chasse aux « Burkinabés » sur fond d’hostilité à Alassane Ouattara en est une illustration. Notre Afrique n’est pas avare d’accès de xénophobie plus ou moins téléguidée par les pouvoirs publics. Aurait-on oublié les expulsions d’Africains accusés de trafics de pierres précieuses sous le Zaïre de Mobutu? Ce ne sont là que quelques exemples. Il n’est jusqu’aux événements éditoriaux pour illustrer notre indignation sélective. Il suffit de se rappeler la levée de boucliers engendrée par la publication de l’ ouvrage de Tidiane Ndiaye « Le génocide voilé » ou de celui d’Olivier Pétré Grenouilleau « Les traites négrières », coupables d’évoquer d’autres traites que les occidentales. Mme Taubira que l’on a connue mieux inspirée n’est-t-elle pas allée jusqu’à déconseiller d’évoquer les « traites arabes » au motif que le sujet pouvait embarrasser les enfants de migrants? Les événements récents en Afrique du sud sont un tournant. Tout se passe comme si, en raison de son histoire politique marquée par l’Apartheid,du soutien reçu, de la personnalité iconique de Mandela, ce pays se rendait coupable d’une hérésie voire d’une ingratitude. La xénophobie au pays de l’Apartheid? Comment est-ce possible? La réalité est que l’arbre Mandela cachait une forêt plus inquiétante peuplée aussi de crimes et donc de criminels, de violences, de démagogues et de populistes de tout poil à l’instar d’un Jacob Zuma ou d’un Juliuis Malema sur fond de misère et de désenchantement. Soit-dit en passant, l’Algérie, patrie d’adoption de Frantz Fanon, pays de Ben Bella, de Boumediène, terre d’accueil de tant de de dirigeants de luttes de libération a-t-elle toujours été à l’abri de débordements? Quid de la Libye dont le dirigeant s’était fait (de manière caricaturale il est vrai) le porte- étendard d’un certain panafricanisme. Il est vrai que ce pays n’est hélas désormais que « l’ombre de son passé »!
C’est oublier que les orientations politiques sont une chose et le sentiment populaire une autre. L’une et les autres n’obéissent pas aux mêmes ressorts même s’il arrive qu’ils se rejoignent. Pour le meilleur ou pour le pire.

Tijane Bal
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