Mention BIEN :ZRAM ou La Saga des Mreiba (lécole coranique)

Résultat de recherche d'images pour "ecole coranique mauritanie"Les élèves lisaient ou récitaient à très haute voix.Chacun essayait de dominer les autres par la voix : 

- we nemarighou masfouvetoune we zarabiyou mebthouthetoun…..
- ba nasbe jabed he liv bou rava jabd he waw bi khavdha jabed he yay….
- Kežebet ghablehoum ghawmou Nouhine we as7abou errassi we themoudou…
- Emma meni estaghnê ve nte lehou taçadê we ma aleika ella yezzekê ……
- Vakhteleve elahzabou mine beinihim veweyloun lilležine kavarou….

Assis droit comme un “I”, Zram s’appliquait autant qu’il le pouvait à répéter sa “lecture” du jour en ponctuant parfaitement les mots.

Il était à son treizième “ghabad” sur les quarante et un qu’il devait faire. Zram lisait imperturbable de sa voix de stentor: “ghad evlaha men zakkaha we ghad khabe men dessaha, kežžebet themoudou …”.

Zram etait fier de lui-même, en moins de quarante jours, il connaissait par cœur toutes les lettres de l’alphabet et toutes les déclinaisons. Il était capable de lire n’importe quel mot décliné.

Talebna, le maître coranique, assis sur son iliwich somnolait en égrenant son chapelet.

Chaque fois que l’intensité des voix diminuait , il sursautait et fixait chacun de ses yeux rougis par le sommeil, et les élèves reprenaient de plus belle leur récitations.

Brahim, tenant d’un main lâche la tablette plantée dans la sable et se curant distraitement le nez avec son auriculaire, contemplait les passants, les suivant du regard du moment où ils entraient dans son champ de vision, jusqu’au moment oú ils disparaissaient engloutis par l’étroit sentier qui serpentait entre les palmeraies de Bezeid et de Ehl Varajou.

Il connaissait presque tous les passants. Tiens voilà Baraketou revenant du marché. Celui-là doit être Ould Zerrough, allant à sa palmeraie de Tindawali.Voilà venir Ould Lekhrouv allant à Abeir.

Brahim pouvait continuer son manège des heures et des heures durant, sans se lasser.

Brahim n’avait pas entendu le sifflement, mais il ressentit douloureusement la morsure de la cravache entre ses épaules.

Il lança un hurlement inhumain et fit volte face massant de sa main menue, la peau meurtrie, pour se retrouver en face du maître coranique le toisant de son mètre quatre vingt, d’un œil étincelant, le sourcil broussailleux relevé.
- Tu n’es pas venu ici pour compter les passant, mais les “aghabad”.
Le petit enfant releva sa tablette et commença à dechiffrer difficilement les versets inscrits en hoquetant.

Pendant un moment le maître coranique resta debout ,avant de continuer son tour de contrôle dans la mahadra.

Lorsqu’il finit ses quarante et un “aghabad”, Zram se présenta au maître pour demander l’autorisation de réciter sa tablette.

Le maître lui fit signe de retourner à sa place. Zram avait l’habitude d’être renvoyé sèchement, alors que ceux qui étaient venus à la mahadra après lui, récitaient et déposaient leur tablettes avant lui.

Il a toujours su attendre. Zram continuait ses assauts répétés pour amener le maître à l’autoriser à lire et déposer sa tablette.

Mais à chaque fois, Zram se retrouvait devant le même mur de silence. Le soleil avait déjà passé la cime des palmiers et devenait brûlant pour le petit enfant assis à même le sable.

Quand Zram vint pour l’ultime tentative, le maître le renvoya. Totalement exaspéré Zram retourna à sa place et cessa de lire sa tablette.

Lorsque le maître remarqua le silence, il ordonna à Zram de continuer à lire. Mais Zram refusa.

Talebna se dirigea vers Zram et le somma de reprendre sa lecture. Zram resta de marbre.

Les coups de cravache commencèrent à pleuvoir sur Zram qui serra les dents et continua à encaisser les coups.

Frustré, par l’indifférence de Zram, Talebna continua de plus belle.
- Arrête, hurla Zram.
Et talebna de continuer comme un possédé. Zram se leva et essaya de se protéger avec ses petits bras.
- Arrête, maître, criait Zram.
Mais Talebna était comme pris d’une hystérie soudaine. Il continuait à frapper, frapper, sans s’arrêter.

Sous l’effet de l’insoutenable douleur, Zram réagit en assénant à Talebna un puissant coup du tranchant de la tablette qui la cassa longitudinalement en deux, provoquant une profonde entaille sur le front du maître coranique.

Zram détala sans demander son reste vers la case familiale, laissant Talebna baigné dans son sang. Lorsque Mariétou vit Zram venir au loin courant comme un forcené.

Elle sut qu’il en avait fait une des siennes.

Mohamed Lemine Taleb Jeddou
ZRAM ou La Saga des Mreiba

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