N’en déplaise à Baya et ses semblables, Beheit meurt victime mais à jamais l’une des plumes les plus redoutables de Mauritanie

https://www.chezvlane.com/photo/art/default/36724927-32684582.jpg?v=1566731492C’est avec consternation que je viens d’apprendre le décès de Mohamed Saleck Ould Beiheit si jeune, si fier et si brillant.  Avant d’être des amis du monde virtuel, nous avons échangé des écrits pas toujours défendables ; j’aurais pu en rester là, croyant que je valais mieux que cette plume qui défendait bec et ongles un bienfaiteur sans se soucier de savoir si j’avais raison ou non mais, heureusement, les choses se sont calmées et on a fini par se comprendre et se respecter.

Des plumes comme Mohamed Saleck Ould Beheit, la Mauritanie en a portées très peu et n’en portera certainement plus car petit à petit le niveau en français rejoint celui en arabe. J’aimerais trouver les mots, mais je n’arrive pas car ceux qui le connaissent n’apprendront rien et ceux qui ne le connaissent pas n’ont pas le droit d’en savoir plus.

Disons que Beheit est né noble Mousquetaire, fine lame mais il a fini, un peu comme chacun de nous, par mettre sa plume au service de la survie comme ferait un avocat jamais comptable des actes de son client car il faut bien vivre  quand le pays est aux mains de mercenaires qui ont prospéré au sommet de l’état et de l’économie, profitant d’une Mauritanie réduite à l’esclavage depuis ses 18 ans.

Je ne comprenais pas pourquoi il s’était retiré depuis quelque temps en brousse, ne s’occupant plus de politique ou si peu en écrivant de temps en temps un mot histoire de participer mais on sentait que la passion n’y était plus, il avait déjà un pied ailleurs.

Ciao jeune homme. Condoléances à toute la famille.

A relire cet article bouleversant quand on sait combien les mauritaniens aiment voir un lion affaibli, humilié par quelques tortionnaires arrogants et ignorants qui ne doivent leur insolence et leur morgue qu’à l’impunité avec laquelle ils profitent de la Mauritanie dépecée par leurs semblables : « ceux dont tremble un poignard quand leur main l’a touché » disait Aragon en ajoutant « Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue ».

C’est le même tonnerre qui gronde dans le cœur des plumes amies, c’est tout l’univers des lettres qui se crispe de douleur et perd ses voyelles quand la grandeur de la plume se débat au milieu de l’humiliation et de l’impuissance, c’est enfin les nobles regards qui se baissent et les lèvres qui tremblent quand un Beheit dit ces choses intimes à la moustache de ses tortionnaires.  Ils en jouissent car il sert exemple pour les autres, ceux qui n’ont pas une armée pour leur mettre le canon de la justice sur leur tempe de scélérats jusqu’à les conduire en prison pour goûter les malheurs que leurs forfaits distillent dans la société.

La Mauritanie est la république de l’impunité et on demande à la diaspora de rentrer ! Quitter des états de droit pour aller partager la soumission à la tyrannie de l’impunité, à l’arbitraire, contraindre ses enfants à vivre en esclaves d’un système et grandir en acceptant les infâmes règles du jeu ? Quelle folie ! La Mauritanie appartient à une poignée de personnes, Aziz a prouvé qu’il n’y a ni justice indépendante, ni culture du mérite ni droit à la liberté de conscience sans en payer le prix fort, celui de la marginalisation et de la misère pour l’exemple.

Laissez la diaspora tranquille. Occupez-vous d’abord des captifs du système inique. La Mauritanie est devenue un camp de concentration : un présent de misère, un passé de dictature et un futur à l’image des deux à moins d’un miracle.

D’où viendra le miracle ? De Ghazouani ? On verra mais rien n’est moins sûr avec un cheikh Madoff et ses acolytes libres comme l’air, un ministre de l’économie sur le départ qui jure que les caisses de l’Etat sont pleines pendant que le nouveau gouvernement doit commencer par emprunter des milliards alors que le pays est déjà surendetté pour des délires aziziens.

Passons ; l’heure est au deuil. L’un des nôtres s’en va ; nous les perchmergas qui disons merde aux lecteurs planqués derrière leur bonne conscience jamais à l’épreuve du feu et aux donneurs de leçons de l’autre côté des mers, blottis dans une nationalité étrangère qui les met à l’abri de l’expulsion vers leurs ennemis au pays et enfin merde à ces lascars à l’abri de la justice car biberonnés par l’impunité.

Il faut arrêter les articles qui vivent 3 jours et écrire des livres sur ce qui se passe en Mauritanie. La pauvreté sera certes le prix à payer mais au moins restera l’œuvre immortelle…

VLANE (  Rome, 25 Août 2019 )

 

N’en déplaise à Baya et ses semblables, Beheit meurt victime mais à jamais l’une des plumes les plus redoutables de Mauritanie

Lettre au président Aziz / par Mohamed Saleck Beheite

Monsieur le président,
J’ai pris l’habitude de vous écrire des lettres publiques où des thèmes divers, vous interpellant sur des sujets d’actualité et sur des questions d’intérêt national, sont abordés sans la moindre complaisance, si ce n’est celle de rester dans les limites de la politesse envers le président de la République.

L’un des soucis premiers qui ont présidé à l’écriture de ces lettres, avait été de leur donner une tonalité et un style particulièrement atypiques. Deux caractéristiques destinées à vous faire sortir des sentiers battus des correspondances administratives sans âme et autres cacophonies des médias officiels et des froids  comptes-rendus du renseignement où l’humour, l’esprit et la dimension littéraire sont sacrifiés sur l’autel de la précision et de la volonté de nuire à vos opposants et aux journalistes.
Cependant, il est fort probable que ces lettres, élaborées dans une docte ignorance de vos goûts en la matière et de vos préoccupations du moment, vous aient été présentées par certains de vos collaborateurs comme autant de missives dont il convient de s’en méfier et d’en connaitre  éventuellement  les mobiles, les tenants et les aboutissants.
Atmosphère de délation
Ceci est d’autant plus plausible que, dans une atmosphère de suspicion, où, par l’intérêt qu’ils portent à la délation,  les informateurs ressemblent à s’y méprendre aux courtisans de Louis XIV et, au mieux, aux agents du KGB, avec le professionnalisme en moins, des baroudeurs de la vingt cinquième heure ou des tontons macoutes en mal de sensations fortes, aient tenté, avec la mauvaise foi qu’on leur connait, d’accréditer cette assertion.
Si tel fut le cas, les arguments en préfabriqué ne doivent pas leur avoir fait défaut, surtout qu’il est désormais de notoriété que tout se vend dans ce pays. De là à ce qu’une plume, sans grand succès sauf peut-être celui d’amuser la galerie de l’UPR ou de consacrer, par sa virulence à l’égard du système, l’impunité de certains de ses barrons, soit soupçonnée de se vendre au plus offrant, il n’y a qu’un pas que les hommes au petit magnétophone de poche n’hésiteront pas à franchir, quitte à vous induire en erreur.
Commercer est d’ailleurs la seule leçon capitaliste que nous avons bien retenu de notre mise sous protectorat par la Banque Mondiale et le FMI et qui a survécu à l’amnésie collective, aux relents d’Alzheimer, qui fait des ravages chez nous, allant jusqu’à faire oublier à nos ministres et à nos juristes, le nombre de mandats présidentiels autorisés par notre constitution.
Un responsable devant qui un ami a évoqué cette probabilité, qui expliquerait, selon toute vraisemblance, la situation de chômage et de précarité dans laquelle je suis enfermé, lui a dit en souriant :<<je doute fort que les écrits d’un peshmerga, pour qui la bouteille d’huile et le Kg de riz quotidien constituent les seules ambitions envisageables, puissent présenter un quelconque intérêt de réflexion aux analystes du renseignement>>.
Par analystes, j’espère que ce ‘’responsable’’, pétri aux obligations du silence lâche et coupable, ne veut pas dire, ces hordes d’espions amateurs qu’on retrouve dans les taxis, au marché et dans les couloirs des administrations et qui s’adonnent au trafic d’influence et émargent gracieusement aux fonds spéciaux, sous le prétexte fallacieux de contenir les effets <<pervers>> de la liberté d’expression et d’étouffer dans l’œuf le <<danger>> que représentent les réseaux sociaux.
De par l’ignorance et l’inculture démocratique de ce personnage, des circonstances atténuantes lui sont reconnues, mais à propos de peshmergas, j’aimerais parapher à l’endroit de tout le monde, le Général George Armstrong Custer, rendant compte d’une expédition en territoires indiens non encore soumis. Il avait dit en substance : ‘’Les seuls indiens bons que j’ai vus  étaient des indiens morts’’. A ce ‘’responsable’’, je fais remarquer que les peshmergas sont toujours vivants et que la gestion des affaires publiques continue d’offrir matière à disserter.  J’espère m’être bien fait comprendre.

Ces précisions, nécessaires pour introduire le présent sujet étant faites, vous me permettrez, monsieur le président de déroger à cette habitude, ne serait-ce qu’une fois, le temps de vous saisir d’un problème strictement personnel.
J’aimerais, en effet, attirer votre attention sur des injustices dont je suis victime et qui sont les causes directes d’une situation sociale et économique désastreuse que nous vivons, ma famille et moi-même et vous demander, par la même occasion, d’intervenir pour y mettre fin.

Cet appel s’adresse à vous, en tant que premier magistrat du pays et, à travers vous, aux mécanismes incarnant les pouvoirs publics de l’Etat, en charge de faire respecter le droit, à défaut de voler au secours des citoyens en difficulté.
Licencié abusivement
En effet, en 2009 et en 2012, j’ai été abusivement licencié de mon poste de conseiller en communication de la DSPCM (Gardes-Côtes). La première fois par le colonel retraité Cheikh Ould Bayeu et la deuxième, par le colonel retraité Ahmed Ould Amein, avec qui j’étais pourtant parvenu à un accord de reconduction de mon contrat de travail résilié abusivement par son prédécesseur.
Les conditions de ces licenciements, opérés en violation flagrante des dispositions de mon contrat, des stipulations claires de ses clauses, des dispositions en la matière de la Convention Collective Générale du Travail, de la Charte Universelle des Droits de l’Homme et des textes en vigueur en République Islamique de Mauritanie, reflétaient une nette volonté de m’humilier et de m’exposer aux aléas du chômage, dans l’espoir de les voir déborder ma résistance aux difficultés de la vie.
Les dommages causés à ma famille et à moi-même par ces licenciements et ensuite par le refus de la DSPCM d’assumer les responsabilités qui découlent de la rupture de mon contrat, sont multiples et vont de l’endettement, en passant par la compromission irréversible de l’éducation de mes enfants et jusqu’à la vente d’un troupeau d’ovins que nous avions réussi à élever et de nos maigres biens immobiliers, dans le seul souci de survivre.
Une situation imputable à ces deux hommes par le fait de la volonté manifeste de nuire à autrui et, au-delà, à l’Etat mauritanien pour n’avoir pas su me protéger, conformément à ses obligations régaliennes et en vertu de mes droits sociaux et économiques inaliénables.

En citoyen légaliste, soucieux de faire prévaloir, sur toute autre considération, le respect du droit positif, j’avais porté ce contentieux devant l’inspection du travail, puis devant le tribunal du travail où il y est consigné depuis plus de trois ans sous le numéro 111/2014.
Je pense, monsieur le président, qu’au stade où sont les choses et après avoir épuisé les voies de recours prévues à cet effet, votre arbitrage devient indispensable pour que mes enfants et moi-même continuons à croire en l’Etat de droit, en la justice de notre pays et pour nous convaincre que, contrairement à ce qu’en pensent les bénéficiaires de l’impunité sur des faits répréhensibles avérés, nul n’est au-dessus de la loi.
Je vous rappelle, Monsieur le Président, que par le passé, soutenu avec fortes illustrations, que vous serez le président des pauvres. En d’autres termes, le président qui protégera les pauvres contre les riches, ce sur quoi les mauritaniens vous avaient cru sur parole. Alors, l’occasion de le prouver vous est offerte aujourd’hui, saisissez-vous en faute de quoi, nous n’aurons plus à opposer à l’insolence des nouveaux riches, arrivistes pour la plupart, que les larmes et vous en serez responsable pour avoir créés de toutes pièces, cette nouvelle race de prédateurs pour qui l’intérêt national et l’aspiration des mauritaniens à une vie meilleure sont subordonnés à leurs seules ambitions bourgeoises.
Et, comme je vous l’ai déjà dit dans mes lettres précédentes, auxquelles les derniers événements semblent avoir donné raison, n’oubliez pas, monsieur le président, que les nouveaux riches, qui vous doivent fortunes, honneurs et position sociale, seront les premiers à vous lâcher au moindre signe du déplacement du rapport de force par lequel vous tenez le pays. Ensuite, ils émigreront vers d’autres cieux plus cléments où ils auraient déjà préparé des retraites dorées et où leurs enfants seraient préalablement scolarisés, contrairement à ceux du petit peuple logés à un enseignement public qui ressemble à une fabrique en  série de petits délinquants et de terroristes en puissance.
Rappelez-vous également du dicton selon lequel : ‘’Men ahabbaka lichey’in, beghadaka lizewalihi’’. Ils vous aiment pour le pouvoir que vous détenez et où une part du gâteau leur est réservée, mais le jour où vous le perdez, ils vous haïront, puisqu’à ce moment là, vous seriez devenu la seule voie par laquelle la traçabilité de leurs fortunes pourra être établie.
M.S.Beheit  ( 8 juin 2017 )

chezvlane
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