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Mention Bien : ZRAM ou La Saga des Mreiba (Le recrutement)

En arrivant vers neuf heures à l’état-major de l’armée, Zram se rend compte des difficultés qui s’annoncent pour son recrutement: il y avait devant lui une file de près de six cents candidats.

Contre mauvaise fortune, il fit bon coeur et, stoïquement, il prit sa place derrière le dernier de la file.

Vers 17 heures, lorsqu’un caporal sortit pour informer les candidats que les opérations de recrutement prennent fin pour la journée et qu’elle reprendront le lendemain matin,

Zram n’avait avancé que d’une quarantaine de places. Un tumulte indescriptible accueillit la déclaration du caporal.

Puis la file commence à se disperser doucement. Zram n’avait d’esprit que pour son recrutement, aussi décide t-il de rester sur place.

Vers le crépuscule, le chef de poste voyant une forme humaine devant la porte d’entrée de l’infirmerie de garnison où s’effectuent les opérations de recrutement, se dirige vers le lieu pour s’informer sur cette présence insolite.
- Qui es-tu et que fais-tu là? Demanda le chef de poste?
- Je suis un candidat au recrutement, répondit Zram et j’attends la reprise des opérations de recrutement.
- Mais les opérations ne reprendront que demain.
- Alors, je resterai ici jusqu’à demain.
- Mais tu ne peux pas, il n’est pas permis de rester ici.
- Je resterai quand même ici.
- Mais non, mon gars, dégage d’ici.
- Je t’ai dit que je ne bougerai pas d’ici.
Après moult tentatives infructueuses pour convaincre Zram, le chef de poste dut se rendre à l’évidence qu’il a affaire à une forte tête et rendit compte au sous-officier de permanence, qui, à son tour baissa les bras devant l’obstination de Zram et, rendit compte à l’officier de permanence qui donna l’ordre au personnel de garde de faire dégager l’indésirable, même s’il faut faire usage de la force.

Zram était d’une force herculéenne et il fallut tout le poste de garde pour le maîtriser et le ramener à une centaine de mètres de l’enceinte militaire. Les soldats n’ont pas fait leur entrée au poste que Zram se retrouve à la même place.
- Ecoutes, toi l’affreux, dit l’officier de permanence, si tu ne dégages pas d’ici, je vais te ligoter et t’envoyer dans le gnouf.
Zram fit comme s’il n’était pas concerné par la menace. L’officier de permanence donna l’ordre au personnel de garde de l’enfermer et Zram les suivit docilement sans opposer la moindre résistance.

Une fois devant la cellule, une piaule obscure, l’officier lui demanda une dernière fois de quitter les lieux sinon il va le jeter en prison.

- Faite donc, lui jeta Zram d’un ton de défi!
Devant une tel entêtement l’officier de permanence change de tactique et essaie de recourir à la persuation pour convaincre Zram à quitter les lieux. Rien n’y fit. Zram reste intransigeant sur sa position, il ne quittera pas. Devant une telle attitude, l’officier de permanence ne savait que faire.
- M’enfin, t’es complétement dingue toi, tu ne peux pas rester ici, c’est interdit par le règlement.
- Peu importe, réplique Zram. vous êtes en train de me mettre en prison et vous ne pouvez plus me faire pire que cela.
L’officier de permanence ne savait plus à quel saint se vouer. La situation devenait délicate. Devant l’embarras manifeste de l’officier de permanence Zram dit:
- je peux quitter, mais à une condition!
L’officier de permanence n’en revenait pas.
- et quelle est cette condition? Demanda-t-il.
- Que vous me promettez de me mettre à la première place de la file , demain.
L’officier de permanence était tout heureux de trouver un moyen de se débarrasser de l’energumène.
- D’accord , c’est promis, maintenant, fous l’camp d’ici.
Zram s’éloigna du poste de garde et s’assit contre le mur du lycée technique en face du poste de garde. Cette nuit là, il faisait très froid et Zram n’avait pour habit qu’un pantalon et un boubou de percale.

Il passa toute la nuit grelottant sous le froid glacial. Il ne sut jamais quand est ce qu’il s’est endormi. Vers cinq heures du matin, il fut réveillé par l’un des soldats du poste de garde.
- Debout, toi le fou et viens avec moi, si tu restes ici tu vas crever de froid.
Zram le suivit et fut tout heureux de se retrouver dans la chambre du poste de garde.
- Ecoutes, toi le cinglé, lui dit le chef de poste, mais tu es complètement malade, pourquoi tu es resté toute la nuit sous ce froid glacial?
- Parce que je veux être recruté.
- Tu dois être complètement taré, pour passer une telle nuit juste pour être recruté. Crois-moi tu ne seras pas déçu du casse-croute.
Tout le poste de garde éclata de rire. L’un des soldats tendit à Zram un quart de café et un morceau de pain beurré. Zram ne se fit pas prier, il avala le pain et le café a grandes bouchées et grandes gorgées.

Il sentit l’effet bienfaisant de la chaleur du café. Zram venait de recevoir sa première ration de petit déjeuner de l’armée.

Vers sept heures du matin, le chef de poste demanda à Zram de sortir du poste de garde et rejoindre la zone d’attente des candidats de l’autre côté de la route.

Vers sept heures du matin les candidats commencent à se rassembler et Zram se retrouve submergé par la masse. Lorsque la porte s’ouvrit et que le caporal de la veille fit son apparition, ce fut la ruée, Zram surpris ne s’élança que très tard et lorsque les candidats furent mis en ordre dans la file d’attente, Zram se retrouva très loin avec près d’un centaine de candidats devant lui.

Il regretta amèrement de ne pas avoir couru à temps.

Lorsque le caporal s’apprêta à faire entrer le premier candidat, le chef de poste de la veille vint et lui chuchota quelque chose à l’oreille, il s’arrêta net et demanda aux candidats un peu de patience.

Tout-à-coup un officier sortit de la porte et s’avança vers la file d’attente, scrutant les candidats un à un jusqu’au moment où il arriva au niveau de Zram il s’arrêta puis demanda:
- C’est bien toi?
Zram acquièça de la tête. L’officier le prit par le bras et le plaça en tête de file. Tous les candidats regardèrent Zram avec envie, mais surtout avec respect.

Zram était tout content et fier de se trouver en tête de file. Il passa avec succès sa visite médicale, se rendit au premier bureau où il signa son contrat d’engagement en apposant ses empreintes digitales sur le document, puis se retrouva le premier devant le fourrier pour percevoir son paquetage.

Il reçut un sac marin, une musette, une couverture, deux draps, deux tenues bleues, une paire de chaussettes, une paire de brodequins, une ceinture, un bidon complet, une casquette, une gamelle, un kit de couture, un kit de cirage, une serviette, deux mouchoirs, deux sous-vêtements, deux slips, une culotte de sport et des espadrilles.

Une fois le paquetage reçu, Zram se mit en tenue bleue et brodequins, mit tout le reste du paquetage dans la musette qui ne quittera désormais jamais son dos.

Zram eut l’honneur d’être le premier à se faire raser: l’inévitable “boule à zero”.

Pendant toute la journée Zram n’effectua que les corvées, nettoyage de la caserne, transport des repas, le thé pour les gradés, ravitaillement d’eau, embarquement et débarquement des équipements venus du wharf dans des camions et destinés au front.

Des activités toutes familières à Zram.

Mohamed Lemine Taleb Jeddou
ZRAM ou La Saga des Mreiba

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