Déjà vu……. La désignation d’un médiateur mauritanien au Soudan est-elle délibérée?

Nul ne sait. L’intéressé avait officié au Congo. De cette expérience est né un livre: Facilitation dans la tourmente. 2 ans de médiation dans l’imbroglio congolais.Au Soudan, il a dû renouer avec des airs familiers tant des similitudes avec son pays d’origine sont manifestes.

Un rapport tumultueux à l’identité nationale.Dans les 2 pays, le sentiment national est précaire. Une des raisons tient à une polarisation autour d’une identité arabe perçue comme hégémonique et une appartenance « africaine » nivelée. Les régimes soudanais successifs ont été accusés d’instrumentalisation identitaire. L’instauration d’un « racisme sans race » en est une expression. Le président déchu El Béchir a exacerbé ce clivage. Il a, à des fins partisanes, nourri le spectre d’un ennemi intérieur, le « non arabe ». Ce qui a conduit à des dérives notamment au Darfour. Le numéro 2 actuel de la junte, Mohamed Hamdane Dagolo (Hemetti) y a joué un rôle terriblement décisif .
A en croire la chercheuse Pauline Brücker, El Béchir aurait imputé les révoltes de décembre à ceux qu’il désigne comme « nègres non arabes ». Le soulèvement avait pourtant des motivations sociales avérées.
Autre point commun. Il est sémantique, celui-là, et porte sur le vocable négro-africain, en cours dans les 2 pays; On le note par exemple sous la plume du journaliste Célian Macé et d’ Eric Nguyen ,auteur de Géopolitique africaine. Dans les 2 pays, on retrouve une langue à vocation hégémonique et assimilatrice:l’arabe, un « idiome interethnique » pour reprendre l’expression euphémisante » d’un ancien diplomate occidental au Soudan.
Lors d’un débat sur Aljazira (édition en anglais), le cinéaste soudanais Hajuj Kuka déplorait que la question identitaire ait été l’angle mort des négociations sur la transition tout en observant que, selon lui, l’identité de son pays ne pouvait se fonder sur une arabité exclusive.En réponse, son compatriote Abdelwahab Affendi, politologue, objecta que le problème identitaire ne pouvait être réglé politiquement par l’Etat. A ses yeux, celui-ci devait être garant de la bonne gouvernance devant conduire à une issue démocratique. Cette oscillation entre fatalisme et déni est un autre point commun à certains acteurs des 2 pays sur le même sujet.
On notera en revanche qu’en Mauritanie, à la différence du Soudan; l’affiliation religieuse n’est pas (en principe) source de discorde.

Tijane Bal
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