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Dans la gueule du loup, Ghazouani fait comme il peut…


Dans la gueule du loup, Ghazouani fait comme il peut…
 Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le loup ce n’est pas le régime azizien mais le régime tout court… Le régime, c’est l’ensemble des forces dont les volontés s’imposent à la masse et sans lesquelles nul ne peut diriger un pays comme le nôtre.

Il est vrai qu’Aziz a eu tout le temps de mettre son monde partout pendant dix ans et ce monde se serait volontiers mis au service du nouveau président s’ils étaient sûrs qu’Aziz a pris sa retraite définitivement or rien n’est moins sûr : tout le problème est là…

Ghazouani débarque donc à la tête symbolique d’un régime bâti, consolidé par l’efficace terreur psychologique et financière pour servir un seul homme, Aziz. Jamais on n’a vu un tel transfert de pouvoir s’opérer pacifiquement et surtout efficacement. Partout, même dans les théocraties, quand un chef fort s’en va, c’est souvent l’aventure, le déclin ou le chaos quelque temps car le chef du moment ne peut être chef qu’en prenant soin de mettre hors service toute personnalité capable de lui faire de l’ombre.

Seules les vielles monarchies avec un makhzen puissant ou les vieux régimes soudés par une idéologie ou une religion, comme la Chine ou même le Vatican peuvent encaisser les secousses de ces sortes de transitions ; partout ailleurs quand un chef puissant s’en va, celui qui le remplace n’a que rarement les épaules pour tenir la boutique autrement que par la loi de la force au prix d’un chaos économique.

Dans la gueule du loup, Ghazouani fait comme il peut…
Chez nous, l’expérience est possible car le régime est désormais plus fort que les hommes. Quand le ministre porte-parole du gouvernement dit que le nouveau gouvernement est le prolongement du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz, non seulement il ne fait que répéter ce que le candidat Ghazouani a dit pendant la campagne à la différence qu’il ne serait pas Aziz mais surtout le ministre n’avait pas le choix car il ne pouvait pas dire « le régime né de 1978 » car c’est de celui-là qu’il s’agit…

Ce régime militaire devenu civilisé n’est pas celui d’Aziz ou d’un autre, il est devenu une entité à part, désormais solidement ancré dans le paysage politique mauritanien par des moyens de plus en plus démocratiques même si Aziz a ruiné ce vernis démocratique en coupant internet et en sortant le Basep après l’élection de Ghazouani alors que rien n’imposait ce sabotage d’image ;  sabotage initié pendant la campagne avec hélas quelques succès. Ce régime militaire désaxé en fin de règne de Taya et condamné à l’implosion, Aziz l’a revitalisé et retaillé à sa mesure mais ce régime n’est pas le sien et Ghazouani va devoir le domestiquer sans avoir comme Aziz l’autorité de l’arbitraire imposé par la loi de la force militaire à savoir plusieurs coups d’état.

Nul ne peut dire qu’Aziz lui a facilité la tâche, bien au contraire. Désormais Ghazouani doit trouver un moyen de ne pas finir « lemdénisé » car les mauritaniens ont une passion pour le complot et dégager tout président faible est un exercice culturellement exaltant.

Ainsi même si demain, les dirigeants de l’armée décidaient d’en finir avec Ghazouani même par un coup d’état, si l’armée est soudée, personne n’y pourra rien. Il suffira de trouver des raisons et rassurer les étrangers, tout de suite les opposants crieront victoire et exigeront des élections transparentes inclusives. Ensuite ce sera le même cinéma, le candidat du pouvoir, celui du régime passera et les autres crieront à la fraude.

Donc Ghazouani doit d’abord rassurer le régime dont il hérite et ce régime a à sa tête surtout les hommes d’Aziz. Lui demander de ne pas le reconnaître, ce serait un suicide politique. Lui demander maintenant de dissoudre l’assemblée serait catastrophique car il n’a ni parti ni rien à offrir sans prendre au régime les postes attribués par Aziz.

Tout ce qu’il peut faire, il le fait bien pour l’instant. Son gouvernement est audacieux pour quelqu’un qui prétend être dans la continuité d’Aziz qui jamais n’aurait mis un PM de Boutilimit ni un hartani ministre de l’intérieur. Il faut bien regarder ce qui se passe.

Ghazouani peut compter sur bien des forces positives au cœur du régime car tout le monde en a assez de l’autoritarisme d’Aziz et son cynisme qui fait fi de toute fidélité sur l’autel de l’ambition politique mais Ghazouani doit faire doucement car les forces aziziennes bien installées au cœur du pouvoir politique, économique et sécuritaire savent qu’ils peuvent tout perdre avec lui…

C’est donc une redoutable guerre psychologique qui a commencé où le régime peut basculer d’un camp à l’autre : soit se mettre au service du nouveau président et en finir avec Aziz soit au contraire lui mettre des bâtons dans les roues.

Nous espérons tout simplement que Ghazouani n’est pas otage de quelque chose. Je ne crois pas car s’il devait y avoir des révélations, elles seraient sorties plus tôt mais on n’est sûr de rien sauf qu’il va y avoir du sport et l’essentiel c’est qu’Aziz lâche la partie, sinon il sera président à vie et la société retournera à l’ordre féodal…

VLANE

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