Mention Bien : Ministre de…

Photo de profil de Tijane Bal, Aucune description de photo disponible.Face à un nouveau gouvernement, notre réflexe tient à une question: qui est ministre de quoi? Nous nous interrogeons moins et moins souvent en revanche sur l’absence de tel ministère, pourtant nécessaire à nos yeux, ou sur l’intitulé de tel autre.

Et pourtant l’une et l’autre sont porteurs de messages.Un ministère est souvent l’affichage institutionnel d’une volonté politique.

Quelques exemples de natures différentes. En France, sous le gouvernement « de » Pierre Mauroy, le ministère des affaires étrangères fut rebaptisé ministère des relations extérieures et confié à Claude Cheysson.

Il y eut même un ministère du temps libre qui intrigua, amusa et donna lieu à beaucoup de plaisanteries du genre j’ai appelé le ministère du temps libre. Ils sont toujours occupés.

Il y eut dans le passé des ministres sans portefeuille pour circonvenir leur parti à la chambre.Soucieux de marquer le redéploiement de sa politique extérieure vers l’Afrique subsaharienne, le Maroc s’est doté récemment d’un ministère de l’intégration africaine.

Il fut un temps où le royaume disposait d’un ministère des affaires mauritaniennes. Il existe en Centrafrique (je crois) un ministère de la réconciliation nationale.

Le (pléthorique) gouvernement de M. Thisekedi en RDC envisage la création d’un ministère des couches vulnérables; (l’intitulé laisse à désirer mais l’objectif est clair). Quid du 1er gouvernement de M. Ghazouani?
Ses effectifs (ne vingtaine de membres; 23 je crois) semblent raisonnables. On est loin des 60 ministres de M; Tshisekedi. Mais les contingences politiques sont différentes.
Quelques particularités à noter: la présence au sein de l’équipe de 2 « commissaires » dans des domaines qui auraient mérité un ministère de plein exercice: la sécurité alimentaire et les droits de l’homme. Les titulaires auraient-ils refusé le titre de ministres comme ce fut le cas en France avec Martin Hirsch?
2 ministères pourraient être qualifiés d’hybrides sans qu’on en sache les raisons. Ils sont détenus par un ministre secrétaire général du gouvernement et un ministre conseiller à la présidence. On ne sait si ces derniers sont davantage ministres ou conseiller et secrétaire général.
Le nouveau président semble afficher une volonté de modernisation et de réforme à travers 2 ministères: celui de la fonction publique et de la modernisation justement et celui de l’enseignement fondamental et de la réforme de l’Education nationale.
On observe par ailleurs que l’emploi a été « relégué » à la jeunesse et déconnecté du travail. Ce sont certes 2 notions différentes. S’agit-il d’une volonté de distinguer emploi public et salariat du privé ou de faire du chômage des jeunes une priorité?.
L’économie a été disjointe des finances. Quelle est la pertinence de cette dissociation dans un pays comme la Mauritanie? Pourquoi le pétrole a-t-il été spécifié à ce point?
Certains intitulés pourraient faire débat.
Rattacher les « Mauritaniens de l’étranger », une composante nationale, aux affaires étrangères et à la coopération est surprenant en termes d’affichage et même de principes.
Quid de l’enseignement « originel »? A quoi renvoie cette notion?
Accoler « nationale » à défense et confier le ministère à un général qui vient d’assurer le commandement d’une force sous-régionale est également surprenant. Il y a bien longtemps que la défense ne peut s’envisager sous le seul angle national et ce, a fortiori dans notre zone sahélo-saharienne. Que le poste soit détenu par un militaire d’active questionne.
Ah! les fameuses « affaires islamiques »! Le mot « affaires » est pour le moins équivoque même si on se doute qu’en l’occurrence, il ne devrait s’agir ni de petit commerce,ni d’immobilier ni de restauration.
En quoi l’artisanat prédispose-t-il aux relations avec l’assemblée nationale? La qualité du titulaire du poste expliquerait-elle cet attelage?
Et enfin les manques: l’enseignement professionnel qui ne peut se réduire à l’enseignement technique parce qu’il est plus vaste en est un. Quid de l’apprentissage, de la formation continue dans un monde où il est de plus en plus question de formation tout au long de la vie?
Last but not least; Dans le contexte mauritanien fait cruellement défaut un ministère de la cohésion nationale et/ou sociale. A moins que les relations avec la société civile confiées à un « commissaire » en tiennent lieu. En ce sas, peut mieux faire serait-on tenté de de dire.

Tijane Bal
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