Est-ce trop demander à Ghazouani ?


Est-ce trop demander à Ghazouani ?Le prochain gouvernement ne pourra être qu’une déception pour bien des soutiens de Ghazouani qui attendent lui ce qu’aurait fait un opposant vainqueur. Il ne faut pas lui demander d’être un ennemi du milieu politique et militaire à qui il doit toute sa carrière jusqu’à la magistrature suprême.

Quand il aura pris certaines décisions fidèles à sa famille politique, à savoir celle qui tient le pays depuis 1978, il ne faudra pas lui en vouloir car il n’a jamais promis de ne pas le faire. Que les choses soient claires : le Ghazouani que vous avons soutenu est aussi celui qui a déclaré être pour un 3ème mandat azizien, celui qui a dit qu’il partage le bilan d’Aziz dans tous les domaines. Nous avons mis cela sur le compte de la campagne face à un Aziz encore tout puissant, à la tête d’un régime qui lui obéit au doigt et à l’œil.

Pour ma part, je n’attends pas de Ghazouani une politique d’opposant, ni une chasse aux sorcières comme s’il était le messie venu du ciel, étranger à tout ce monde. Même s’il voulait le faire, il ne pourrait pas car pour cela, il faut avoir les pleins pouvoirs et les pleins pouvoirs, on les a que par un coup d’état et  au moins 10 ans à anesthésier, corrompre, domestiquer et diviser toutes les forces du pays comme Aziz l’a fait en toute impunité.

Même avec les pleins pouvoirs, il faudrait que Ghazouani s’attaque à l’état mauritanien car cet état est aux mains d’une administration civile et militaire de culture dictatoriale. Celui qui oserait s’attaquer radicalement à l’état des lieux, finirait mal et ne se ferait pas de vieux os au pouvoir.

Ce que j’attends de Ghazouani, c’est ce que j’espérais d’Aziz au début à savoir être un homme d’Etat courageux face aux forces du refus, le fameux état profond. Ce qui est encore possible en Mauritanie est devenu impossible dans d’autres pays victimes des dictatures car nous sommes peu nombreux et le peuple n’est pas de culture révolutionnaire, il est fatigué, humilié, réduit à l’ignorance, à la pauvreté, livré pieds et mains liés aux forces obscurantistes.

Aziz a raté une occasion historique d’être le dirigeant qui ferait au peuple mauritanien le grand bon sociétal en avant : sa politique fut le grand bon arrière à tous les niveaux psychologiques. On ne peut pas dire qu’il ne fut pas un fin politicien car il a berné tout le monde, baladé tout le monde, mauritaniens et étrangers, divisé tout le monde, enfumé tout le monde et le voilà qui s’en va tranquillement après en avoir bien profité.

D’ailleurs rien n’indique qu’il ne sera pas de retour très vite. Nous verrons bien dans les 6 mois qui suivent quelle est la dimension politique de Ghazouani et sur quelles forces militaires et civiles, il peut compter contre les vents et marées aziziens.

Pour l’instant, tout ce que j’attends de Ghazouani, c’est de déminer l’atmosphère psychologique dans laquelle vivent les mauritaniens. Non pas que les mauritaniens pourraient se révolter, cela est impossible face à la puissance des forces de l’ordre mais juste parce que les mauritaniens méritent un peu de pitié venant des dirigeants. Ils ont tout subi, tout encaissé. Ils ne sont pas des révolutionnaires et même s’ils l’étaient, la révolution ne serait qu’une révolte vite matée par les forces de l’ordre.

Ceux qui, comme des enfants, espèrent encore le grand changement doivent savoir qu’il ne peut venir que d’une révolution or la révolution, c’est renverser l’Etat. Cela ne peut se faire qu’avec le concours d’une partie des forces de sécurité et dans tous les pays et à toutes les époques, cela n’entraîne que les larmes et le sang au profit d’un troisième larron aux aguets.

La France est un bel exemple en la matière pour nous autres francophones. Voyez ce qui s’est passé après 1789. Ils ont guillotiné leur roi pour hériter du petit corse qui se fit appeler empereur et qui repose dans un tombeau plus beau que celui des rois de France et mieux placé dans Paris.

Ailleurs, soit des islamistes radicaux prennent le pouvoir ou les forces militaires qui excitent le peuple pour remplacer le tyran du moment avant de tyranniser le peuple à leur tour.

J’attends juste de Ghazouani le minimum vital :

D’abord sauver ce qui peut l’être. On aimerait savoir si c’est Aziz qui a détruit toutes les grandes entreprises publiques pour faire la fortune de son entourage ou s’il a profité d’une injonction tyrannique de la banque mondiale et du FMI de mettre du privé partout ? On aimerait avoir un débat sérieux surtout que la Mauritanie Nouvelle parle de résistance.

J’attends un vrai projet de formation et d’emploi pour tous les jeunes diplômés ou non, tous sont victimes des régimes successifs. Le chômage est endémique en Mauritanie malgré les chiffres officiels trompeurs. Les cadres de la fonction publique sont clochardisés pendant que le président peut vivre dans le luxe et ceux qui ont un salaire important ne peuvent en profiter car ils ont sur le dos bien des chômeurs de la famille.

Face à cela, on n’a jamais entendu un ministre de l’économie faire autre chose que gérer le taux de change et inspirer des lois pour augmenter les taxes et les impôts. Aucun programme économique autre que les micro-crédits ou une politique pour les plus démunis : la classe moyenne se meurt comme les retraités qui finissent leur carrière avec une aumône de l’état divisée par 10 sous Aziz.

J’attends du gouvernement et de l’entourage de Ghazouani d’être plus dignes que les vulgaires personnages qu’Aziz nous a souvent servis, prêts à débiter les pires inepties en méprisant le peuple et même les personnages de l’histoire nationale.

J’attends une révolution dans l’usage des médias notamment de la TVM. Il est temps que les mauritaniens aient droit à voir et entendre des compatriotes cultivés, intelligents, positifs au lieu de tous les parasites qu’on leur sert pour les abrutir.

J’attends une révision de la constitution pour la rendre plus cohérente car pour l’instant elle est un bancal copier-copier de la 5ème république française tropicalisée de travers jusqu’à Aziz. Bilan le conseil constitutionnel a son mot à dire sur tout sauf sur l’usage de l’article 38 tyrannique. Trouver une formule pour mettre le français et le hassania dans la constitution. Le français pour en finir avec la schizophrénie de l’administration et tous les débats à propos de l’usage du français encore incontournable et le hassania pour respecter la langue de la majorité des maures.

Créer une cellule chargée de combattre la désinformation sur le net mauritanien et cultiver le débat de sorte que les mauritaniens puissent en finir avec le téléphone arabe pour s’informer car à ce jour quasiment tous les journalistes politiques sont engagés pour un camp contre un autre et font feu de tout bois.

Est-ce trop demander à Ghazouani ?
Quant à Cheikh Madoff, il faudra à un moment ou un autre que l’état le convoque ou du moins ceux qui ont travaillé pour lui à escroquer les mauritaniens car j’imagine que convoquer un alem, même de cette modeste dimension avec son passif affairiste, serait se mettre à dos la caste des oulémas à laquelle Aziz a donné un pouvoir de vie et de mort sur les intellectuels mauritaniens sans jamais que les oulémas puissent être inquiétés ni pour incitation au meurtre quand ils refusent de respecter la justice de la république islamique de Mauritanie ni pour escroquerie quand ils sont mouillés jusqu’au cou dans les affaires les plus sordides du genre.

J’attends enfin un vaste programme de coopération pour créer en Mauritanie des universités françaises, américaines et arabes pour tous ceux qui ne peuvent aller à l’étranger s’inscrire comme les fils des dirigeants mauritaniens. Aziz lui-même va inscrire son fils en Angleterre.

En un mot, j’attends de Ghazouani d’avoir pitié de la brave Mauritanie qui mérite un autre sort. Je crois au génie mauritanien ; malheureusement, les pouvoirs successifs n’ont permis à s’épanouir que le génie de l’escroquerie et de la mauvaise foi.

Est-ce trop demander à Ghazouani ?

Voilà qu’il nomme PM, un centralien de Boutilimit. C’est un acte fort sachant ce qu’Aziz a fait symboliquement endurer comme humiliation aux gens de Boutilimit et du Trarza en général mais il faudra petit à petit aussi sortir de ces acrobaties symboliques et si ce n’est pas possible, choisir au moins comme pour le PM dans telle tribu et telle région des gens brillants même si l’intelligence n’est pas toujours gage de probité. On a vu avec Aziz des technocrates mettre leur génie au service de savants trafics au seul profit de leur employeur via le dépeçage des joyaux économiques de la Mauritanie jusqu’à l’héritage culturel.

Ghazouani peut gouverner d’une main ferme mais sans excès sans humilier les mauritaniens sous prétexte qu’ils seraient désarmés. J’espère qu’il réussira dans cette voie.

VLANE

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