Petit khroujou pour tromper l’attente des nominations :

Résultat de recherche d'images pour "mahdara mauritanie"Depuis quelques semaines je suis avec beaucoup d’intérêt (ponctué de quelques sursauts parfois) le débat ouvert, dans la bulle facebookienne, sur l’utilité de la mahadra dans notre monde d’aujourd’hui, sur la pertinence de ses méthodes didactiques, ou encore le déphasage de ses sortants par rapport à la réalité qui les entoure.
J’ai beaucoup hésité à mettre mon grain de sel que voici, la météo globale des échanges étant d’agitée à très agitée, les défenseurs de son incontournable extinction n’étant pas n’importe qui, plutôt de beaux esprits aux plumes habituées à la haute voltige dans les sphères du sacré. Moi qui ai le tournis pour un rien, j’aurais bien voulu garder bas le profil si ce n’est l’énormité de certains propos, ignorants dans leur savoir, des dynamiques récentes qui secouent le monde de ce modèle de transmission traditionnelle, et qui quittant la ligne légitime de l’expression des opinions en viennent à celle plus tordue des sentences et sommations intellectuelles déjà dégoutantes chez les obscurantistes que nous connaissons et carrément rebutantes chez les éblouis des Lumières que nous découvrons un peu plus tous les jours.
Je n’ai rien contre les Lumières, j’ai eu à téter goulument leur sein nourricier, mais c’est sous leurs cieux, entre autres horizons, que j’ai appris qu’il fallait toujours mettre un peu de doute dans son zrig de certitudes, et ne jamais oublier que si Montesquieu traitait des lois, il n’y’ avait pas plus raciste que lui.
Je ne viens pas ici faire l’apologie de quoi que ce soit, je viens juste dire que les choses ne sont pas aussi simples et banales. Il ne s’agit pas ici de dire c’est « sauvage » ou dépassé, il s’agit d’être conscient qu’il est plus facile de couper le fil que de démêler l’écheveau.

De quelle Mahadra parle-t-on ?

De celle des campements ou villages, initialement ambulante, espace d’apprentissage mais aussi de socialisation selon certaines attentes sociales et religieuses, lié à une figure d’érudition traditionnelle, caractérisée par la gratuité, et qui ne recevait pas d’enfants puisqu’elle supposait un pré-requis d’aller-retour dans la récitation intégrale du Coran ?

Ou de sa version néo-mahadra, celle des villes et des grosses bourgades, celle à talibés, ou encore celle du religieux organisé, politisé, celle des mondanités féminines, celle des charlatans et raquetteurs en série, celle des centres d’apprentissages de délinquance ?

De quoi la Mahadra est-elle le nom Aujourd’hui ?

Je crois qu’il importe d’abord de connaitre ce dont on parle, et de se méfier des idées fossilisées sur certains sujets, la Mauritanie est un pays en pleine mutation sur plusieurs plans, à peine a –t-on cerné, défini, un phénomène qu’il est déjà dans la roue, parfois allant à vive allure, des changements. Le plus souvent nos analyses sont bien en retard sur des réalités qui ne nous attendent pas, qui sont mues par des for ces intrinsèques, malgré les indéniables archaïsmes, qui tentent des solutions, des (re)conversions, parfois à prix de contorsions dont on a rarement idée.

Je me permets ici d’ouvrir la chasse aux préjugés, à partir d’une étude sur ces lieux d’enseignement bien critiquables, sous certains aspects je le conçois, mais qui méritent amplement qu’on prenne le temps de voir de quoi il en retourne, de se donner le temps de voir ce qui est à jeter avec l’eau du bain et ce qui est à garder, et dans plusieurs mahadra visitées TOUT EST A GARDER (we yembanne enkfay!) et surtout de regarder de plus près les sortants. Non ! les sortants de Mahadra ne sont pas tous comme les cousins de Jacques ou Paul, ils sont des jeunes courant à perdre haleine vers leur avenir, ils sont détenteurs de Connaissances, eh oui, ça s’appelle de la Connaissance, même en ruminant les textes, je renvoie les défenseurs de la rase des mahadras à leur cours d’épistémologie, ce n’est pas des formules de production d’énergie nucléaire, mais ça reste une gamme qui est ce qu’elle est, étiré dans tous les sens par des interprétations opportunistes des fois, mais on est là en face d’un matériau savant, codifié et qui suit un process donné. Les jeunes des mahadras sont en Mauritanie les plus grands utilisateurs de NTIC, allez demander à l’english corner de l’ambassade des USA à l’ISERI c’est quoi un sortant de mahadra::ils sont les plus studieux à l’université, ils sont souvent en tête de liste. Je reviendrai dans un autre post sur cette étude de suivi des lycéens et étudiants issus de Mahadra. Un telmidi c’est en réalité une cellule souche pluripotente,il peut se retrouver au Yemen comme il peut devenir un brillant juge procureur de la république, il est le plus souvent assoiffé de modernité, il fait tout pour s’insérer, il révise à mort ses textes de Droit positif, ses théories d’Economie. Comme disait Jamel Debbouze, dans ce monde de col blanc, il sait qu’il n’a aucune chance, alors il la saisit ! Il la crée de toute pièce, lui fraye un chemin, et tous les jours la nourrit de mille espoirs.
C’est le rôle de l’Etat que de penser à quoi peut servir ce bagage mémoriel, ces « auralités », ces mnémotechniques, c’est aussi notre rôle à nous qui disons nous intéresser à la chose publique, si le modèle de la France est là, le modèle du Japon aussi est là. C’est la valeur travail qui fera la différence, la valeur égalité des chances, une politique culturelle de la diversité, la Mahadra c’est aussi une culture, dans un autre post aussi on pourrait en parler. Mais d’abord évaluons, objectivement, ce que nous avons, avec à l’esprit l’idée de sortir avec une image à nous, qui est nous, n’ayons crainte, elle pourra toujours s’inscrire dans le grand puzzle de l’Universalité.
Choquer c’est bien, ça peut faire bouger les choses, mais concasser d’emblée tout le patrimoine culturel, c’est insultant et c’est trop facile…

Pitié, moins de « tenwir » jubilatoire, compulsif et abrasif…

Rose Du Désert Sahara
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