Le Prophète, le savant et le forgeron/Par Cheikh Touré

Le Prophète, le savant et le forgeron/Par Cheikh Touré Dans son ultime kermesse cathodique, le président-général putschiste tombe les voiles de son régime passé, présent voire futur. Au sujet d’un innocent repenti arbitrairement incarcéré, le tyran exulte : «la justice ne lui reproche rien. Nous le gardons en prison au nom de quatre millions de mauritaniens…».

«La tête du forgeron».

Sans être l’aveu le plus fichu du putschiste commandeur des croyants, cette confession médiatique brise le silence universel sur le sort de la victime. À la botte de tout puissant depuis la genèse de leur caste, les oulémas bénirent la gaffe providentielle en l’assortissant d’un repentir audiovisuel de l’innocent sur la chaîne nationale où défilent les autres otages de la justice militaire depuis le courant putsch électoral.

Pour rappel, ce condamné à la liberté carcérale fut la victime idéale d’un contexte hérétique qui embrasait les sphères judiciaires. Alors, les castes suprémacistes se liguèrent pour «écraser l’infâme» forgeron qui en fédère les phobies anthropologiques : «bon à rien le forgeron fut-il savant».

La chasse à l’apostat déchaina les foules vengeresses qui exigèrent le sacrifice expiatoire en défense du saint prophète. Des justiciers sauvages s’arrogèrent l’héritage sacré pour se farcir l’emblématique menu grégaire: «la tête du forgeron»..!

Prophète de grand chemin

Pourtant la libération de l’innocent repenti n’était plus impensable si une énième fatwa d’autorité incontrôlée n’avait pas été improvisée pour tuer le consensus: «le blasphème du prophète est plus grave que le génocide de dizaines, centaines et milliers de musulmans».

Diffusée sous la forme impersonnelle d’un échange téléphonique, la fatwa criminelle ne craint pas de surenchère pour sourcer son verdict assassin: «le code malékite stipule la mort du repenti pour lui éviter l’enfer du jugement dernier».

En république islamique, le repentir aggrave la sentence. Dieu ajourne la créature et le verdict, le mufti sacrifie son forgeron. À l’appui de ce code sauvage où le blasphème surclasse le génocide, le procureur de dieu croise les anecdotes troubles de la geste prophétique et les versets coraniques inhabilement illustrés (XXXIII-57, XXX-6, XLVIII-8) pour commuer la malédiction divine en peine capitale.

Infaillibilité papale obligeant, la jurisprudence assimile le pauvre blasphémateur repenti aux primes et pires ennemis de l’islam et son prophète. Ironie de cette logique quasi-préislamique, ces salafistes-là abusaient des mêmes arguments calomnieux que le docte héraut du prophète. Portrait idéal pour une internationale islamophobe : « assassin de grand chemin, commanditaire de meurtres froids, individuels et collectifs…».

«Livres-mères»

En effet, le savant des savants impute le supplice d’écartèlement meurtrier de la vieille prisonnière fazarite (Oum Qirfata) au prophète qui interdit fermement la mise en scène du vivant (Temthil). Alors que les «livres-mères» (Oumehat el-koutoub) l’attribuent au poète Qaïs ibn Mouhsir lors d’une expédition punitive contre sa tribu qui avait dépouillé une caravane du prophète sous le commandement de son fils adoptif.

Comme la mort guerrière du cousin et prisonnier qoraïchite (Nadr ibn Harith) qui fut immortalisée par le poème de sa soeur : «les enfants de son aïeul ne cessèrent de lui asséner leurs épées / Ainsi bien des liens de dieu en furent découpés». Pourtant le mufti le déclame si bien qui soustrait son canon pénal aux larmes de repentir poétique dont le prophète bénit les vers de Qutayla : «Ô Mohamed de si noble lignée/ Seigneur bien aligné /Ta bonté n’aurait pas indigné / Ô combien irrité, le noble peut épargner…».

Qui est plus blasphémateur..?

Quant au traître assassinat du poète juif -Kaab ibn El-Achraf-, l’ayatollah du forgeron en connait l’auteur dont il cite la récidive devant le premier calife omeyyade. Dans un contexte explosif où d’autres voix téméraires incitent à la haine noire du peul et de l’esclave, nul meilleur témoin que cet empereur qoraïchite pour attester que le miséricordieux prophète amnistiait ses pires détracteurs dont les plus illustres assumèrent les plus hautes charges de l’empire islamique: «dégagez, vous êtes libres!».

Que dire de sa clémence pour le blasphème quotidien de ses compagnons hypocrites? Et son secrétaire cumulard, traître apostat et blasphémateur qui devint gouverneur d’Egypte..? «Modeste proposition pour les mauritaniens» -Swift- :«libérez le fils des gens» -Khalou 3ankoum wel enass-…Qui est plus blasphémateur: le général-putschiste-commandeur des croyants, le fougueux savant des savants ou l’innocent forgeron repenti ?

-Lien de la fatwa sonore de Cheikh Dedew: https://soundcloud.com/tiguend/umvsqilbjlmz

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