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Jeunesse au service de la Nation, pour quelles sociétés et Institutions ? Tentative d’analyse par Sao Ousmane

Jeunesse au service de la Nation, pour quelles sociétés et Institutions ? Tentative d’analyse par Sao Ousmane« Ne regarde pas en arrière avec colère, ni devant avec peur, mais tout autour de toi en pleine conscience. » James Thurber

I : Introduction

En sociologie, « une institution désigne une structure sociale (ou un système de relations sociales) dotée d’une certaine stabilité dans le temps. />Sociologiquement, une institution est un mode de régulation de situations qui tendent à se reproduire… » elle est d’origine coutumière ou légale, faite d’un ensemble de règles tourné vers une fin, qui participe à l’organisation de la société ou de l’État.

Selon le dictionnaire « Une société est un groupe organisé d’êtres humains ou d’animaux, ayant établi des relations durables, qui vivent sous des lois communes, qui ont une forme de vie commune, qui sont soumis à un règlement commun ».

En ethnologie « la société désigne un groupe humain organisé et partageant une même culture, les mêmes normes, mœurs, coutumes, valeurs » En sociologie, « la société est l’ensemble des personnes qui vivent dans un pays ou qui appartiennent à une civilisation donnée ».

Dans ce contexte précis, les jeunes sont avant tout concernés par les évolutions de la société, celles de la famille et du travail, l’entrée dans une économie de la connaissance et les nouvelles technologies, la montée des inégalités et les changements dans les rapports sociaux et les modes de vie. Ces évolutions touchent une partie seulement des générations adultes ; elles ont des conséquences pour tous les jeunes. L’expérimentation du nouveau se fait largement par et sur les jeunes.

Dès lors, la perte de sens des repères traditionnels et l’absence de vision collective de l’avenir ne sont-elles pas d’abord ressenties par les jeunes ? Comment peut-on redéfinir des normes, contraignantes mais reconnues par tous ? Comment favoriser la création d’opportunités nouvelles sans faire peser sur certains des risques excessifs ?

Comment concilier mobilité et sécurité dans les parcours individuels, notamment par une conception nouvelle de l’éducation et de la formation tout au long de la vie, comme de leurs liens avec le travail et avec la vie sociale ?

Il est ainsi assez inexact de parler d’une jeunesse dépolitisée, indifférente aux enjeux publics. Ses réactions mettent tout au contraire devant nous un certain nombre des grands enjeux de société qui requièrent des choix politiques (Irène Théry, mai 1998.)

Mais les politiques publiques n’ont-elles pas été une façon de ne pas faire de la politique ? Avons-nous envie de nous confronter les uns aux autres sur des changements et des projets ? De prendre le risque de les formuler et le temps d’en faire de nouvelles réalités ?

Nous souhaitons que l’Etat donne un poids important à la construction citoyenne et au capital humain de la jeunesse. Aucun pays au monde ne peut se développer sans une construction citoyenne solide, un patriotisme sincère, une acceptation consciente de l’idée et l’adoption d’une solution pérenne pour l’emploi des jeunes. La solution pour la limitation de l’émigration serait la formation et l’emploi. Les jeunes doivent être bien formés sur la confiance en soi, sur la réussite et sur un coaching personnel et professionnel (Claire Bidart, L’Harmattan, 1999). Alors qu’en est-il de la nation ?

Ne dit-on pas qu’une nation est une communauté de destin, formée souvent autour d’une histoire commune et qu’étymologiquement le mot nation évoque la naissance et souveraineté d’un peuple. Ce terme évoque aussi la légitimité d’un peuple à se surpasser dans les moments difficiles. Ce mot nation a donc une dimension d’identité et une dimension politique. On voit bien que cette exigence devrait s’appliquer au labyrinthe de notre vie locale.

Les communes et les communautés, les départements, les régions, le tout gouverné par des personnalités éminentes toujours, mais généralement inconnues tant elles sont nombreuses et assez souvent désignées au lieu d’être élues, tout cela ne permet pas de prendre en compte l’intérêt du citoyen et son droit absolu à comprendre, restaurer la simplicité de nos institutions et la simplicité des échanges, c’est une démarche civique. Pour cela une analyse des institutions s’impose surtout quand il s’agit de chercher le rôle des institutions politiques sur la société africaine (Boni Tanella, Ed. Philippe Rey, 2010).

II – Les institutions politiques en Afrique

L’analyse des institutions politiques ayant cours en Afrique est inséparable de celle plus générale de l’Etat, lieu de définition et cadre de la pratique institutionnelle. C’est par rapport à lui qu’on peut situer la place des institutions et envisager leur rapport avec la société. Nous savons tous que toutes les sociétés aussi anciennes qu’elles soient, ont connu une organisation politique et par la force des choses, une réflexion sur la nature existante ou bien la nature souhaitée du pouvoir politique.

Car disent-ils, la politique est une constante dans toutes les formes de société et nous savons surtout que le phénomène politique est permanent et général et qu’il ne peut pas être confondu avec celui que pose l’Etat qui n’est qu’une des formes possibles du pouvoir politique. Il existe toujours une préoccupation et une action politique dans les sociétés qui ne connaissent pas l’Etat (Charles Taylor, Ed. Aubier, 1994).

Dès lors que l’Etat est pris comme « site et comme enjeu de la lutte pour le pouvoir, le pouvoir au sens global et pas seulement le pouvoir politique, et ceci inclut la lutte pour les ressources rares, y compris la richesse », on se doit d’analyser les diverses modalités de l’interaction entre l’Etat et la société à travers les puissances institutionnelles des acteurs, les usages qu’ils en font dans leur relation avec l’Etat et avec la société, les représentations et les diverses significations qu’ils prêtent à leur place dans le jeu institutionnel.

Ce qui conduit d’une part à relativiser une lecture des institutions à partir de la trajectoire historique de la succession, inspirant une vision de l’Etat post colonial africain comme une technologie d’importation, un Etat par procuration dont les usages seraient la décalque de l’ordre politique occidental, au profit de la prise en compte de l’ambivalence de la pratique constitutionnelle, produit de logiques inédites d’hybridation et de « malentendus opératoires » entre sa formalisation juridico-politique d’inspiration occidentale et son vécu autochtone.

Ce qui ne revient pas à opposer de fait le langage institutionnel et la réalité des pratiques auxquelles son appropriation par les acteurs donne lieu, mais à surmonter la contradiction à laquelle on aboutit en soulignant qu’il existe à la fois une interaction, qui suppose une différentiation préalable, et une interpénétration de l’Etat et de la société susceptibles de faire confondre l’un et l’autre.

D’autre part, l’analyse des institutions dans une telle perspective vise à dépasser la définition des structures fondamentales des régimes politiques africains en rendant compte uniquement de la manière particulière dont sont organisés leurs pouvoirs publics, c’est-à-dire leur mode de désignation spécifique, leur compétences respectives et les règles juridiques et politiques qui gouvernent leurs rapports.

Cette vision dérivant du droit procède de la perspective « institutionnaliste » en science politique. Cette-ci aborde les objets de l’analyse politique par la détermination de leur fondement structurel et de leur modèle organisationnel plutôt que par la prise en compte de leur rapport avec la société. Les institutions, actions et pratiques organisées de façon stable, ne se limitent pas à des structures physiques et à un corpus de règles de droit.

C’est aussi un ensemble de pratiques et de dispositifs qui participent à la mise en forme de l’activité sociale. En tant que réalité et construction permanente de la réalité, produit fini et produit en construction, les institutions ne se comprennent pas sans les croyances sociales qui se greffent sur elle, le système de sens qui informe le jeu des acteurs, stabilise dans le temps les institutions et facilite aussi leur transformation (Rioux, Jean-François l’Harmattan, 2001).

Un tel parti pris méthodologique en faveur d’une lecture interactionniste des institutions conduit à s’intéresser aux situations socialement construites. Ce qui signifie que seraient analysés en même temps les enjeux qui structurent les logiques de comportements, des acteurs définissant leurs intérêts et leurs aspirations, les règles formelles ou informelles qui gouvernent les relations entre les acteurs de la pratique institutionnelle et les ressources mobilisables dans le temps et dans l’espace par les parties prenantes à l’interaction institutionnelle (Skaperdas Stergios, 2001).

Parler de la fonction présidentielle entre les contraintes institutionnelles et les contraintes sociales, c’est d’une part établir qu’elle est prééminente au sein de l’état et au sein de la société (B. Badié, Fayard 1992). C’est dire, en d’autres termes que vis-à-vis d’autres institutions politiques, elle s’affirme, simultanément, comme seule position autorisant certaines pratiques, et comme une position susceptible de légitimer les autres positions.

D’autre part, il s’agit de s’intéresser aux attentes et aux représentations formulées à l’égard de l’institution présidentielle par la société, attentes et représentations professionnelles à la position privilégiée qu’elle occupe (J.-F. Bayard, Fayard, 1989). Sans cependant négliger l’importance de la règle qui définit le cadre de la pratique institutionnelle, nous nous intéressons à la position sociale de l’institution présidentielle en montrant comment le chef de l’Etat, face à la société et face à l’Etat accommode ou subit les scenarios de tiraillement des contraintes sociales qu’imposent la pratique institutionnelle et les représentations à l’égard de l’Etat ; dans quelle mesure le chef de l’Etat est conditionné par les normes formelles et informelles pour s’autonomiser de leur contrainte en se faisant transformer l’institution présidentielle (J.-F. Medard, politique africaine, 39, septembre 1990 ; Bernard Lacroix et Jacques Lagnoye (dir), 1992). Il est clair que la gestion du pouvoir a ses propres règles et exigences.

Ce n’est pas un hasard si les dérives autoritaristes lui sont consubstantielles. Mais justement la critique alimente ces contre-pouvoirs sans lesquels les institutions républicaines sont vidées de leur âme. Du reste, il n’est pas superflu de noter que la démocratie, en plus des institutions, n’est crédible et performante que vis-à-vis de son degré d’imprégnation de l’esprit républicain qui l’enveloppe.

Cet esprit se décline, entre autres, par l’altruisme qui structure les incontournables rapports entre Alter et Ego. Montesquieu a suffisamment attiré l’attention sur cette dimension en soutenant que le civisme c’est la préférence de l’intérêt général par rapport à l’intérêt particulier. Et il ajoute : chose pas aisée ! C’est un devoir républicain que de rappeler, à haute et intelligible voix, à ceux qui nous dirigent ce pour quoi ils sont élus. Ce qu’il faut aussi asseoir, c’est la crédibilité de la parole politique, il n’est plus possible à un homme d’Etat de toujours tout dire.

Il y a des domaines ou des situations où le secret d’Etat existe. Un homme politique peut faire des engagements et lorsqu’élu, il se rend compte des difficultés concrètes à tenir ses promesses. Cependant, la parole d’un homme politique est précieuse et sur des engagements pris en toute conscience des choses. Des engagements tenus et répétés ici et ailleurs, il ne doit plus se défiler, il doit assumer. C’est cela aussi le sens de la responsabilité.

Comme le dit l’adage, « le développement se passe d’abord dans la tête ». Il ne s’agit, en effet, rien moins que de procéder à une « combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à accroître cumulativement et durablement son produit réel global » (François Perroux).

Références

B. Badié, l’Etat importé. L’occidentalisation de l’ordre politique Paris, Fayard 1992

François Bastien, « Le président pontife constitutionnel », Bernard Lacroix et Jacques Lagnoye (dir), Le président de la République. Usages et genèses d’une institution, Paris Presses de la fondation nationale de sciences politiques, 1992 p 305

Jean-François Bayard, L’Etat en Afrique, La politique du ventre, Paris, Fayard 1989

Claire Bidart, « Se lier et s’orienter », « Agora Débats Jeunesses » n° 17, L’Harmattan, 1999.

J.F Medard « L’État patrimonialisé », politique africaine, 39, septembre 1990, p. 25-36. 45

Jean-François Rioux (dir.), La sécurité humaine : une nouvelle conception des relations internationales, Paris, l’Harmattan, 2001

Skaperdas Stergios, 2001, An Economic Approach to analyzing civil wars. Presentation at the workshop on civil and post-conflict transitions sponsored by the world bank and Center for global and conflict studies. University of California. Irvine.

Boni Tanella, « Des jeunes en quête d’avenir » in 50 ans après, Quelle indépendance pour l’Afrique, Paris, Ed. Philippe Rey, 2010, p. 53

Charles Taylor, Multiculturalisme, différence et Démocratie, Paris, Ed. Aubier, 1994

Irène Théry, « Couple, filiation et parenté aujourd’hui : le droit face aux mutations de la famille et de la vie privée », rapport à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité et au garde des Sceaux, ministre de la Justice, mai 1998.

Source : Sao Ousmane
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