Le MND a (presque) raison.

L’évolution des structures sociales en Mauritanie de la colonisation a nos joursC’est d’un totem qu’ il s’agit:le Mouvement National Démocratique ou MND. Trois lettres mythiques qui ont jalonné l’histoire de la Mauritanie des années 70. Les thuriféraires du gaullisme avaient coutume de dire que tout le monde a été, est ou sera un jour gaulliste. Ce qui reste à vérifier.

Cela étant, on pourrait en dire autant de toute une génération de Mauritaniens.Il suffit de substituer MDIste à gaulliste. Le MND ressemble à ces légendes du sport dont tout le monde a entendu parler mais, les années passant, que peu ont vu en activité.

Une force politique que le pouvoir de l’époque traqua sévèrement avant d’en circonvenir certains leaders. Pourchassé, le MND suscitait en retour un réflexe de sympathie.L’adjectif « national » et sa tonalité fédératrice avaient a priori de quoi rassurer.

Ils introduisaient une rupture avec la prépondérance déjà réelle de l’identitaire dans le débat public. Avec le MND, même les revendications particularistes étaient redessinées pour être transmuées en « question nationale ».

Ce sera d’ailleurs la formule consacrée pour désigner les problèmes de cohabitation entre les composantes nationales et en caractériser les ressorts. Certes, on soupçonnait un emprunt étranger. N’importe.

Peu de gens ont relevé par exemple que, poussée à l’extrême, l’appellation pouvait transfigurer les revendications des communautés négro-africaines de Mauritanie. Ces dernières ne se définissaient ni en nations ni en nationalités distinctes (à la différence des Oromos ou Sidama d’Ethiopie et surtout des nombreuses nationalités constitutives de l’Union soviétique).

Un des tropismes idéologiques du MND (qui ne résume pas le mouvement. Loin s’en faut) est de privilégier l’ approche en termes de classes sociales sur l’ approche raciale.

Sans aller jusqu’à nier l’existence du racisme en Mauritanie, il n’en fait pas un obstacle rédhibitoire à une possible alliance de classes dans la perspective du combat contre le pouvoir politique local, traduction d’une domination impérialiste érigée en « contradiction principale ».

La réalité périmera ce schéma; Et la réalité a un point commun avec la baïonnette. On peut tout en faire sauf s’asseoir dessus. Y aurait-il néanmoins un retour en grâce même ponctuel de la vision « transcommunautaire »?
A certains égards, le vote en faveur de Biram valide (au moins partiellement) l’approche du MND dès lors qu’on substitue castes à classes sociales et qu’on escamote la dimension raciale.

Il semble en effet qu’une bonne partie des électeurs négro-africains de Birame tendent, par leur vote, à défier la stratification sociale qui a cours au sein de la société négro-africaine elle-même. En deçà ou-delà du vote, toute critique portée contre Biram est souvent perçue comme une critique de classe, la « voix des féodaux »;

La lutte contre l’esclavage dont Biram est perçu comme le porte étendard, est appréhendée non seulement dans sa dimension de combat contre l’esclavage dont sont victimes les Haratines mais également par ricochet comme un coup porté contre la prééminence des ordres sociaux à l’intérieur même de l’espace négro-africain.

Il semble que cela soit particulièrement vrai chez les concitoyens Soninkés. Reste à apprécier la pertinence à comparer les situations, les statuts, les pratiques, l’ancrage des dominations et leur actualité.

Tijane Bal  (page FB)

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire