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Conférence de presse : Le président Aziz en veut-il au monde entier?

Conférence de presse : Le président Aziz en veut-il au monde entier?Le président sortant, Mohamed Ould Abdelaziz, s’est encore livré -fidèle à son génie de l’improvisation- à une conférence de presse dans laquelle il a ressassé tous les sujets dont il entretient les mauritaniens depuis une dizaine d’années, non sans, cette fois, faire un énorme clin d’œil à Riyadh et Doha en gratifiant le Qatar d’un rôle plus horrible que celui du nazisme dans l’holocauste.

Les NU ne sont pas en reste cherchant « à perpétuer l’instabilité » dans la région du G5Sahel. L’image renvoyée par le conférencier du soir, c’est celle d’un président un peu perdu, qui ne se souvient même pas de la date de son dernier putsch de 2008 contre le président démocratiquement élu et qui se tourne sans cesse vers les figurants sur le plancher derrière lui leur demandant de lui rafraichir la mémoire. Le gouvernement reste installé derrière la famille présidentielle.

Le président est, sans doute, revenu mal à l’aise après avoir été hué, conspué dans sa dernière visite de travail à Rosso. Quelques jours plus tôt, c’était Atar qui avait ouvert le bal des « zéros » pointés à l’adresse du président sortant.

C’est à croire que du nord au sud les populations voient, à l’unisson, dans son départ une délivrance en rapport avec dix ans d’une gestion abracadabrante du pays. Il était entendu que le président sortant n’accepterait pas que ce « cliché » l’emporte sur ses « réalisations » en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Deux aspects où le président veut faire croire que le pays a été « immunisé » par son seul fait.

Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que le chef de l’Etat étrenne les journalistes venus d’ailleurs pour leur présenter le cas Ould Mkheittir comme une affaire d’Etat, « une arrestation extrajudiciaire » pour prémunir le pays contre « l’incertitude »; les déboires du G5Sahel dont il accuse les bailleurs de fonds d’avoir failli à leurs engagements financiers ( !) réduisant la résilience des forces armées locales sont aussi indexés. Les Nations-Unies ne sont pas en reste. Pire encore, elles sont accusées d’un agenda pour un statu quo pour des « objectifs inavoués ».

Le président sortant ne divague pas. Il est dans « ses certitudes ». Et cerise sur le gâteau le président se lance dans une violente diatribe contre le Qatar. Là le chef de l’Etat est emporté par son élan d’osmose totale dans la terminologie émiratie-saoudienne pour qualifier de tous les maux l’émirat et ses dirigeants. Rien n’est laissé pour la postérité. Une profession de foi contre les qataris qui vaut bien un asile doré dans le plus grand centre commercial de la sous-région. Il s’invite dans la polémique sénégalaise en accusant BBC -après avoir accusé Aljazeera- de fomenter une affaire « politique » contre le clan des Sall cité, avec la BP, pour une supposée questions de malversations financières.

Le président en fin de règne cherche encore à s’attirer les feux des projecteurs comme s’il était encore candidat à quelque chose. Il occulte le rôle joué par le président du CMJD, feu Ely Ould Mohamed Vall, de la période de transition pour ne retenir que le candidat Ould Boubacar était aux ordres. Comme si lui ne l’avait pas été sous Maaouiya. Certains journalistes –recyclés- présents sur scène lui jettent des fleurs. Personne n’ose demander au président en fin de second mandat s’il fera sa déclaration de patrimoine à laquelle l’astreint la loi ainsi que sa famille.On se perd finalement, comme le président, dans les dédales des questions. Qu’importe puisque l’essentiel est au bilan de l’action du président sur dix ans.

Il se dit « sans regret » alors qu’il a essuyé lui-même le mécontentement des populations. Ce n’est point de l’autosatisfaction, c’est juste qu’il « assume » tout ce qu’il a entrepris –de bien et de mauvais- durant ses deux législatures. Il se montre philanthrope quand un confrère évoque le cas de Sheikh Bekaye. Un coin « d’humanisme » si ce n’est un acte de communication à l’autel de la prise en charge des soins du journaliste (son évacuation) alors que le président parlait encore des bienfaits de la politique sanitaire dans le pays.

Le soutien à Ghazouani quoiqu’on dise n’est pas évident quand on sait que le candidat est présenté par son propre camp pendant la campagne comme « le candidat des riches » ; une minorité dans un pays où les plus nombreux crèvent la dalle. On en comprend plus pourquoi Ghazouani dès son retour à Nouakchott après sa tournée à l’intérieur s’est improvisé des visites de terrain dans les coins déshérités de Nouakchott. Il y va de sa propre image écornée par la campagne officielle dont les subsides, pour de bon, sont restés entre les mains du ministre des finances Ould Djiaye.

Ce n’est donc pas en appelant à contrer ce que le président sortant veut faire paraitre comme le « péril noir », Biram Dah Abeid ou encore Kane Hamidou Baba, que sa vendetta aura des échos favorables. On peut accuser le président Mohamed Abdelaziz de tout sauf d’être dupe. Il sait que son heure est passée et il continue à s’agripper à une bouée pour continuer à tenir d’une main Mohamed Ould Ghazouani et de l’autre le pouvoir avec lui.

JD

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