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LE DEVOIR DES SERVITEURS PUBLICS /Brahim Salem Ould Bouleiba

‘’Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front
Si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront’’

Rudyard Kipling : poème : Tu seras un homme mon fils‘’
ce texte est tiré d’un article publié en juin 2015

J’ai eu la chance et l’honneur de servir tous les gouvernements de mon pays et tous ses Présidents civils ou militaires, élus ou non élus depuis la première République jusque mon départ a la retraite. Depuis le premier Feu Le Président Mokhtar ould Daddah, le président des pères-fondateurs de la nation a Ely ould Mohamed Mohammed mon frère, mon meilleur ami paix a son âme. Son décès a laissé en moi un vide sidéral que rien ne peut combler. Seul le confort de la religion et les rencontres avec sa famille atténuent ma douleur.
Des l’arrivée des premiers cadres universitaires surtout la grande vague des années 1968, 69, 70 il avait institué un croisement étanche entre le service public d’une part, et le négoce et la politique d’autre part. On pouvait accéder a toutes les fonctions ministre, directeur d’une grande société d’état sans avoir la carte du parti, ni participer a son activité. Les politiciens et les commerçants appelaient cette catégorie de cadres avec un brin d’ironie ‘’les technocrates du Président’’.Ce cloisonnement a permis un changement qualitatif dans la façon d’administrer le pays
Je ne connais pas un seul Président mauritanien, qui n’a pas voulu bien faire, ce qu’il peut pour son peuple. Certains ont manqué de moyens ou de temps pour reformer, d’autres ont fait beaucoup mais n’ont pas vu voir venir les conséquences inéluctables que peut provoquer l’usure du pouvoir, mais cela n’autorise pas historiquement et par honnêteté intellectuelle à dire qu’ils n’ont rien fait avant.
J’ai déjà parlé des uns et des autres dans mes différents écrits et dis tout ce qu’ils ont fait de positif. Leurs erreurs sont en grande partie partagées par les élites qui les entouraient et qui n’ont jamais eu le courage de les mettre en garde contre certaines décisions.
Quand on reste longtemps au pouvoir, on ne mesure plus les choses à l’aune de la raison lucide et la normalité. C’est pour cela que les Présidents doivent avoir un entourage vertueux, courageux, patriote, et capable de leur éviter l’enlisement et les aider à voir la réalité en face et sortir du pouvoir au moment ou il faut et dans la dignité.
En rédigeant sa démission dans sa résidence personnelle après le non au référendum de 1969, alors qu’il n’y était pas contraint juridiquement, le Général De Gaulle avait dit au Général Alain de Boissieu : « Général, vous êtes un grand soldat et un grand patriote, allez porter ma démission a mon cabinet pour diffusion immédiate » et ajoute : « le pouvoir est volatile et éphémère, il faut avoir le courage de le quitter avant qu’il ne vous quitte et choisir le moment opportun’’.
Il doit y avoir des hommes capables de dire à leurs Présidents, Monsieur Le Président, cette décision que vous allez prendre n’est ni dans votre intérêt, ni celui du pays. Cette tâche incombe principalement au premier cercle de ceux auxquels il a donné toute sa confiance et qui lui ont prouvé de tout temps leur fidélité.
Quelques uns me diront qu’il est plus facile de le dire ou de l’écrire, que de le faire. Quand vous avez foi en votre pays, quand avez foi que Dieu seul est juge de la date de votre mort, de ce que vous devez posséder aujourd’hui et demain et du châtiment qui vous sera réservé dans l’au-delà, il n’est pas besoin de beaucoup de courage pour dire à un mortel , qui porte sur ses épaules la lourde responsabilité du destin d’un peuple, ce qui est bon pour lui et pour le pays, surtout quand vous appartenez au cercle restreint de ses fideles. Bien sur vous le lui direz entre quatre et avec le ton qui sied et c’est a lui de décider C’est même un devoir moral, un acte de civisme voire une obligation religieuse’’ : J’ai toujours entendu les imams lors des prêches du vendredi et des fêtes religieuses adressées a notre peuple, depuis Beddah ould Bousseiry paix a son âme a nos jours ‘dire : que ‘’Qu’Allah le tout puissant inspire a nos dirigeants ce qui bon pour le pays et ses habitants et donne leur un entourage sain qui les oriente vers le bien et les éloigne du mal’’.
. Je ne suis membre d’aucun parti. Je ne n’appartiens à aucun lobby ou cercle de pouvoir. Je suis un citoyen qui a désormais le temps d’observer avec le recul nécessaire ce qui se passe dans un pays qu’il connait bien. Je donne mon point de vue avec le plus de détachement possible. J’ai horreur de heurter ou blesser quelqu’un à moins qu’il ne s’avise de vouloir me priver de ce droit à la différence d’opinion et la liberté de m’exprimer autrement que lui.
Si je ne cache pas mon soutien personnel à telle ou telle action positive pour pays, cela ne me rend pas aveugle au point de ne pas dire’’ ma part de vérité’’. Ce n’est d’ailleurs que dans cette attitude que mon soutien peut être modestement utile.

Brahim Salem Ould Elmoctar Ould Sambe dit ‘’Ould Bouleiba’

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