Les scénarios du 23 juin 2019 | Par Mohamed Yehdhih O. Breideleil

Les scénarios du 23 juin 2019 | Par Mohamed Yehdhih O. BreideleilA quoi pouvons-nous nous attendre le 23 juin, à l’issue du scrutin projeté le 22 juin 2019 ?

Deux choses, contradictoires, au choix, dont les prémisses, les embryons coexistent et sont prêts à fleurir : des fleurs de bonheur et des gerbes de feu.

Si le peuple et son élite politique et intellectuelle cessent d’être des observateurs, cessent de démissionner, de croire aux chimères et notamment qu’un officier à la retraite sans pouvoir et, peut-être, sans volonté accomplira pour eux ce qu’ils ont abdiqué eux-mêmes et, au contraire, s’avisent des dangers et des incertitudes dont la situation est grosse et opèrent un sursaut de prise de conscience et de devoir, pendant qu’il est encore temps, alors la machine de la fraude reculera nécessairement.

D’autres, trop optimistes, ajoutent que le premier responsable du Régime n’a pas encore perdu totalement le sens des réalités et qu’il pourrait, en définitive, au lieu de propulser le pays, en guise d’aurevoir, dans un enfer, se soumettre à la loi juste et honorable de la démocratie. Il n’y a pas le moindre indice pour étayer cette assertion gratuite.

Même sans retournement – il faut bien le dire imprévisible – du Régime et de sa volonté de s’imposer contre toute raison, Sidi Mohamed Ould Boubacar sera élu. Ce serait une alternance pacifique véritable que nous n’avons pas connue depuis que l’Etat mauritanien existe. Tous les espoirs seront permis. Nous entrerons dans une ère d’apaisement. Le pays pourra se livrer, dans la sérénité, à un examen de conscience sans précédent et s’ouvrira de nouvelles issues, de nouvelles perspectives avec un homme auquel on ne connaît pas un seul ennemi et qui n’a jamais été porté, sa vie durant, à l’excès, à l’outrance, à l’entêtement ou à l’aveuglement.

Si, en revanche, il n’y a aucune pitié, de quelque part que ce fût, pour ce peuple à la fois économiquement pauvre et moralement désaxé, dans tous les cas incapable de supporter de nouvelles épreuves, nous nous retrouverons le 23 juin face aux résultats de la fraude et de l’injustice organisées par un appareil de tout temps soumis à tous ses niveaux au dernier régime en place. Que les responsables pourront être poursuivis dans l’avenir est une mince consolation. Le mal, peut-être irréparable, sera déjà fait.

Qu’aurons-nous concrètement ? Un scrutin qui n’aura servi à rien, même pas l’effet classique de tempérer la sévérité d’une crise politique et économique que personne, pourtant, ne conteste.

La crise ancienne sera simplement capitalisée, intégrée dans la nouvelle, qui s’amplifiera, se démultipliera d’évidence, prendra inévitablement de nouvelles formes, de nouvelles dérives, devant lesquelles, cette fois-ci, nous serons tous démunis.

On proclamera toujours l’élection d’un tel à la Présidence de la République. Mais qui y croira ? Pas le prétendu élu lui-même. Que peut-il dire ? Que peut-il faire ? Rien. Il sait qu’il n’a aucune légitimité, qu’il n’est pas un vrai président.

Si, par-dessus le marché, ce n’est pas lui qui mène la barque, ce monstre enfanté par la fraude, que sera, en attendant l’Etat, que sera le pays ? Il est impossible de prophétiser au-delà.

Il n’est pas nécessaire d’avoir les confidences des forces occultes pour savoir que ça sera le règne de la confusion et des tiraillements, en somme le coup d’envoi des luttes internes violentes dans ce vaste champ non borné mais truffé de chicanes qu’on a l’habitude de désigner d’un vocable terrifiant : l’instabilité.

M. Y. B.

Nouakchott, le 30 mai 2019

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