L’Agence Mauritanienne d’Information (AMI) : La descente aux enfers

Résultat de recherche d'images pour "agence mauritanienne d'information" «En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire»  George Orwell

L’Agence Mauritanienne d’Information est dans la tourmente. Tous les indicateurs de son tableau de bord sont au rouge. Les pigistes, réels ou fictifs, ne sont pas payés depuis des mois, la petite somme payée annuellement aux employés au titre des soins médicaux demeure impayée, idem pour les tenues de travail des plantons et autres. Mêmes l’imam et ses collaborateurs qui dirigent la prière à la mosquée courent eux-aussi derrière la modique somme qui leur est habituellement payée. Comble de la dèche, l’AMI n’a pas eu de moyens pour dépêcher un envoyé spécial pour la couverture des récents déplacements du Président de la République en Assaba et au Hodh Charghi.

C’est dire que la descente aux enfers de l’Agence de presse se poursuit inexorablement sous le magistère de la directrice Khadijetou Mint Sghaïr. Pourtant au moment où cette directrice prenait service, le 22 février 2018, l’AMI était relativement florissante : ses comptes étaient créditeurs de 59 millions MRO et la dette globale de l’établissement ne dépassait guère les 700 Mille MRO. Avec un minimum de bonne gouvernance et une petite dose de bon sens, l’AMI pouvait bien se positionner pour développer ses services, améliorer leur contenu, entretenir convenablement ses personnels et compléter la modernisation de son système informatique qui est la cheville ouvrière de tous ses programmes et en conditionne l’épanouissement. Mais, hélas, rien de tout n’a été fait ! La directrice avait visiblement son programme bien à elle qui était en porte à faux avec le développement de l’AMI et de ses produits. Devaient commencer alors toutes les pratiques dolosives possibles et imaginables : surfacturation, payement de collaborateurs fictifs, attribution de marchés en dehors de tous cahiers de charges à des parents de la directrice souvent payés à l’avance et entretenus avec beaucoup de laxisme. Mint Sghaïr allait inaugurer son règne destructeur avec une crise avec l’Imprimerie Nationale qui tirait les quotidiens nationaux. Résultat : pour la première fois depuis des décennies, le journal cessa de paraître pour plusieurs jours, le temps pour la directrice de signer un contrat léonin avec un imprimeur de la place dont la facturation, hors prépresse, est de 57.600.000 MRO, dépassant copieusement l’enveloppe habituellement  payée à l’Imprimerie Nationale, qui était en deçà de 35 millions MRO. Le contrat de gré à gré signé avec l’imprimeur de la directrice Mint Sghaïr était assorti de certaines conditions avantageuses : prépresse à la charge de l’AMI, payement bihebdomadaire de la facture liée à l’impression, tirage réduit à près de 1000 exemplaires par édition etc.  

C’est lorsqu’elle n’a plus été en mesure d’honorer ces conditions que la directrice Mint Sghaïr a renoué avec l’Imprimerie nationale avec laquelle elle a signé un protocole d’accord portant à la fois, sur la fabrication et l’impression des quotidiens nationaux pour une somme annuelle de 39.600.000 MRO, soit près de 20 Millions de moins que la facturation de l’imprimeur privé !

Des travailleurs de l’AMI, peu satisfaits des (contre) performances de leur institution, disent qu’au moment de son entrée en service chez eux, Khadijetou Mint Sghaïr a trouvé, outre les 59 millions MRO disponibles en compte, l’intégralité du budget 2018. L’Agence Mauritanienne d’Information a, en plus, obtenu en 2018 une enveloppe de 63 Millions MRO au titre du Budget Consolidé d’Investissement (BCI), 50 subvention de fonctionnement, accumulé des recettes propres de 150 Millions MRO et encaissé la somme de 14 Millions MRO au titre d’appui pour le mois béni du Ramadan. Et, avec ça, elle se retrouve aujourd’hui sur le carreau alors qu’elle a déjà encaissé deux tranches de la subvention 2019.

 

 Ainsi, ces employés en arrivent à se demander où sont passés les avoirs de l’Agence, pour cette période, avoirs qu’ils ont chiffrés, hors subvention et hors recettes 2019, à plus 340 millions MRO. Ils soutiennent que depuis l’arrivée de leur directrice, il n’y a eu aucun investissement censé absorber cette somme : pas de formation, pas de stages, pas d’acquisition de matériels ou d’équipements, pas de nouveaux produits, pas de constructions de nouveaux locaux, pas de rubriques nouvelles dans les journaux ou services agenciers, rien de tout cela.   L’AMI continue tout juste de vivoter mais  il ne faut pas ignorer qu’elle est en sursis et que, viendra un jour où elle s’arrêtera.  Déjà en proie à une étouffante régression, l’Agence de presse ne fait que péricliter et perdre ses sous sans contrepartie, publique du moins.

Aujourd’hui, L’AMI, sans le sou, n’arrive pas à honorer ses engagements auprès de son personnel et ne dispose même pas du minimum vital pour pouvoir dépêcher une mission de reportage en dehors du périmètre de Nouakchott ! C’est le comble de la déchéance pour une agence presse !

L’Agence, en tant qu’institution, s’appauvrit de jour en jour alors que Mint Sghaïr qui la dirige s’enrichit rapidement et de de façon illicite. Des images d’un château qu’elle s’est tapée en moins d’un an, ont circulé ces dernières semaines sur les réseaux sociaux. Les employés de l’Agence parlent de deux véhicules tous terrains et d’une voiture légère indument affectés aux membres de la famille de cette directrice qui se montre de plus en plus arrogante à l’endroit de ses collaborateurs et de l’ensemble de son personnel. A un travailleur qui devait aller au pèlerinage cette année,  sur financement de l’AMI, elle a dit l’autre jour, sans la moindre excuse : «Nous n’avons rien pour toi, il faut chercher ailleurs ! ». Même chose pour l’Imam de la mosquée qui, réclamant sa paye,  s’est fait renvoyé sans ménagement.

Aux côtés de ces petites misères, Mint Sghaïr impose une certaine omerta sur tout ce qui se fait dans son institution. L’autre jour, alors qu’une mission d’inspecteurs des finances était entre ses murs, elle a débarqué son directeur commercial pour le seul motif d’avoir répondu à ses visiteurs dont l’un, indiscret, a dû en faire part à la directrice. Normal, parce que lorsqu’on travaille dans l’irrégularité, on a intérêt à imposer la loi du silence. Au moins, ça, Mint Sghaïr le sait. Et elle l’applique aux dépens de son personnel et de l’Agence Mauritanienne d’information.

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand des responsables véreux continueront-ils impunément à voler l’Etat et les citoyens ? il est quand même grand temps à l’impunité. Pour ce cas précis, la survie de l’AMI en dépend.

Sidbrahim Seyidi

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