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Ely Abdellah :Le paysage politique auquel on était habitué s’est remodelé

Mauritanie : l’opposition accuse le pouvoir de détourner le processus électoralSans avoir officiellement commencé, la campagne électorale a déjà atteint sa vitesse de croisière. Dans ses aspects formels, du moins. Voyages à l’intérieur et à l’étranger, promesses, nomination de staffs, banderoles, portraits, pièces d’identité, en un mot, tous les ingredients pour développer tout ce vacarme qui pollue la quiétude des uns et des autres et alimente toutes sortes de folles rumeurs, d’échanges d’accusations et même parfois d’invectives et de menaces.

Le paysage politique auquel on était habitué s’est remodelé à souhait: on a largement, voire exagérément, fait preuve du nomadisme politique qui nous est connu.
Il n’y a qu’à voir les anciens de l’opposition se bousculer au portillon de la campagne Ghazouani pour voir qu’une redistribution de cartes est en train de s’opérer. L’opposition a subi de graves hémorragies qui lui font perdre une grande partie de ses cadres et militants, visiblement exténués par une décennie de brimades, de sevrage et d’exclusion. L’un des transfuges des partis d’opposition m’a avoué qu’en ‘’excluant systématiquement ses opposants et en ameutant les services du fisc contre les hommes d’affaires de l’autre bord, Ould Abdel Aziz interdit de facto aux formations opposantes d’aligner des militants dans leurs rangs’’. Donc cette élection a été une opportunité toute indiquée pour bien certains de changer leur fusil d’épaule et vraisemblablement, ils n’y sont pas allés de main morte.
Il y a donc eu tout ce branle-bas auquel nous avons assisté et qui a fortement secoué la scène politique.
Mais en dehors de ça, les différents protagonistes n’ont fait que du ‘’sur place’’.
Côté camp présidentiel, les transfuges de l’opposition et les autres membres de la majorité continuent à se regarder en chien de faïence. En réalité, la méfiance n’a pas disparu même si les deux ensembles appartiennent désormais au même camp.
Côté opposition, les candidats à l’élection présidentielle courent derrière beaucoup de retard. Ils accusent l’Administration de ne pas être neutre et se plaignent d’être absents de la CENI où il n’y a que les représentants de la majorité. Ils dénoncent l’achat de conscience et l’utilisation des moyens de l’Etat par celui qu’ils appellent “le candidat du pouvoir”. Certains parmi eux regrettent qu’il n’y ait aucune place au débat d’idées dans cette échéance où seuls ceux qui disposent de sous sont ceux avec lesquels il faut savoir compter.
D’autres pensent que, les choses étant ce qu’elles sont, il y a à regretter que les discours de haine et les messages à relent communautaire ne viennent combler le vide occasionné par l’absence de débats d’idées.
Qu’est-ce qui peut encore être fait pour que cette échéance se déroule dans l’entente?
Est-il encore possible de faire en sorte que l’élection envisagée n’accentue pas les clivages?
Qu’est-ce qui peut être fait pour préserver la paix sociale qui, sommes toutes, est beaucoup plus importante qu’une élection présidentielle.
Je crois que les hauts cadres de ce pays et tous ceux qui sont mus par l’intérêt supérieur de la Nation doivent réfléchir à cela. Car il faut tout faire dès à présent pour ne pas avoir à regretter quand il n’y aura plus à faire que ça.

Ely Abdellah
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