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Présidentielle 2019 : Un cycle politique qui n’en finit pas de finir

Présidentielle 2019 : Un cycle politique qui n’en finit pas de finir Mohamed Fall Oumeir – Nous arrivons évidemment à la fin d’un cycle politique qui a commencé à la veille de l’indépendance nationale et qui a survécu jusqu’à présent aux multiples bouleversements que le pays a connus.

Le système politique mauritanien est en train de muter pour donner, espérons-le, quelque chose de neuf et de nouveau. De «neuf» dans la forme et de «nouveau» dans le contenu. Si l’on prend comme référence le Congrès d’Aleg de 1957, on peut considérer que la première phase de ce cycle a été la plus longue parce qu’elle s’estompe avec la libéralisation de l’espace politique public qui a donné les partis (1991).

Cette phase se caractérise par le monopole exercé par l’Autorité publique sur la vie politique et, conséquence de cette mainmise, l’obligation pour les voix «discordantes» à s’exprimer dans la clandestinité.

Les outils et supports de cette expression sont le tract, le graffiti, les chants anonymes, la mobilisation «au noir»… ce qui a donné les groupuscules politiques qui ont animé les frondes des années 60, 70 et 80 : les nationalistes arabes et/ou négro-africains, les gauchistes d’obédience communiste (staliniens, maoïstes, trotskistes…), les islamistes…

C’est l’époque de la floraison des courants monolithiques qui ont imprégné la scène et qui ont fini par en être l’idéologie nourricière. Le travail politique s’est alors limité à une lutte frénétique pour la proximité du pouvoir. Le jeu consistait à approcher, pour les manipuler, les apparatchiks du pouvoir en place. Et pour ce faire, œuvrer pour éloigner voire éliminer toute velléité concurrente. Le rapport violent de la relation entre acteurs est né de cette volonté de tout prendre à soi en excluant – en «mettant hors d’état de nuire» – tout autre acteur politique concurrent. Chaque mouvement a ainsi participé à la répression des autres en la justifiant et même en jouant le rôle de l’indic.

Quand survient la démocratisation en 1991, les mouvements et groupuscules sont tous passés par la case de victime d’une répression et par celle de commis de l’appareil répressif. La scène publique était devenue un champ de recyclage d’anciens prisonniers torturés qui reprenaient du service, le temps de se venger sur les autres en manipulant l’Appareil d’Etat. C’est d’ailleurs parmi les acteurs politiques – les leaders et activistes de mouvements clandestins – que se recrutaient les hommes de renseignements. Cela permettait à l’Appareil de suivre «de l’intérieur» et aux mouvements d’investir les officines pour pouvoir les manipuler.

La naissance des partis, conséquence de l’ouverture politique imposée par la situation internationale, devait aboutir à la disparition progressive des méthodes et des logiques qui ont marqué les trente premières années de la République. Une période de transition va suivre caractérisée par la cohabitation entre le système totalitaire et ses méthodes et une démocratie limitée à l’existence de partis politiques réduits à des faire-valoir pour un régime qui ne lâche finalement rien. Les dérives autoritaires laissent des blessures profondes : 1989, 1990 et 1991… avec leur lot de tristesse, de massacres, de déportations et d’emprisonnements… La démocratisation, loin de régler les contentieux, donne raison aux expressions extrémistes avec la naissance des discours particularistes se basant sur l’instrumentalisation des tares sociales (esclavage) et des injustices nés des exactions commises durant les années de braise (89-91).

Les acteurs politiques, adeptes du «tout ou rien», adoptent le boycott comme forme de résistance. Ce qui contribue à les marginaliser et consacre la fin du processus de démocratisation.

Le blocage, la détérioration des conditions de vie des populations, l’échec évident des programmes d’ajustement dont l’expression marquante fut l’utilisation excessive des faux chiffres par le pouvoir, la destruction des mécanismes traditionnels de solidarité sociale, le dressement des communautés les unes contre les autres, la promotion des particularismes, la privatisation des biens communs au profit d’une minorité qui a fini par «acheter» (s’approprier) le pays, et, plus grave, la fragilisation de l’Appareil de défense et de sécurité qui a provoqué l’attaque de Lemghayti signe précurseur d’un effondrement planifié par le régime en place… tout cela va justifier – amplement justifié – le coup d’Etat d’août 2005.

La période de transition (2005-2007) devait servir à asseoir un système politique nouveau, mais les résistances de l’ancien monde ont obligé à passer par les secousses qui ont suivi : la fronde de 2008 puis le coup d’Etat, la logique de confrontation qui a marqué les dix dernières années, les boycotts et les participations ratées, les déchirures au sein des formations politiques… Ce parcours cahoteux pour les acteurs politiques va leur imposer de subir le cours des événements sans jamais réussir à le changer, même pas à l’influencer.

L’Opposition avait fini par parier sur le troisième mandat. Préférant mobiliser autour de cette éventualité au lieu de préparer l’échéance. Incapable d’identifier ce qui peut l’unir, elle est réduite aujourd’hui à aller en rang dispersé.

Le plus grand des partis d’opposition, Tawassoul, a choisi le candidat par défaut après avoir refusé le principe de la candidature de l’intérieur de l’opposition. Pari risqué quand on sait que l’aventure va nécessairement prendre la forme d’une réhabilitation d’un passé par le biais du recyclage de ses hommes. Elle comporte aussi des risques pour ce parti qui se retrouve à la manœuvre dans cette opération de lifting. Le candidat du parti Tawassoul aujourd’hui incarne tout ce que les militants de ce parti prétendaient combattre.

L’Union des forces du progrès (UFP) réussit à légitimer l’absorption de l’héritage du Président Ahmed Ould Daddah et à s’allier ainsi au Rassemblement des forces démocratiques (RFD) à un moment où les deux partis venaient d’accuser un retard substantiel par rapport à Tawassoul notamment. Le boycott systématique des dialogues et des scrutins a affecté l’exercice politique et l’influence populaire des deux partis. En se lançant, comme ils l’ont fait, à l’aventure, les deux partis risquent leur survie : au cas où ils arrivent derrière le candidat de Tawassoul et/ou celui de Sawab/Ira, c’est une fin assurée qui attend cet attelage qui fait oublier, le temps d’une campagne, tout ce qui a pu opposer ces deux formations.

Le mariage contre-nature entre IRA et les Baaths de Sawab est une troisième variante des déviances qui caractérisent l’espace politique traditionnel et qui ne sont finalement que le signe précurseur d’un effondrement programmé. Même si le candidat Biram Ould Abeid peut se prévaloir d’être le premier candidat à s’être déclaré, le refus de ses compagnons de l’adopter comme «candidat principal de l’Opposition» en fait déjà l’expression d’un marginalisme évident. Le discours populiste aidant, le candidat Ould Abeid est condamné à jouer contre tous pour se présenter comme la promesse d’avenir. Tout dépend de comment va-t-il trouver le point d’équilibre entre le discours violent et revanchard et l’attitude raisonné de l’homme d’Etat rassurant pour une bonne partie de la population.

Il y a enfin, la candidature de Kane Hamidou Baba qui se présente comme étant «le candidat des communautés négro-africaines». Avant de créer son Mouvement pour la Refondation, il avait été un soutien inconditionnel du Président Ahmed Ould Daddah qu’il a suivi de l’Union des forces démocratiques (UFD), à UFD/Ere nouvelle puis au RFD qu’il a quitté au lendemain du coup d’Etat du 6 août 2008 qu’il avait soutenu avant de se porter candidat en juillet 2009.

Certains observateurs estiment qu’il va pêcher dans le même électorat que convoitent les candidats Mohamed Ould Maouloud (UFP/RFD) et Biram Ould Abeid. D’autres rappellent plutôt son résultat en 2009 quand il a eu 11.568 voix soit 1,49% des suffrages exprimés arrivant 7ème après Mohamed Ould Abdel Aziz (52,58%), Messaoud Ould Boulkheir (16,29%), Ahmed Ould Daddah (13,66%), Mohamed Jemil Mansour (4,76%), Ibrahima Moctar Sarr (4,59%) et Ely Ould Mohamed Val (3,81%).

Jusqu’à présent les «aventures» électorales ont été «passées» au registre des «pertes et profits». Ce qui explique le comportement quelques fois «incalculé», pour ne pas dire «irréfléchi», des acteurs politiques constamment à la recherche de la confrontation sans prise en compte du rapport de force sur le terrain. Cette fois-ci, ceux parmi eux qui auront perdu la bataille devront se résoudre à quitter définitivement la scène politique. Ils ne pourront point s’accrocher au sempiternel argument de «la manipulation des élections».

Aucun de ceux qui se présentent aujourd’hui face au candidat de la Majorité, ne survivra au temps de l’échéance. Seul le candidat Biram Ould Abeid pourra faire partie du paysage futur, s’il réussit à gagner ce pari de la modération et donc de «l’utilité» pour une cause unanimement prise en compte, y compris par le candidat Mohamed Ould Ghazouani qui lui a consacré une partie de son discours. Tous les autres mènent ici leur dernière bataille. C’est la survie des partis qui est ici en jeu.

Mohamed Fall Oumeir

Via cridem

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