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Lettre aux électeurs mauritaniens/Par Mohamed Beheite Saleck

‘’Ma conscience me reprochait tant mon orgueil et ma peur du blâme que j’ai douté de mon œuvre. Maintenant j’ai appris ceci : l’arbre fleurit au printemps, porte des fruits l’été, perd ses feuilles en automne et reste nu l’hiver, sans jamais se vanter, ni avoir peur ou honte’’        Gibran Khalil Gibran. Prose Poems Knopft

Chers compatriotes.

Rien n’est plus difficile que d’introduire un message destiné à la collectivité nationale, dans sa diversité d’opinions, de centres d’intérêts et de motivations. Difficile surtout, puisque la charge émotionnelle et la dimension critique dont il est toujours le vecteur, ne s’appliquent pas à tout le monde, d’où l’impossible nécessité de faire la différence et, au besoin, séparer la graine de l’ivraie.

C’est d’ailleurs cette difficulté qui fait ressortir les exploits en la matière. Des exploits rares mais qui, par leur portée, leur tonalité et leur discernement dans le choix des cibles, ont marqué l’histoire humaine dans le domaine politique.

On se rappelle du Mahatma Gandhi en 1931 (au Kingsky Hall). De Winston Churchill en 1940 (Blood toil tears and sweat). De Franklin D Roosevelt en 1941 (a date whitch will live in infamy). De Charles de Gaulle en 1958 (Je vous ai  compris). De Martin Luther King en 1963 (I have a dream). Et de Sidi Mohamed Ould Boubacar, Samedi 30 Mars 2019 (Deux voies s’offrent à nous aujourd’hui, celle de conserver ce régime et celle de la construction d’un véritable Etat).

Sans la moindre prétention à un quelconque génie m’autorisant à jouer au tribun de circonstances, je m’essayerai cependant à cette discipline, en pensant à Lévesque qui a su, par des propos simples et profondément humains, toucher le cœur des Québécois ordinaires dans des circonstances à peu près comme les nôtres.

Je commencerai par interpeller en vous, chers compatriotes, l’esprit de refus tel qu’inspiré à la révolution algérienne, par Frantz Fanon. Restez civiques et respectueux des lois du pays, mais refusez l’arbitraire élevé au rang d’obligation civile. Refusez la misère humaine comprise comme faculté de la raison. Refusez la peur admise comme gage de sagesse. Refusez la démission interprétée comme respect de l’ordre public.

Syndrome de Stockholm

Aujourd’hui, l’esprit de refus et l’acceptation de la notion de sacrifice deviennent des exigences dans le cas pathologique de l’embrigadement, par la persuasion coercitive (lavage de cerveau) de notre peuple.

A ce sujet certains analystes pensent très justement que notre soumission aveugle aux partis-Etat qui se succèdent et se ressemblent dans le pays depuis 1960, relève tout simplement du Syndrome de Stockholm, tel que décrit par le psychanalyste Sender Ferenczi, qui parle d’une étrange <<Identification à l’agresseur>>

Le point de vue de ces analystes a désormais valeur de diagnostic et est d’autant plus pertinent, que le Syndrome de Stockholm décrit une situation fondamentalement paradoxale où les agressés développent des sentiments d’affection, voire d’amour, de fraternité, de grande compréhension vis-à-vis de leurs agresseurs. Il y a même souvent adhésion à la cause des agresseurs. C’est tout juste s’il ne fut question des militants des défunts PPM, Heyakil, PRDS ou de l’UPR en mort clinique avancée.

A observer la situation actuelle de notre pays et du 1 200 000 adhérents (fantômes) de l’UPR, sur 1 400 000 électeurs, on est tenté par leur donner raison, surtout quand on sait que l’analyse du Syndrome de Stockholm, correspond à un aménagement psychologique d’une situation hautement stressante, dans laquelle la vie (ou les intérêts) de l’agressé sont en danger. L’aménagement psychologique est fait de telle manière à ce que l’apaisement de l’angoisse de l’agressé, est trouvé dans l’identification à l’agresseur. 

D’autres analystes, qui s’étonnent de voir certains de nos compatriotes des gazras et des bas fonds de l’ordre social, qui portent visibles, les stigmates de la pauvreté et de l’indigence, se réclamer de l’UPR et de ses dérivés, estiment qu’une importante frange de notre peuple développe un incurable délire collectif de sadomasochisme.

Imbroglio psychologique

C’est dans cet imbroglio psychologique, aux relents de conditionnement Pavlovien des reflexes collectifs, auquel s’ajoutent quelques appâts de gains, en termes de nomination et de marchés de gré à gré, que les régimes militaires puisent leur longévité et que les principes de l’élite s’altèrent au contact des tentations.

Le peuple, quant à lui, traumatisé par son interminable prise en otage, désinformé systématiquement et vivant le marasme d’une économie mise en coupes réglées depuis une décennie, continue à élever l’homme en treillis  au rang de guide et à croire naïvement à la parabole du berger, du troupeau de moutons et du fameux bûcher ardant pour les récalcitrants.

Chers compatriotes.

Cette situation ne peut plus durer. Notre pays est à bout de souffle et ne dispose plus de potentiel historique, lui permettant d’absorber, à ses dépens structurels, les expériences aventurières de militaires en mal de notoriété.

Soixante ans après l’indépendance de notre pays, le peuple est toujours malade, l’avenir hypothéqué et les horizons hermétiquement verrouillés.

Nos ressources sont bradées et les seuls indices d’impact qu’offre notre tableau de bord économique,  sont le zèle de nos administrations fiscale et douanière et l’enrichissement, d’autant plus fabuleux qu’illicite, de quelques individus sans mérite, si ce n’est celui d’être arrogants et d’être convaincus des seules vertus de la force, des armes et du subterfuge.

Aujourd’hui, nos écoles ressemblent à s‘y méprendre à des maisons de rééducation où une méthodologie calquée sur celles des Khmers rouges et de la révolution culturelle chinoise, tente en vain, de créer l’homme nouveau.

Les moyens de cette ambition faisant défaut, nos écoles risquent, si l’on n’y prend garde, de produire un homme hybride chez qui l’aspect zombie portant la signature du docteur Frankenstein, n’a rien à envier aux humanoïdes, dont on soupçonne la fabrication en série dans les laboratoires d’expérimentation de la NASA.

Aujourd’hui, notre administration a rompu avec les règles de procédure, ouvrant la voie aux pratiques qui consacrent la corruption, le clientélisme, l’affairisme politicien et, au-delà, la mise en péril de la gouvernance et des conditionnalités de coopération avec le reste du monde.

Aujourd’hui nos titres sécurisés, nos documents administratifs, les chèques et les actes notariés, n’inspirent plus confiance. Aujourd’hui nos lois promulguées après avoir été régulièrement adoptées et après saisine et décision du conseil constitutionnel, peuvent être remises en cause et abrogées, pour peu qu’un enturbanné aliéné scande qu’il ne s’agit de textes sacrés.

Sans être exhaustif, et considérant que les électeurs mauritaniens connaissent parfaitement le cas d’école auquel ils sont confrontés, je dirais tout simplement que cette situation doit changer. C’est notre responsabilité à tous, même si une partie de notre élite semble l’oublier pour les raisons d’une cause qui reste à imaginer.

La candidature de Sidi Mohamed Ould Boubacar est une aubaine. C’est l’occasion ou jamais de rompre avec les comités militaires qui nous tiennent depuis 40 ans, tantôt par la force, tantôt par la ruse, si ce n’est par les deux.

Les électeurs mauritaniens doivent réaliser que  c’est là la première fois où la démocratie à une véritable chance d’éclore et de vivre sous nos cieux. Ils doivent réaliser l’enjeu, mesurer l’étendue des défis et saisir la portée historique de cette étape de la vie de notre nation.

Du vote en faveur de Ould Boubacar, dépend désormais l’avenir de la SNIM, de la SOMELEC, de l’or de TASIAST et d’Akjoujt, du GAZ d’Ahmeyim et des gisements de pétrole offshore et du bassin du Taoudénni.

De ce vote, dépend aussi la possibilité d’auditer l’Etat et de faire revenir, dans leurs droits, le trésor et le domaine publics après la saignée dont ils furent et sont toujours l’objet.

De ce vote, dépend enfin la liberté de s’exprimer, de rêver, d’entreprendre et de disposer, à l’électeur tout seul, d’un coin de ciel bleu…

Le calame

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