Tourisme : ATAR, UN PETIT COIN DE MAURITANIE

Théodore Monod : La vie au désert offre une grande simplification ; elle nous libère des futilités.

07 : Atar, 07 : Ardèche           La Mauritanie est divisée en 13 wilayas ou capitales de régions : Néma, Aïoun, Kiffa, Aleg, Kaedi, Rosso, Atar, Nouadhibou, Tidjikja, Selibaby,  Zouerate, Akjout et Nouakchott.    À Atar, les véhicules sont immatriculés 07 tout comme en Ardèche ! Voilà un clin d’œil du mektoub…

Atar c’est la capitale de l’Adrar : une grande région désertique occupant le centre du pays. Atar : le toubab ne fait qu’y passer. Il descend de l’avion, s’en va en circuit dans le désert, escorté par un guide à boubou bleu, revient une semaine après, les mollets gonflés et quelques kilos en moins. Alors, il dort, prend une douche et s’envole à nouveau pour l’Europe sans avoir visité Atar mais en affirmant : J’ai «fait » l’Adrar !

 

Deux auberges au top niveau

Alors pour mon quatrième voyage au pays des 1000 poètes, j’ai décidé de m’immerger un peu dans la cité. J’ai séjourné à Mer et Désert, une auberge sur la route de Nouakchott, au quartier Kanewall, gérée par deux femmes très sympathiques : Nicole et Aïcha. Khaïmas ou cases confortables, restaurant sous un assemblage de palmes toujours frais, cotonniers, lauriers roses, baobabs chacal du jardin. Partout, de petits endroits dédiés au repos. Je vous recommande l’adresse, la table, l’hébergement, la qualité du silence, la bibliothèque et les explications des deux hôtesses.

J’ai ensuite rejoint Les Toiles Maures, une autre auberge isolée, pas loin de la batha, qui respire au rythme des palmiers qui ombragent la cour. Attention, leur chevelure doit être au soleil mais leur pied dans l’eau, précise Cheibany, le patron. Il a su aménager l’espace avec élégance : partout des coins confortables où s’isoler, lire, chercher l’ombre, rencontrer ses amis, observer le coucher du soleil, dormir tout son soûl sous la tente ou la case. Amadou, le cuisinier peul, fait une succulente cuisine aromatisée de basilic, son thiéboudienne avec le poisson de l’Atlantique est une merveille et ses crêpes du petit-déjeuner amorcent une belle journée. Là aussi, une adresse de confiance.

 

Les souks, le vieux four, le quartier des forgerons

Atar n’est pas à proprement parler une belle ville, mais elle a une âme, une ambiance qui lui est propre et les Atarois l’aiment. À côté du point-rond, lieu de tous les rendez-vous, il y a le souk El Agaar : le souk des femmes ; puis celui des hommes : Tejekanet. Construit par les Français en 1952, le four du boulanger fonctionne toujours. Plus loin, le four pour griller les chèvres. Lors de l’arrivée du Général De Gaulle, une cinquantaine de chèvres ont été cuites là ; Pierre Mesmer, très apprécié ici, commandant du cercle d’Atar de 1950 à 1951 puis gouverneur du pays de 1952 à 1954 a lui-aussi profité de cette gastronomie locale.

Dédales de ruines et de venelles étroites, la vieille ville de banco aujourd’hui quasiment désertée, atteste d’un riche passé. De minuscules échoppes de tôles abritent des artisans aux doigts en or et au matériel de fortune : réparation des pièces de vélo, fabrication de pâte à épiler : c’est le marché Edbih, le marché des forgerons, un de mes quartiers préférés.

Très original et astucieux : les marchands de pain présentent leur baguette dans une brouette. De quoi faire frémir les employés européens du service de l’hygiène ! Les anciens bâtiments de l’administration française s’effondrent et la belle propriété de l’émirat de l’Adrar fait face dignement aux assauts du temps.

Les Mauresques en melhafas colorées, les Maures drapés dans leurs boubous blancs ou bleus envahissent les rues de la cité toujours très animée. Les mosquées égrènent les heures, discrètement.

 

Organisation féminine

J’ai rencontré Koriya Mint Oumar, créatrice de l’Organisation Féminine pour la Promotion de la Femme et de l’Enfant en Adrar qui intervient pour des cas d’agressions : femmes attachées, viols de mineures, mariages arrangés, discriminations au niveau de la famille dont un favoritisme évident pour les garçons, excisions… Si ces dernières sont évaluées à 10% ici chez les Maures, elles sont monnaie courante dans le sud, à la frontière avec le Mali. Koriya organise des stages de formation : pâtisserie, légumes, couture.

Son frère se joint à nous. Ces deux-là prônent l’égalité des sexes et tout naturellement je tends la main pour prendre congé. Je sais que cette coutume est souvent rejetée par les hommes, mais je pense dans mon fort intérieur, que Monsieur affiche des opinions progressistes. Pourtant, il refuse ma poignée de mains, je m’en offusque au nom de ses principes. Et tant pis si je viens d’enfreindre la règle de politesse.

 

Centre de nutrition, Achema

Madeleine Grize dite Mado, une retraitée suisse, a d’abord ouvert une auberge avant de mener l’action chèvres avec un concept inédit et efficace appelé Achema : elle prête une chèvre et son chevreau à une famille pauvre pour trois ans. Réservé aux femmes seules, souvent chargées d’enfants, démunies et sans emploi, ce micro crédit permet d’améliorer l’ordinaire. En contrepartie, la dépositaire restitue une chèvre et son petit au bout de trois ans. 108 chèvres ont été distribuées depuis 2005.

Mado aide ensuite les femmes en leur enseignant à faire des sacs, les sacs du désert, avec du matériel de récupération. Vendus à un prix équitable, ces objets assurent aux femmes un revenu régulier et sont vendus en Europe au profit d’Achema.

Avec une association française nommée Passerelles, elle s’implique dans les centres de nutrition avant de se lancer dans la création de son propre centre, en banlieue pauvre d’Atar, au quartier Château d’Eau. C’est là, dans cette enceinte de murs au milieu du désert, que deux femmes s’activent à la cuisine, que les enfants en haillons et sourires ont chacun un bol de soupe de pâte qu’ils mangent avec les mains et dont ils ne laissent pas une miette. Six jours sur sept, une centaine d’enfants trouvent là le repas du matin et de midi. Coût de l’opération : 60 centimes par jour et par enfant. Le spectacle est poignant. Nema Kabach, le bras droit de Mado étudie mes réactions. J’hésite à sortir mon appareil photos devant ces minois aux regards noirs, assis en tailleur sur les tapis.

Plus tard, alors que Nema me propose de faire le tour de quartier, nous arrivons chez une petite grand-mère malicieuse et ridée qui m’entraîne vers un appentis au toit ravagé par la dernière pluie. Là vit son fils, enchaîné à un pieu, le bassin enveloppé par une couverture. Mohamed est très brun, maigre, le regard perçant. S’il est né normal, la folie l’a rattrapée lorsqu’il approchait de ses 20 ans. Aujourd’hui il a 35 ans. Aucun service à Atar ne soigne les troubles psychiatriques.

Tandis qu’un enseignant termine son cours d’alphabétisation tantôt en français tantôt en arabe et que le soleil se couche, je rentre, tête basse vers ma case confortable.

Mado et son équipe agissent à titre bénévole, chaque euro versé est affecté à l’action sur le terrain. Le comité d’Achema recherche des partenaires pour parrainer le centre. Moi je ne peux pas oublier cet homme enchaîné. Alors, lectrices, lecteurs, je suis à l’écoute d’une piste, d’une idée, d’un conseil.

 

 

L’incontournable musée de Touezekt

Le conservateur, El Khalil N’tahah, visiblement lettré, très distingué dans son beau boubou, me reçoit et m’escorte entre les rayonnages : pierres, meules, pointes de flèche, casques, fusils, vieux bijoux, coussins en cuir, antiques sacs à chameaux, ustensiles de ménage, pièces de monnaie, médailles militaires, timbres, manuscrits… Dans la bibliothèque attenante, viennent travailler quelques chercheurs, historiens ou simples curieux. On trouve là de quoi répondre aux nombreuses questions. Ce musée est l’œuvre d’un homme qui a accumulé au fil des années toute la richesse culturelle de l’Adrar. Chapeau bas Monsieur.

 

L’Alliance française

Situé Rue du cinéma, c’est un lieu agréable. Autour de la cour, des salles de classes et un mahmel, sorte d’abri rectangulaire recouvert de sbat et muni de petites ouvertures assurant la ventilation accueille les tout petits. Mohamed Mahmoud Taleb, le directeur me guide et commente les lieux. Ici, on valorise la langue française et les cultures francophones et mauritaniennes. Cinq centres sont disséminés dans le pays : Nouakchott, Nouadhibou, Kiffa et Kaédi.

Beaucoup d’activités sont proposées ici, une riche programmation qui permet d’accéder à la culture, au livre, à l’apprentissage.

Le jour où mon avion atterrissait, l’écrivain Mbarek Ould Beyrouk présentait là son Je suis seul, son dernier livre. Je l’ai raté de peu, zut. Qu’à cela ne tienne, je l’ai savouré pendant mon séjour, in situ.

 

Ce n’est qu’un au revoir

Ce panorama non exhaustif n’est qu’un bref aperçu de mon séjour.

Pour conclure j’emprunte cette phrase à Aïchettou Mint Ahmedou, écrivain et poète : « Un jour, la littérature arrivera à convaincre le monde que la diversité des races, des cultures et des religions est une source inépuisable de richesse, où chaque peuple aurait intérêt à s’abreuver, jusqu’à la satiété, pour le bonheur et la sécurité de l’humanité. »

À bientôt, amies, amis de Mauritanie.

nicole-faucon-pellet.overblog.com nicole-faucon-pellet

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