Le journaliste palestinien Abdel Bari Atwan raconte la Mauritanie et sa rencontre avec le président Aziz

Le journaliste palestinien Abdel Bari Atwan raconte la Mauritanie et sa rencontre avec le président AzizRai Al-Youm – Je vous écris à partir du pays de Chinguitty et de ses paradoxes …

Un Président qui tient à partir et qui refuse de modifier la Constitution … des hommes qui préfèrent les femmes grosses et aux divorces fréquents.. Quel « point de vue » a poussé le Président mauritanien, non seulement à fermer l’ambassade israélienne, mais à la raser totalement? Quel conseil adresse-t-il aux algériens et aux soudanais?

Pourquoi soutient-il le maréchal Haftar en Libye et pour quelle raison il ne s’est pas rendu à Damas? Et pourquoi ne regarde-t-il par « Al-Jazeera »?

À la lumière du tumulte arabe et de l’élargissement du cercle des mouvements populaires dans de nombreux Etats, notamment en Algérie, le voisin proche, ou au Soudan, le plus éloigné mais le plus proche au plan culturel, la Mauritanie semble calme, réconciliée avec elle-même et avec ses voisins, bien qu’elle s’apprête à organiser de nouvelles élections présidentielles.

Ce pays de longue histoire, condamné par les facteurs géographiques à être le plus éloigné de l’Orient arabe, parait plus attaché à son arabité et à sa foi islamique. Il est entré dans l’histoire contemporaine en étant le premier Etat à fermer l’ambassade d’Israël et à expulser l’ambassadeur et bien plus, en envoyant les bulldozers pour démolir et raser le siège de la chancellerie, afin de purifier les lieux de toute profanation, dit l’un des éminents politiciens.

Comme c’est étrange cette Mauritanie, un pays qui ne cherche pas la notoriété, un peuple et des dirigeants passionnés par l’austérité et la bonté, fascinés par la culture, la poésie et le récit, attachés jusqu’à l’extrême aux valeurs arabes islamiques authentiques, un empire de la langue arabe, une citadelle de Khalil Ben Ahmed, un héritage du Souk poétique d’Oukath, qu’il n’est pas étonnant d’appeler du nom de l’Etat au un million de poètes.

Au moment même où les séniles dirigeants arabes, dont la majorité a dépassé 80 ans, s’accrochent au pouvoir, que certains d’entre eux souffrent de la maladie d’Alzheimer, de perte totale ou partielle de mémoire, que certains sont très attachés au fauteuil présidentiel, à l’amendement constitutionnel pour rester au pouvoir jusqu’à leur mort, le Président sportif mauritanien qui parait beaucoup plus jeune que son âge (63 ans), annonce son respect de la Constitution ; laquelle limite son mandat de Président à deux quinquennats seulement et expulse le cirque « hypocrite », qui l’appelle à modifier la Loi fondamentale et à rester au pouvoir.

Quand j’ai rencontré le Président Mohamed Ould Abdel Aziz au palais présidentiel au modeste mobilier et presque vide de gardiens, sans contrôle ni inspection, à part une question passagère adressée au chauffeur de la voiture qui m’emmenait à la porte principale, j’ai demandé au Président comment tu as décidé de fermer l’ambassade d’Israël et comment tu as procédé pour cette fin.

«C’est simple, je voyais certaines images des destructions causées par le bombardement israélien de la bande de Gaza par Israël au cours de l’agression de 2014. La photo d’un petit enfant, debout sur les décombres de la maison des siens et dont la mère, tous les frères et toutes les sœurs, sont tombés en martyrs, a attiré mon attention, m’a secoué et profondément vexé. J’ai pris alors la décision d’expulser immédiatement l’ambassadeur israélien et de fermer son ambassade ; et ce en dépit des conseils reçus de dirigeants arabes, me recommandant vainement de geler les relations, afin d’éviter la double colère des américains et des israéliens (citant le nom d’un Emir du Golfe) ».

Plus et alors qu’il a toujours la parole, le Président Ould Abdel Aziz a dit : « J’ai décidé d’envoyer des bulldozers pour raser le siège de l’ambassade, exactement comme font les bulldozers israéliens aux maisons des combattants palestiniens martyrs dans les territoires occupés, afin de ne laisser aucune trace du siège et d’effacer cette scène honteuse de notre histoire ».

Et d’ajouter : « L’ambassadeur américain à Nouakchott a été gagné par une crise de colère plus forte que son homologue israélien, quand il apprit la nouvelle relative à la décision de la fermeture de l’ambassade israélienne, m’affirmant dans les mots suivants, que la présence de l’ambassade israélienne en Mauritanie est plus importante pour nous que la présence de l’ambassade américaine, ajoutant que toutes ses pressions et menaces pour nous plier et faire revenir sur cette décision ont échoué ».

Comme il est beau ce peuple mauritanien et sincère dans son arabité et son patriotisme jusqu’à la moelle. En effet, son Etat a tenu à construire un gigantesque monument dans l’espace en face de l’ambassade américaine, rebaptisant par ailleurs l’avenue dans laquelle elle se trouve, du nom de Qouds, afin que cette appellation soit dans toutes les correspondances de l’ambassadeur américain à l’intérieur et à l’extérieur de la Mauritanie.

Le Président mauritanien, qui est un ancien Général, m’a affirmé qu’il souhaite que le peuple algérien préserve ses forces armées du pays et leur prestige, en tant que garant de l’unité du pays et de ses institutions.

« La plupart des malheurs de l’Irak sont dues à la dissolution de l’armée irakienne », a-t-il dit, faisant l’éloge de l’armée syrienne et exprimant son soutien officieux aux forces armées nationales libyennes dirigées par le Maréchal Haftar, révélant son vœu qu’il réussisse sa mission de reprendre la capitale Tripoli, ne cachant pas par ailleurs son soutien pour Omar El Bechir et Abdel Vettah Sissi en Egypte.

J’ai remarqué dans notre conversation, qui était presque un « tchatch » et spontanée, loin de l’enregistrement et des officialités, sans papier ou stylo sur moi pour prendre des notes, que le Président mauritanien ne témoigne pas beaucoup d’affection pour le Qatar, le rendant responsable de nombreux événements actuels, affirmant qu’il ne regarde pas la chaine Al Jazeera et citant beaucoup de choses dans ce domaine, sur lesquelles, je pourrais peut être revenir dans un proche avenir.

J’ai demandé au Président Ould Abdel Aziz, pourquoi il n’a pas effectué une visite à Damas, après les rumeurs, selon lesquelles, il serait le second dirigeant arabe à visiter la capitale syrienne.

« Tout ce qui a été dit à ce sujet est faux et ce sont des spéculations. Il n’y avait aucun plan pour effectuer cette visite à l’époque, mais toute chose qui vient à temps opportun est bonne », sans donner davantage de détails, a-t-il dit.

On ne peut rencontrer un Président de la Mauritanie, sans l’interroger à propos de ses voisins du Nord (marocains) et sur la question du Sahara. Il m’a répondu à ce sujet en disant :

« L’Occident, les Etats-Unis et l’Europe ne veulent pas la création d’un Etat séparant géographiquement la Mauritanie et le Maroc, et c’est là que réside le dilemme, et tout ce que vous entendez en dehors de ce cadre est faux. »

D’autres sujets avaient été abordés au cours de cette rencontre, qui a duré près d’une heure, le lundi après-midi dernier (8 avril 2019). L’entretien s’est limité à nous deux, sans conseillers, ni photographes. Mais, une question importante relative à l’avenir, ne pourrait être passée sous silence, puisque j’ai demandé au Président : qu’est que tu feras après avoir quitté le palais, te retireras-tu vers les zones désertiques très prisées par tous les Mauritaniens, abandonneras-tu la politique, te mettras-tu à écrire (peut être la poésie) ou quoi encore ? Ou reviendras-tu au pouvoir après une période ultérieure, si tu es pris par la nostalgie du pouvoir?

Le Président, qui rit rarement, sourit et dit : « j’appartiens à un parti politique et je continuerai à travailler dans le cadre de cette formation, à renforcer ses institutions, à suivre la vie politique et économique du pays et s’il est nécessaire de revenir, par aspiration populaire et partisane, à travers les urnes, j’examinerai la question et le temps venu, tout événement fera l’objet de commentaire », a-t-il répondu.

Je n’ai pas voulu être un hôte encombrant, je n’ai pas demandé d’interview comme j’évite les entretiens classiques. En effet, depuis ma rencontre avec le leader d’Al-Qaïda, Cheikh Oussama ben Laden, je ne me souviens pas avoir réalisé dernièrement un entretien enregistré et classique. Raison pour laquelle, j’ai décidé de partir, surtout que j’ai ressenti, à travers la physionomie du Président, que mon temps est fini et c’est ce qui s’est effectivement passé.

Après avoir quitté et pris place dans le véhicule, j’ai demandé au chauffeur de ne pas partir. Je suis revenu à l’intérieur du palais et demandé aux responsables chargés du protocole (ils étaient seulement deux et le troisième absent), de me permettre de poser une question importante au Président, alors qu’il avait quitté son très modeste bureau. Je lui ai demandé s’il autorise la publication de certains échanges de la rencontre. Il m’a dit de publier tout ce que je veux.

***

J’avoue avoir trouvé de la compassion et du respect dans ce pays (Mauritanie), que je n’ai trouvé dans aucun autre Etat. J’ai failli perdre ma conviction de nombreuses évidences, de certaines positions et sentiments populaires, arabes, islamiques et pour cause, les armées électroniques qui induisent en erreur sur les réseaux sociaux et dans la plupart des empires médiatiques du Golfe sans aucune exception.

Mais le peuple mauritanien authentique m’a rassuré que cette Nation va toujours bien et continue de préserver avec force et ténacité ses valeurs, ses croyances et ses constantes, de s’opposer à la normalisation avec cette férocité et fermeté que je n’ai pas trouvé dans tous les Etats arabes, s’explosent de colère en entendant d’évoquer le raid et l’embargo américains sur l’Irak ou la pendaison de Saddam Houssein.

La femme mauritanienne quant à elle, au visage rayonnant, embelli par le bon « Faux de Soleil », ses noms arabes et islamiques distingués et quasiment disparus, dans la plupart des autres Etats arabes, joue un important rôle politique, culturel et médiatique. Il suffit de souligner à ce propos que l’invitation vient à travers le Réseau des Femmes Journalistes Mauritaniennes. C’est là, l’une des raisons qui m’a poussé à l’accepter, puisque le réseau a supervisé l’organisation du premier forum médiatique, loin du carnaval des « grandes personnes », de « prix » et de « clientélisme », sans hypocrisie professionnelle, politique ou tribale, sans discrimination politique ou zonale, mais bien au contraire, la tolérance véritable dans ses plus beaux apparats et contours.

La majorité des femmes ont un penchant pour l’embonpoint. On m’a même dit que l’embonpoint est l’un des critères de la beauté. Et lorsque j’ai demandé à l’une des étudiantes mauritaniennes à la silhouette fine, qui a assisté à l’une de mes conférences présentées à l’Université de Nouakchott, comment elle a échappé à cette règle, elle m’a dit qu’elle pratique le sport et qu’elle prend soin de sa taille, soulignant que la majorité des hommes et mêmes des jeunes, continuent de privilégier les grosses ; ce qui a retardé relativement son mariage, lui souhaitant un mariage rapide et de ne pas regretter les jours de la jeunesse!

L’autre phénomène dont se vantent les femmes mauritaniennes est que le mariage est facile et que le divorce est plus facile: la plupart d’entre elles célèbrent leur divorce et font l’objet de demandes de remariage avant même d’achever leur période de viduité. Il faut souligner aussi que plus la femme se marie plus l’affluence sur elle est importante et plus sa dot augmente.

Je conclus en disant que j’ai pris connaissance d’un beau et modeste pays, menant une vie quiète, réconcilié avec lui-même et avec ses voisins, attaché à son identité arabe et à sa foi islamique, confiant en ces potentialités matérielles limitées, en sa vie simple alliant authenticité et degré minimal de modernité minimale, continuant de jouir des dattes et du lait des chamelles, qui m’ont tous les deux servis.

Peut être que certains de mes jugements sont étranges pour les uns, que d’autres arguent qu’une visite de quelques jours ne suffit pas pour avancer des jugements et établir un portrait positif.

C’est vrai, il y a de nombreuses lacunes, mais je ne fais qu’écrire mes impressions, en prenant le parti-pris de ce pays et de ses habitants, et libre à vous de penser ce que vous voulez!

Rai Al-Youm

Traduit de l’Arabe par Cridem

Source:http://cridem.org/C_Info.php?article=722219

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