Mauritanie : des ambassadrices de la paix, pour renforcer la cohésion sociale [PhotoReportage]

Mauritanie : des ambassadrices de la paix, pour renforcer la cohésion sociale [PhotoReportage]Au total, elles sont au nombre de 20 ambassadrices de la paix, triées sur le volet. Pendant une semaine, elles vont vivre ensemble, sous l’encadrement de quatre coaches, toutes des femmes, issues des quatre communautés nationales (Maure, Poular, Soninké et Wolof).

Petit rappel : ces ambassadrices de la paix ont été sélectionnées dans le cadre du projet Prévention des conflits et de promotion du dialogue interculturel, financé par l’Union européenne. A l’origine de cette initiative, l’Association multiculturelle pour un avenir meilleur (AMAM) qui a saisi au rebond la célébration de la journée du 8 Mars pour présenter ses 20 ambassadrices de la paix, devant un parterre d’invités et de leurs familles.

Kiné Diaw, qui est l’une des 20 ambassadrices de la paix, rappelle ce qui l’a poussée à tenter l’expérience du vivre ensemble et de se connaître.

« A l’Université, j’ai vécu une situation qui m’avait déplu et je n’aimerai plus la revivre. Le premier jour de l’Université, je suis rentrée dans l’amphithéâtre, on était plus de 900 étudiants. J’ai remarqué qu’il y’avait une rangée où il y’avait uniquement les Maures, une rangée où il y’avait uniquement que des négro-mauritaniens. Ça m’a choqué, le tableau était très sombre pour moi. Je ne voyais pas l’avenir de la Mauritanie avec ce tableau, c’est vrai, qui est bicolore, mais qui reste quand même très distant, très froid pour une jeunesse sensée ouverte d’esprit, sensée travailler main dans la main pour un avenir meilleur. »

-Déconstruire la peur de l’autre-

Oumou Kane, présidente de l’AMAM, explique le contexte de naissance des ambassadrices de la paix, une initiative qui entend, déconstruire la peur de l’autre, un vieux baobab aux racines bien plantées dans la terre.

« L’ONG AMAM organise chaque année des rencontres culturelles et d’échanges interculturels. Nous avons voulu apporter une nouvelle touche par rapport à ça. Surtout en pensant aux femmes par rapport au rôle qu’elles peuvent jouer pour contribuer au développement du pays, à la cohésion sociale et à la paix entre autres…J’ai vu dans la nouvelle génération des femmes mauritaniennes cette envie de se connaitre, de connaitre les communautés du pays, cette envie d’être créatives, de contribuer à cette culture de paix, cette envie de s’engager dans la vie sociale ».

Mais, chez AMAM, on entend aller au-delà de ce constat. D’où l’idée de faire cohabiter pendant une semaine une vingtaine de jeunes filles issues de toutes les communautés du pays, sous le même toit…

« C’est quoi la paix ? c’est quoi être actrice de paix ? et à travers ça, comment elles, aussi, elles peuvent inspirer ceux qui sont perdus dans ce domaine. Tout le monde se perd dans ce domaine : culture de paix entre autres. On parle de ça, mais il faut que ça soit vrai. Donc, elles sont appelées à devenir des modèles, que ça soit ici en Mauritanie ou ailleurs, afin qu’elles inspirent d’autres », souligne Oumou Kane.

Durant cette période de cohabitation, les 20 ambassadrices de la paix sont coachées par des femmes qui vont puiser dans les valeurs du vivre ensemble pour secouer les préjugés et les barrières.

Parmi elles, Marème Tall Kane, ancienne gloire du basket-ball féminin mauritanien. Elle détaille ce qui va attendre les jeunes filles durant leur stage de vivre ensemble.

« Elles vont essayer de transcender leurs peurs. Nous n’avons pas à mon sens un problème de cohabitation. Voyez le monde comment il évolue maintenant. Les gens sont devenus individualistes, on est maintenant en milieu urbain. Nouakchott s’est urbanisé, ce qui fait que les gens se sont éloignés les uns des autres. Ce qui n’était pas le cas avant. C’est vrai qu’on ne peut pas continuer à vivre comme il y’a 20 ans. Cela ne doit pas enlever les valeurs surtout nos valeurs religieuses, culturelles, sociales fondées sur l’Islam. Qui dit Islam dit acceptation de l’autre, dit respect de l’autre, dit solidarité. Il ne faut pas avoir la peur de l’autre. De mon expérience personnelle, à chaque fois, que je suis allée vers l’autre, la personne a voulu faire cette démarche. Seulement, j’ai eu le courage, moi, d’aller vers la personne et je suis accueillie à bras ouverts, je suis écoutée et je suis même admirée d’avoir la chance de devancer ma peur et d’aller vers la personne. Donc, c’est surtout transcender les peurs, une fois qu’on les a transcendées, tout le reste va aller de soi, ça va couler de source ».

Texte | Par Babacar BAYE NDIAYE

©CRIDEM 2019

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