Mekfoula Mint Brahim : je décerne ma décoration aux compatriotes, encore victimes des inégalités de naissance, du racisme et de l’impunité.

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes souriantes, costume et lunettesMesdames et messieurs, chers amis et compagnons de lutte. Recevoir un prix franco-allemand des droits de l’Homme témoigne d’une époque enfin apaisée, où les ennemis d’hier récompensent, ensemble, les promoteurs et défenseurs de la perpétuelle liberté. La reconnaissance que vous m’accordez aujourd’hui témoigne de votre encouragement à nos combats – anonymes et étouffés – pour que la conscience universelle d’appartenir à l’espèce des humains, ne s’éteigne jamais plus. Je suis fière de le recevoir, pour mes sœurs aux vies abimées, dans le silence et la peur. Beaucoup d’entre elles souffrent et meurent de la domination masculine, de l’extrémisme religieux, parfois du gavage, des mutilations génitales, de la maltraitance domestique, trop souvent de devoir élever des enfants, seules, sans assurance ni revenu ; d’autres succombent à leur propre résignation devant le chantage social de la respectabilité qui est la sophistication même de la violence.
Je dédie ma distinction, au petit groupe de résistants – dont certains, ici présents – continuent, à leurs risques et périls, de promouvoir les idéaux de laïcité, d’égalité et d’ouverture à l’Autre, dans une Mauritanie désormais sous emprise de l’obscurantisme, comme en témoigne l’article 306 de notre code pénal. Je n’oublie, non plus, les rares défenseurs de la faune et de la flore, qui rêvent, comme moi, de reverdir le désert.
En souvenir de Robert Antelme et de Bertolt Brecht, deux écrivains, héros de l’exigence du droit que se partagent aujourd’hui la France et l’Allemagne, je décerne ma décoration aux compatriotes, encore victimes des inégalités de naissance, du racisme et de l’impunité, surtout à leurs morts, trop vite et toujours effacés de notre mémoire. Je ne puis éluder, ici – ô honte insigne pour mon peuple – le maintien en détention, du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mkheitir, malgré l’extinction de sa peine. S’il vous plait, œuvrons à le faire libérer !
Je vous remercie !

 
Mekfoula Mint Brahim

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