Ghazwani : un candidat « otage » ?

Bien qu’il ait été officiellement désigné – ou obligé… – par son alter ego, le candidat de la majorité présidentielle persévère à garder le silence. Toujours à son poste de ministre de la Défense, au gouvernement,  et à son logement, à l’état-major des armées.

Les membres du parti au pouvoir, l’UPR, et autres opportunistes de tout acabit s’égosillent donc seuls sur les  qualités et mérites de l’énigmatique dauphin. L’UPR – plus exactement, son président – fut le premier à apporter son soutien au candidat intronisé à la succession de l’actuel président de la République. Pour maître Sidi Mohamed ould Maham, également porte-parole du gouvernement, Ghazwani est le meilleur choix pour continuer l’œuvre de son compagnon, Mohamed ould Abdel Aziz, pour la stabilité et le développement du pays. Il l’a dit devant les députés et maires de la majorité qu’il a rencontrés, leur demandant de soutenir  « cet homme de confiance, maîtrisant tous les dossiers de l’Etat. Ould Maham  enchaine les réunions,  tressant des lauriers au probable successeur d’Ould Abdel Aziz, proclamant que l’actuel ministre de la Défense est le seul à même de répondre aux aspirations  de la population mauritanienne.

Mais, de l’avis de nombre d’observateurs, l’Union Pour la République dont le président s’active tant  n’aurait pas été associée au choix du dauphin. Tout s’est passé  au sein  d‘un cercle restreint de gradés. C’est dire que le principal parti de la majorité n’a fait que prendre le train en marche et doit, par conséquent, se mettre au pas. La réunion, fin Janvier, avec les députés et les parlementaires, n’avait pour seul objectif que d’entourer la candidature annoncée d’Ould Ghazwani  d’un maximum de consensus. Le mot est lâché.

Le communiqué de la présidence mettant fin aux gesticulations des députés réclamant un troisième mandat, alors même que la Constitution l’interdit – un vœu longtemps entretenu par un Ould Abdel  Aziz, flouant ses véritables intentions, tout en  répétant, à qui voulait l’entendre, qu’il respecterait la loi fondamentale – a surtout révélé une cassure, au sein de la majorité présidentielle. Un certain nombre de députés  s’étaient opposés ouvertement à l’option du troisième mandat. Tandis que, du côté de la Grande Muette, des rumeurs distillées  donnaient à croire qu’elle  avait arrêté son choix sur son patron, le général Ghazwani. Une atmosphère quelque peu malsaine, accentuée par d’autres rumeurs sur l’opposition de certains membres du gouvernement  et de députés, principalement  les partisans du troisième mandat, à la candidature du général. Une rencontre, entre le  candidat désigné  et  les présumés hostiles à sa candidature, est venue clore cette polémique, qualifiée, par certains, de « manipulation ». Peut-être mais, alors, de quel cercle ?

Les mots utilisés,  pour présenter  le ministre de la Défense en candidat « personnel »  du président Ould Abdel Aziz,  laissent, de surcroît, les observateurs perplexes. Selon leur lexique, Ould Ghazwani ne se serait pas imposé en incontournable, pour succéder à son alter ego. Il a été choisi, désigné ou obligé, par notre président-fondateur, à la poursuite – pourquoi pas sous contrôle ? – de la « révolution ».   En tournée  dans les régions  du pays, le ministre de l’Intérieur s’est appliqué à vanter les réalisations du Président, en ne pipant mot – un non-fait troublant unanimement relevé par les observateurs – sur le candidat Ghazwani, lors de l’étape de Tidjikja, capitale du Tagant. Alors, le général Ghazwani  qui semblait bénéficier – en tout cas jusque-là – de  circonstances favorables, serait-il  un candidat otage de son mentor ?

Toutes choses qui ne manquent pas de polluer le processus de  succession du Président sortant  lequel  aurait  chargé  le président  de l’UPR  de   notifier, aux anciens  parlementaires, réunis, voici deux jours,  à l’hôtel Mauri-Center, et à tout le microcosme  politique de la majorité  qu’Ould Ghazwani  est seul et  unique candidat  d’Ould Abdel Aziz et de la majorité  et que tous  battront campagne pour le faire élire. A chacun, donc, de s’impliquer en cet objectif. Des propos  qui viennent écarter les rumeurs selon lesquelles l’ex-Premier ministre, Moulaye ould Mohamed Laghdaf, briguerait la magistrature suprême. Et quand on sait les rapports que celui-ci entretenait avec  Ould Abdel Aziz, le Rubicon est vite franchi, par les détracteurs  du tombeur de Sidioca.

Aujourd’hui,  les dés sont jetés. Ould Ghazwani est le candidat d’Ould Abdel Aziz et de sa majorité. Son intronisation officielle est attendue dans les jours prochains. Des informations  circulent, dans les salons,  évoquant  d’intenses préparatifs, au niveau du gouvernement  et de l’UPR. Des  invitations, à des chefs d’Etat, de gouvernements  et d’organisations  internationales, seraient en passe d’être lancées. Le président Ould Abdel Aziz voudrait conférer, à  cette cérémonie d’investiture, annoncée au 23 Février,  un cachet particulier. Un évènement médiatique, à la veille même du congrès de l’UPR, le 2 Mars. Mais, à en croire certaines rumeurs, divers cercles du pouvoir  prôneraient le report du congrès au lendemain de l’élection présidentielle, craignant l’immanquable étalage des divisions, à cette foire d’empoignes, susceptible d’impacter négativement sur le consensus recherché  autour du général Ghazwani. Si les dés sont jetés, les jeux sont-ils faits ?

Les apparences sont parfois trompeuses…

 

DL

Le Calame

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