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Quand Aziz oblige ses députés à se rendre à Canossa

Quand Aziz oblige ses députés à se rendre à CanossaBrahim Bakar Sneiba – Le débat sur un troisième mandat m’a toujours paru, comme prématuré et objet de fort acharnement excessif, quasi-obsessionnel. Depuis trois ans le pays s’est préoccupé d’une question qu’un seul homme, tout au moins animé de bon sens, en détenait la réponse. Il ne fallait pas être moins patient que « Yeye -le fou. » Cet homme malade, qui vivait à Nouakchott, avait des moments de lucidité.

Un jour, dans son quotidien erratique, tandis qu’il était absorbé à écrire sur un parchemin, il fut interloqué par des passants :Yeye, qu’est ce qui tu es en train de faire ? Yeye leva la tête, et leur répondît : « J’écris une lettre. – Et qu’est-ce qu’il y a dans la lettre ? demandèrent les passants. –Yeye de répondre : « Attendaient que je la reçoive ».

Enfin, la réponse, qui a pourtant était donnée plusieurs fois, est retombée, comme un couperet : un communiqué très clair, net et précis met fin à une question qui commençait à remuer une mer déjà agitée. Le pays, enclin à des revendications sociales prégnantes, se déclinant par un discours extrémiste sans précédent , n’avait besoin qu’on lui en rajoute.

Comme d’habitude, le tout- Nouakchott se mit à jaser, lorsque, le Président, plus que jamais sincère et déluré, mit fin au grand suspense, avant d’obliger ses députés à se rendre à Canossa. On n’y alla pas de main morte.

Chacun à sa façon : « il savait que sa majorité a échoué ! », « L’Armée a bougé ! », etc. En ma connaissance d’ancien soldat recyclé en politologue, l’Armée n’a pas bougé, et elle n’avait pas de raison valable pour faire résonner un cliquetis d’armes ou faire un bruit de bottes. Muette et disciplinée, mais sensible ; apolitique, mais pas indifférente, elle savait que le Président devait passer la main, sans s’arc- bouter.

Pour cette décision, mine de rien, historique, je félicite et encourage le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Il pouvait ne pas lâcher le morceau, tant les pressions l’appelant à rester étaient fortes. Facilement, le pouvoir pouvait lui monter à la tête, la mégalomanie étant endémique chez nos dirigeants africains. Comme, Kurunziza, il pouvait garder un pouvoir putatif, après mort d’hommes.

Un tel acte consacre ,définitivement, l’alternance au pouvoir dans notre jeune Etat de Droit. Si, lui, relativement-jeune- président (et ayant quand même réalisé de grandes choses, dans tant domaines) a passé la main, après deux mandats, personne d’autre ne pourra plus nous proposer de déverrouiller les articles relatifs au statut du président de la République.

Ces dispositions constitutionnelles, pierres angulaires de la démocratie, demeureront un acquis précieux ad vitam aeternam. Ainsi, Aziz, a sauvés nos générations futures d’une dérive despotique ou autoritaire susceptible d’envoyer le pays dans l’abîme.

A peine, l’abcès expurgé, une inflammation, symptomatique d’un autre empressement survolté, se traduisant par une question redondante, s’est installé : « Qui sera le prochain Président ? « Qui sera le prochain Président ? »

Après avoir rabâché des noms – « que j’avais trouvés plutôt requins que dauphins » – l’opinion publique, semble désigner, le Général Mohamed Ould Cheikh Alghazouina à la charge présidentielle. Tout prête à croire que c’est le bon choix : mis à part les qualités cardinales qui le caractérise, l’homme répond au critère fondamental du moment : avoir une excellente compréhension des enjeux sécuritaires et géostratégiques du Monde, en général, et du Sahel, en particulier. La paix et la sécurité se mangent plus que le Aich, le Couscous et le Tieboudjene, trouvables, à profusion, avec un peu de gaz naturel.

Brahim Bakar Sneiba, journaliste indépendant et écrivain.

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