Marche du 9 Mars : Encore une de plus?

Le principal parti de la majorité présidentielle, l’Union Pour la République (UPR)  a décidé de « marcher pour défendre l’unité nationale et la cohésion sociale », dit-elle. Une marche pour l’unité nationale ? Une de plus,  serait-on  tenté, de dire. Depuis quelques années, l’unité nationale fait en effet jaser la classe politique tout entière.

De l’opposition démocratique à la majorité présidentielle, chacun s’est emparé du sujet  pour  en faire son apanage personnel. Poussé par l’opposition et, surtout, par les organisations de défense des droits de l’homme  comme  IRA, SOS Esclaves, Le Mouvement El Hor, Le Manifeste des Haratines, Touche pas à ma Nationalité, le Conseil représentatif des Soninko ou le Manifeste Wolof, et  certains partis politiques,  comme les Forces Progressistes du Changement (non reconnu)  qui  ont réclamé le règlement  des  questions  de l’esclavage,  de ses séquelles et du passif humanitaire des années 89-91, le pouvoir s’est,  lui  aussi, saisi de la question,  en organisant plusieurs séminaires et  conférences-débats. A l’arrivée, rien de nouveau, si ce n’est un nouvel arsenal juridique, important, pour la question de l’esclavage et de ses séquelles, ce qui n’a pour autant pas empêché les organisations de défense des droits humains  d’exhiber des cas  avérés. Les textes sont bons mais leur application  peine à se matérialiser.

Aujourd’hui, on nous ressasse  des  « discours  haineux  et discriminatoires », pour mobiliser toute la République, à travers une marche, un jour ouvrable. Une espèce de mépris pour le fonctionnement des structures de l’Etat et de leur rentabilité.  Les organisateurs de ces manifestations se sont-ils seulement demandé pourquoi la question nationale continue à  troubler le sommeil des gouvernants  et des patriotes  du pays ? Pourquoi n’ont-ils pas cherché des solutions à ce problème qui ne  date pas d’hier ? Elles existent pourtant et figuraient déjà en bonne place, dans les  recommandations du dialogue de 2016. Mais elles dorment, depuis, dans les tiroirs de la commission de suivi dudit dialogue.  Avec l’unité nationale, on s’était  juste contenté de « vacarmer» ou de s’égosiller dans les hôtels et autres salles de réunions. Pas plus. Or le mal est profond et le  premier responsable est  tout désigné: l’Etat, du moins ceux qui nous ont gouverné ou gouvernent et n’ont pas voulu  prendre le taureau par les cornes. On organise, comme pour faire diversion, des rencontres, on tient des discours ou l’on menace tout celui  qui  réclame les plus élémentaires droits. Tout celui  qui  a le culot d’évoquer les questions qui fâchent  est vilipendé,  traité d’extrémiste et de raciste. Les pouvoirs publics  se pressent d’envoyer les forces de l’ordre pour mater les manifestants, au lieu de privilégier le dialogue, l’écoute et la concertation.

La Marche du 9 Janvier, avec, à sa tête, le président de la République  est certes un acte fort, symbolique même. Une initiative à saluer, donc, pour autant qu’elle s’en tienne à son propos. Car la tentation du coup du pub est particulièrement forte, en cette période préélectorale. Coïncidant avec  diverses initiatives appelant à un troisième mandat,  pour l’actuel président de la République en passe de finir son second et dernier, en Juin  prochain. Amalgame ? Certains redoutent en effet que cette marche ne serve de prétexte à la promotion du dit troisième mandat, ce qui risque de fausser la manifestation, voire de la  détourner carrément de son objectif affiché. On espère, a contrario, qu’à son lendemain même, les pouvoirs publics prennent des mesures vigoureuses, pour régler la question nationale… Pourquoi pas à travers des journées de concertations nationales, comme en 2006 ? De sorte que chaque mauritanien se sente mauritanien à part entière, qu’il puisse profiter des opportunités de développement de son pays (partage équitable des ressources, égalité de chance, justice sociale, droit à la justice …). Nous connaissons  les risques  que fait courir une  unité nationale  vacillante. Lui rendre son assise sera un gros chantier, pour les cinq prochaines du Président à élire en Juin 2019. Nous ne devons pas rater l’occasion, passer à côté de l’essentiel : organisation d’une présidentielle inclusive, transparente et apaisée. La Mauritanie ne supportera  pas un lendemain d’élection contestée.  Le Rwanda, le Burundi et la RCA sont là pour nous  interpeler.

DL

Le calame

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