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Mohamed Moine : Libérez-vous, détalez-vous, prenez le large. Votre destin est dans vos mains. Dieu vous rétribuera.

L’image contient peut-être : Mohamed Moine, intérieurDurant ma jeunesse, j’étais une sorte de Jacques Brel. Je marchais vers les basses terres où il n’y avait pas de montagnes, rien que des mosquées construites avec de l’argent venu de l’étranger, où ils s’imaginaient que, par du béton, ils se rapprocheraient de Dieu.

J’avais hâte de retourner dans mon plat pays, où les vagues océaniques chatouillaient les rêves de jeunes femmes attendant languissamment un chevalier de rêve, jaillissant des profondeurs des abysses ou des reliefs de pays inconnus. Puis je perdis de vue la terre au goût d’huîtres et de desserts. Sa saveur est devenue aussi fade qu’une marâtre, rébarbative, tel le sermon d’un imam des Frères Musulmans.

Envahie par la laideur et la richesse criante et les expectorations d’enfants naturels. Et les esclaffements indiscrets de femmes légèrement vêtues qui imprègnent toujours de vacarme le chagrin d’une ville tenaillée par de grandes souffrances. Il n’est pas de douleur plus grande que celle de d’attendre et d’endurer le clavaire du pouvoir.
Qu’est-il advenu de Nouakchott?

Le même vent marin qui portait la mer obscurcie qui a longtemps porté ses zéphyrs dans mes rêves, comme à travers mes poèmes, voilà que ce même alizé prend part à la conspiration me visant, ourdie par des tyrans pour me frapper à mesure que je prends de l’âge, de vieillesse précoce. Et me voilà devenu jeune vieux, pour un moment qui glisse de mes doigts, moment que je croyais imminent, mais il est insaisissable comme le sable du désert, comme l’eau de l’Océan, comme le vent !

Comment cette ville, qui a défié la fraude en 1992, a-t-elle pu se laisser choir, elle qui a dansé au rythme de la procession des chars du 8 juin ?

Il ne sied nullement à la ville des intrigues et des surprises de devenir sage et de fléchir. Il est vrai que c’est une ville « trouvée » comme un enfant perdu, dépourvue d’histoire transcrite dans de vieux manuscrits historiques. Mais, lorsqu’elle jaillit du boubou du fondateur Moktar ould Daddah, Nouakchott jeta un cri et fit trembler le monde.

Elle se rebella pourtant contre lui, en une poussée d’élégante désobéissance, comme il sied aux mégapoles, avant d’envoyer tour à tour aux abysses de l’histoire ceux qui l’ont emprisonné. Pareille à toute terre surélevée, hautaine et injuste, elle se joue de tous et sait tourner le visage et faire l’ingrate. Combien naïf est celui qui considère Nouakchott comme ville éternellement sienne, cette ville aussi infidèle qu’une hétaïre, rétive au mariage à la manière catholique !

Elle a divorcé d’avec Maaouiya, l’abandonnant en pleurs en la lointaine Niamey. Et s’est soustraite à Ely ould Mohamed Vall, qui en était épris et y est enterré. Et même Sidoca, qui avait fait rire le monde en s’accrochant au pouvoir comme à un droit de propriété, a disparu, par dépit au fond du désert !

Les gens de Nouakchott dans leurs palinodies sont royalistes jusqu’à l’os ! L’imam Malek et à sa suite la majorité des savants leur ordonnent de pester contre de pester contre ceux dont le régime s’effondre !

Abandonnez Ould Abdel Aziz, quittez son parti. Montrez-lui votre vérité profonde, car il ne reste plus rien de son autoritarisme, lui qui n’a plus que quelques mois. Sa complainte est fade, sans saveur. Son chant du cygne est la blague siècle. Libérez-vous, détalez-vous, prenez le large. Votre destin est  dans vos mains. Dieu vous rétribuera.

Oh Dieu, je cherche refuge en Toi contre la cécité, la rétention de volonté et l’attelage aux harnachements des chevaux.

Mohamed Moine

Tradction de Med Yahya Abdel Wedoud

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