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Aicha Amar : Des générations d’un même pays, vivent côte à côte sans se fréquenter.

Résultat de recherche d'images pour "dos à dos images"La fébrilité que provoque l’évocation des appellations « génériques « « beydanes, lekwar ou autres, dénonce en filigrane une mésintelligence profonde entre les différentes composantes du pays. Le fait, par ailleurs qu’une frange d’une composante ethnique, revendique fièrement par un chant leur identité, dont le refrain « أنا حرطنية » je suis hartaniya « , renforce ce confinement racial au dépend de l’appartenance au pays.
Difficile de se départir de certaines certitudes sociétales, seule la république et ses institutions sont susceptibles de développer l’attachement à la nation, comme référence fondamentale .
D’effacer les stigmates sociaux et leurs connotations construits souvent sur la base d’aberrations.
Le petit récit anecdotique vécu ci-après illustre cette confusion :
Ma fille, que je venais récupérer après plus d’une demi journée de cours très perturbé par la présence en classe de plus de soixante de nos petites têtes agitées, toute en sueur, cherche à attirer mon attention déjà préoccupée par le « traquenard  » dans lequel je me suis empêtrée .
Venir chercher son enfant est une prouesse, qui demande des nerfs d’acier et une dextérité de jongleur. Parvenir à sortir de la toile d’araignée tissée par les voitures au sein d’un périmètre restreint sans signalisations est un acte héroïque.
L’école X, n’est malheureusement plus l’élégante institution reconnue pour son sérieux à laquelle, j’ai voulu par idéalisme confier la prunelle de mes yeux.
Un espace, que je pensais être celui de la république, réputée pour sa rigueur et son impartialité envers ses recrues.
Un « mirage ».
l’ecole s’est mutée en refuge de chahut.
La naïveté est de croire que le temps n’altère les rêves .
D’une oreille distraite, je concède à mon petit cœur un hochement de tête, l’encourageant à me raconter que  » des enfants ont tabassés un petit Kowri », voulant lui inculquer un « fast esprit citoyen », je lui explique maladroitement que  » le jeune Kowry est UN MAURITANIEN » , sans mesurer que mon explication hâtive n’a fait que l’embrouiller.
L’idée à la Mauritanie est d’une abstraction terrible, sur le plan concret, tant les attestations qui la matérialisent dans l’esprit d’un enfant sont négligeables.
La preuve me fut vite fournie par la suite,..
Le lendemain à sa « descente  » elle m’avoue toute triomphante d’avoir assimilé ma leçon :
 » des mauritaniens sont venus aujourd’hui à l’école voir le directeur  » .
« Des mauritaniens ?  »
« Oui, tu te rappelles le petit mauritanien, dont je t’ai parlé hier, »..
Et, c’était parti, les mauritaniens sont bien définis dans son entendement !!  » ehel Mouritani « , c’est mes Kwar à moi, c’est à dire mes compatriotes de race noire, sans exception aucune et ne parlant hassaniya. Quand à moi, je demeure la  » Tiapato », « Sraghe » , pire pour une personne, que d’être estampillée » Nar « , ..  » feu, enfer  » en arabe.
Ou bien en référence à ma couleur. « El bidhaniya », la blanche !
Le genre est ainsi occulté au profit d’attributs aux relents partisans.
Des « postulats » difficiles à déconstruire, encore plus difficile d’éclairer à ce propos les adultes à fortiori, un enfant.
Un périlleux exercice de voltige.
Je l’ai compris à mes dépens.
Une petite histoire pas récente, certes, mais demeure néanmoins d’actualité.
Des générations d’un même pays, ayant grandit imbus de préjugés envers l’autre, vivent côte à côte sans se fréquenter.
Chacune affublée d’un attribut, d’un certain point de vue, souvent réducteur.
La saignée des symboles de l’état désoriente encore les plus rompus, et multiplie davantage les divisions, déjà ingérables .
Il revient, à cet effet à l’école d’être le creuset de tous les groupes ethniques, de jouer son rôle formateur de citoyens ayant une identité commune : Mauritanienne.

Aicha Amar  

15 décembre 2017

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