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Aziz et la présidentielle de 2019 : Se hâter lentement

La course à la prochaine présidentielle est bel et bien lancée. Plus que quelques petits mois nous séparent d’un scrutin à quasiment unique enjeu : l’alternance démocratique.

 

Tous les acteurs politiques ont, désormais, les yeux rivés sur cette échéance capitale. Bien plus capitale que la dernière présidentielle, celle du 21 Juin 2014, résumée à une simple reconduction du tenant du titre.
Cette fois, l’actuel Président ne se représentera pas et concentre donc ses efforts sur sa succession.
Diverses manœuvres, tant dans l’arène politique qu’au niveau des armées et des forces de sécurité, lui ont permis de placer ses fidèles, à la tête de l’Assemblée nationale, à l’état-major des armées et au sein du gouvernement, avec l’entrée remarquée, dans la nouvelle équipe d’Ould Béchir, du général Ghazwani, annoncé, depuis bien longtemps, comme le dauphin du régime.

Annoncé mais toujours pas attitré : les spéculations et l’approche de la fin du mandat présidentiel ne semblent pas bousculer Ould Abdel Aziz qui ne se hâte que lentement à rendre public le choix de son dauphin. Une manière prudente de ne pas perturber, peut-être, les quelques mois qui lui restent à la tête du pays.

Une fois désigné, le dauphin ne risquerait-il pas de lui ravir la vedette et l’éclipser, donc, prématurément ? L’homme fort de Nouakchott connaît la versatilité des Mauritaniens et prend les précautions. Ne sont-ils pas capables de vous oublier en moins de deux temps trois mouvements ? Ils n’ont, en tête, que courte mémoire et opportunisme. Rappelez-vous les renversements d’Ould Haidalla, Ould Taya et Sidioca : que de marches de soutiens, au jour même de leur chute !!!
Le tombeur de Sidi ould Cheikh Abdallahi a bien médité ces évènements qu’il a vécus de près. Lui qui se targue d’avoir « sorti la Mauritanie de l’ornière » et qui n’entend pas « laisser ses successeurs détruire ce qu’il a mis dix ans à construire », semble déterminé à gouverner jusqu’au bout de son mandat, en ménageant, bien entendu, sa sortie. Aussi lui faut-il trouver un homme capable de maintenir les acquis et de les préserver, contre vents et marées.

L’homme que sous-estimaient certains leaders, non seulement, de l’opposition mais, aussi, de la majorité, quand il s’empara du pouvoir, en Août 2008, ne cesse de démontrer qu’il n’est pas un simple bidasse. S’il ne cesse de les surprendre, c’est même, selon certains observateurs, un fin stratège.

D’aucuns le considèrent comme un fonceur, un vrai bulldozer qui déroute ses adversaires et n’hésite pas à courir des risques. Il n’a effectivement pas manqué l’audace, en déclarant, au cours d’une conférence de presse, qu’« il n’était pas né pour perdre ». Excepté, quand même, le pied-au-nez des sénateurs qui osèrent rejeter, à la surprise générale, ses amendements constitutionnels de 2017. Une exception qui confirme la règle ?
Après avoir désigné un nouveau gouvernement avec Ghazwani à la Défense, Ould Abdel Aziz était attendu le 28 Novembre. On pensait qu’il y lèverait un coin du voile. Mais, voilà, pas un seul mot sur la prochaine présidentielle : quel candidat ? Quelle CENI ? Mystère et bouche cousue. Le président d’APP, Messaoud ould Boulkheir, a publiquement souhaité la refonte de l’actuelle CENI qui a montré ses limites, lors des dernières élections municipales, régionales et législatives de Septembre dernier, mais nul, côté du pouvoir, n’en a pipé mot.
Aujourd’hui, Ould Abdel Aziz fait comme si rien ne se passait dans le pays. Il voyage, le plus tranquillement du monde, à l’intérieur et à l’étranger ; reçoit, en pleine affaire du journaliste saoudien assassiné en Turquie, le tonitruant prince héritier MBS avec qui il décroche de juteux contrats ; bref : gouverne sans se faire bousculer. Le congrès de l’UPR, attendu sous peu à Nouakchott, sera-t-il l’occasion de publier le nom du dauphin ? Ghazwani garde-t-il encore toutes les chances de succéder à son alter ego ? Wait and see ! Perplexes aujourd’hui, bon nombre de Mauritaniens continuent à se demander si leur Président va effectivement quitter le Palais, comme le prévoit la Constitution, à la fin de son mandat, en 2019.
De son côté, l’opposition démocratique laisse, elle aussi, l’opinion perplexe. Même si certains de ses leaders, dont le président du FNDU, laissent entendre que « les choses sont en train de bouger » et que « l’option d’un candidat unique reste de mise », rien ne paraît lisible. Un tel choix ne serait-il pas le meilleur moyen de provoquer l’implosion du FNDU et/ou G8 ?
DL

Le Calame

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