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Tribune de Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni

Tribune de Maître Ahmed Salem BouhoubeyniLe Quotidien de NouakchottJusqu’à quand ?

Je suis à l’extérieur de la Mauritanie depuis quelques temps et j’observe tous les jours l’actualité du pays, nos préoccupations, nos sujets de réflexions et de débats. J’ai comme l’impression qu’on passe à côté de l’essentiel.

Tout le monde est concentré sur le bilan du président, de façon stérile, entre ceux qui pensent qu’il a tout construit et ceux qui pensent qu’il a tout détruit.

Entre ceux qui pensent qu’il doit faire un troisième mandat et ceux qui pensent qu’il ne peut pas faire un troisième mandat, on est même allés, tout dernièrement, jusqu’à débattre de la possibilité qu’il a de se représenter dans 5 ou 10 ans. On nous raconte à longueur de journée que nous allons nous déchirer et éclater d’un moment à l’autre.

Jusqu’à quand ?

Comme certains pays l’ont compris, ce qu’il faut, aujourd’hui, c’ est s’atteler à concevoir, à partir d’un diagnostic critique des forces et faiblesses de notre économie, une nouvelle stratégie de développement économique et social qui tend à satisfaire les besoins urgents, qui demande la prise en charge immédiate en faveur des couches sociales vulnérables (urgence sanitaire, l’accès à l’électricité, à l’éducation, à l’eau, désenclavement des régions éloignées), une stratégie qui vise ensuite à transformer structurellement l’économie pour cesser d’être uniquement producteur de matières premières et entamer toute la valeur de la chaîne de nos produits par des usines de transformation sur place qui nous permettront d’être en mesure de fixer les cours de nos produits (c’est le problème de l’Afrique qui a tout et ne transforme rien alors que l’Asie n’a rien et transforme tout).

S’atteler à voir comment trouver un emploi pour notre jeunesse, améliorer les conditions de vies de nos populations. S’atteler à voir comment financer notre développement sachant que la tâche, qui requiert une vision inclusive, est loin d’être facile, le développement se finance par l’épargne, les investissements directs étrangers ou l’aide publique.

Or force est de constater que *L’épargne est si faible qu’elle ne peut pas financer notre développement, *les investissements directs étrangers dans notre pays sont faibles et le plus souvent sans retombées en terme d’emplois et développement, souvent destinés à l’exploitation de nos ressources. *La dette est une voie sans issue pour chaque dollar reçu en aide publique au développement nous déboursons cinq dollars pour le service de la dette, nous remboursons plus que ce que nous empruntons, voie sans issue…

En d’autres termes comment gagner la bataille contre le sous-développement et la misère, comment affronter les défis du développement, comment tourner à notre profit la mondialisation. Et c’est possible :

Comment faire en sorte que la Mauritanie se redresse par elle-même et pour elle même Le Maroc lance son premier TGV africain, il construit la plus grande centrale solaire du monde, le pont à haubans de Rabat est aujourd’hui le plus grand pont d’Afrique et du monde Arabe, le grand stade de Casablanca, 120 000 places, est l’un des plus grands du monde de football, Tanger Med est le plus grand port à containeurs en Afrique, le Maroc est le plus grand producteur automobile d’Afrique, IFran est la deuxième ville la plus propre au monde, Marrocco Mall est le plus grand centre commercial d’Afrique.

Le Rwanda, après le génocide de 94, est devenu une puissance économique du continent africain avec une économie basée sur le service et la connaissance, le Rwanda est champion des investissements étrangers en Afrique, deuxième pays africains au classement Doing Business, des investissements directs étrangers en constance augmentation pour stimuler l’économie et reconstruire le pays.

Jusqu’à quand ?

Nous sommes une petite population d’un pays qui regorge de ressources, les experts soutiennent que le Sénégal et la Mauritanie s’apprêtent à exploiter l’une des plus importantes réserves de gaz au monde. Certains estiment qu’elle dépasse les réserves du Qatar et de la Russie réunis et intéresserait, du coup, les Etats-Unis et l’Europe qui pourraient avoir accès par pipe-line à une source d’énergie proche et plus accessible.

Quand s’attellera-t-on à l’essentiel ? sachant que les ressources à elles seules ne sont pas suffisantes, encore faut-il savoir les exploiter utilement et rationnellement

Le Coltan, cette fantastique richesse qui sommeille sous les pieds des pauvres Congolais (80 % des réserves connues dans le monde) est très prisé par les industries de pointe occidentales, principalement utilisée dans les condensateurs d’ordinateur et de téléphone portable, dans les missiles, les fusées et les avions.

Le Venezuela est devant l’Arabie saoudite en production de pétrole et pourtant tous ses voyants en 2018 sont rouges.

A ceux qui disent que nous sommes condamnés au retard à cause de notre passé (colonisation, esclavage …), il est souvent répliqué que les Tigres Asiatiques et les BRICS de divers continents ont atteint des niveaux relatifs de développement avec tous ces facteurs historiques douloureux.

Sans oublier que l’émergence économique, ce ne sont pas seulement des projets à concevoir et exécuter, c’est aussi et surtout des habitudes à remettre en cause, des pratiques à changer, des nouvelles attitudes à adopter.

Paul Kagamé disait : Le développement commence avec un changement de mentalité et doit être suivie d’action.

On ne se développe pas comme ça tout seul, il faut le vouloir, s’y préparer et se lancer dans l’action.

Jusqu’à quand notre stérile débat qui alimente notre scène depuis 10 ans, partira, partira pas, troisième mandat, pas troisième mandat, a tout construit a tout détruit……?

N’est-ce pas pourquoi on observe cette aspiration grandissante à changer de monde, d’époque, de méthodes, d’approche, de vision, d’instruments, de discours, de mécanismes et même d’hommes parce que c’est au final les hommes qui incarnent le changement ?

Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni

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