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Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…


Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
Dès que vous débarquez sur le site de l’Abolition Institute, le ton est donné annonçant la guerre civile probable en Mauritanie : « un rapport  complet et horrifiant  par CNN en 2012 a documenté que la nation Ouest Africaine de Mauritanie est la « Dernière Forteresse de l’Esclavage ».  Au moins, 10% de la population est toujours asservie; un pourcentage similaire à celui des Etats Unis en 1860 à la veille de la Guerre Civile Américaine. Plus de 340.000 Mauritaniens sont asservis, et dans l’histoire de ce pays seule une personne a été poursuivie en justice pour l’esclavagisme. »

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
Le 8 septembre dernier, l’état mauritanien a donné aux fondateurs de cette jeune association ce qui manquait jusque-là à leur propagande pour paraître crédible : un engagement direct sur le terrain sur invitation d’une association mauritanienne S.O.S Esclaves, avec comme fait d’armes inespéré celui être refoulés par les autorités de la république esclavagiste de Mauritanie ; c’est du moins ainsi qu’elle est désormais tristement célèbre dans le monde à cause du professionnalisme en matière de communication de ces sortes d’association face à l’incompétence ou à la complicité perverse du régime mauritanien en la matière, comme nous allons l’esquisser, preuves à l’appui…
D’abord, je tiens à dire que nous sommes nombreux à être des citoyens mauritaniens éduqués, ayant des liens sanguins, familiaux, amicaux, professionnels avec des citoyens de la Mauritanie plurielle dont nous défendons les racines, le quotidien et le futur en Mauritanie par un journalisme citoyen indépendant engagé depuis 10 ans contre bien des ennemis de cette identité naturelle de la Mauritanie plurielle des origines.
Aussi, maintenant que l’image de notre pays est salie à propos d’esclavage par des activistes mauritaniens en campagne à l’étranger, par des rapports d’ONG des droits de l’homme, par des rapports de puissance étrangère depuis leur chancellerie en Mauritanie, nous estimons qu’il est de notre devoir de continuer plus que jamais à mettre à la disposition des lecteurs de bonne foi les éléments nécessaires, sources à l’appui, pour faire la lumière sur la dynamique de la désinformation à l’occasion quand les preuves éclatantes sont disponibles.
L’esclavage existe-t-il encore en Mauritanie ?  Nous voulons bien croire que oui, reste à savoir sous quelle forme et en quelle proportion. Aujourd’hui nous allons juste faire ce que devrait pratiquer l’état mauritanien officiellement ou des associations de mauritaniens sur place et à l’étranger à savoir prouver combien la manipulation et le mensonge en la matière sont écrits en toutes lettres dans des rapports officiels de puissances étrangères, combien ces chiffres sortant de nulle part sinon d’une propagande d’organisation radicale célèbre pour tout sauf sa crédibilité qui parle de 10 à 20% d’esclaves en Mauritanie en étant incapable de justifier cette fourchette d’aucune manière, chiffres repris par un journaliste de CNN qui a reçu le prix Livingston pour ce travail approximatif comme un chef-d’oeuvre de mise en scène où le vrai et le faux sont habillement orchestrés au seul profit d’un cinéma convaincant, chiffres repris ensuite par d’autres journalistes à l’étranger, et pas des moindres, sur la base de cette oeuvre journalistique pour moitié de science-fiction,  chiffres qui ont fini par atterrir sur la vitrine de l’Abolition Institute comme faire-valoir sacré prétendant offrir aux âmes sensibles une fourchette incontestable de l’étendue de l’esclavage en Mauritanie.

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
Personne n’est allé suivre le fil de la désinformation pour savoir où cela a commencé avant que l’effet boule de neige ne démarre : un jeune journaliste de CNN, lors de son reportage en Mauritanie avec pour titre «  Slavery’s last stronghold » «  la dernière forteresse de l’esclavage » donne urbi et orbi cette fourchette de 10 à 20% d’esclaves en Mauritanie. Il précise sur le site de CNN que les chiffres viennent de la rapporteuse de l’ONU, Gulnara Shahinian, de passage en Mauritanie pour étudier ces questions…
D’autres journalistes de journaux importants à l’étranger reprennent l’information à partir de la fourchette haute, certains annonçant 500.000 esclaves en Mauritanie comme Nicole Fisher de Forbes
 et voilà l’Abolition Institute, créé après ce reportage de CNN, qui vous accueille sur leur site avec ces chiffres paraissant inattaquables or ils sont faux ! car j’ai lu le rapport en question de madame Gulnara Shahinian que le journaliste de CNN cite.  Elle n’a jamais écrit cela, elle n’a d’ailleurs donné aucune fourchette ! 

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
 Au contraire, elle dit, comme Boubacar Messoud de SOS Esclaves l’a toujours dit, qu’aucun chiffre n’est connu ( P6 ). A propos du nombre de personnes vivants en esclavage,  elle dit même qu’« on pense qu’il a diminué du fait des lois et programmes successivement mis en œuvre par la Mauritanie pour éliminer l’esclavage. »
mais ça vous ne lirez nulle part chez tous ceux à qui la Mauritanie doit désormais cette réputation de numéro 1 en matière d’esclavage proportionnellement à sa population.

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
C’est avec ces faux chiffres de 10 à 20 % introuvables dans le rapport de la rapporteuse de l’ONU Gulnara Shahinian comme le dit le malhonnête journaliste,  20% imaginaires repris par des rapports américains qui cachent la source pourtant  présentée comme ONG respectée, c’est avec le reportage d’un jeune journaliste qui a trouvé là de quoi faire sensation en jouant sur l’ignorance des téléspectateurs étrangers et toutes les ficelles de mauvaise foi de la profession  que partout courent ces chiffres fantaisistes pendant que jamais l’Abolition Institute ni l’IRA ni personne pas même l’état mauritanien ne vous parlera du Global Slavery Index de 2016 qui parle de 1% d’esclaves présumés en Mauritanie sans pouvoir comme les autres justifier ce pourcentage.
Nous voilà donc avec les plus primés qui parlent de 20%, avec leurs relais médiatiques qui parlent de 500.000 esclaves et d’autres aussi spécialistes qui disent 1% pendant que l’état Mauritanien dit à peu près 0%.
Tout cela n’est pas sérieux et on pourrait en sourire tant que le pouvoir de nuisance était marginal mais désormais les voix de la propagande sont soutenues officiellement par des états et pas des moindres,  au moins une surpuissance capable de tout quand cela entre dans le ballet de ses intérêts stratégiques dans une région.
Avec la caution d’un reportage exécuté d’une main de maître pour paraître crédible aux yeux des étrangers, avec les chiffres énormes présentés comme venant d’une rapporteuse de l’ONU alors qu’ils sont introuvables dans son rapport officiel, avec les mêmes chiffres soutenus par un rapport du département d’état américain même s’ils cachent la source de l’étude présentée pourtant comme ONG respectable, avec toutes ces cautions plus douteuses les unes que les autres, voilà que l’Abolition Institute, créée au lendemain du reportage de CNN, réussit à obtenir 5 millions de dollars grâce  à une loi américaine permettant au gouvernement de soutenir les états et les ONG qui luttent contre l’esclavage et ce n’est qu’un début.
Avant l’incident à Nouakchott le 8 septembre 2017 où ils ont été refoulés, avec quelques personnalités certainement de bonne foi embarquées comme des enfants dans cette prestidigitation en matière d’esclavage en Mauritanie, les membres fondateurs de l’Abolition Institute n’avaient rien comme bilan en matière d’action sur le terrain. La page de leur site avec des articles de presse pour cautionner leurs chiffres ne se basait pour majorité que sur le reportage de CNN et des articles qui s’en sont inspirés en gobant les chiffres aussi douteux que la mise en scène.

 

John Sutter

John Sutter
On peut parler pendant une heure de ce reportage de CNN pour le déconstruire et montrer toutes les honteuses ficelles car ce jeune journaliste aurait soi-disant trouvé les légions d’esclaves que les organisations frénétiques comme IRA n’ont pas trouvées en parcourant le pays. De l’étranger, on croit que le journaliste courageux débarque en Corée du Nord. Un pays fermé où l’esclavage de masse est caché par un pouvoir de beidhanes. Ce serait l’omerta partout. Le journaliste entre déguisé pour soi-disant faire une étude que la localisation des criquets par des moyens technologiques. Acte 1 du courage. Puis il tombe sur SOS Esclaves qui va le guider et lui dit de ne surtout pas aller chez telle esclave avérée sinon les autorités vont lui prendre sa caméra. Angoisse ! Pourtant les interview de l’esclave en question sont disponibles partout sauf que l’état craint la manipulation des journalistes et la suite lui donnera raison.https://www.youtube.com/watch?v=5yQlOPD8mNo
N’ayant trouvé aucun esclave à Nouakchott, l’expédition décide d’aller à l’intérieur des terres en Inchiri et au Brakna sous prétexte d’études des mouvements des criquets. Le journaliste courageux parle d’avoir profité de rares moments disponibles pour semer l’agent du gouvernement qui les surveillait. Là on voit des scènes de misérables comme on peut en trouver à Nouakchott dans les ghettos de la pauvreté sauf que là c’est plus loin, on ne voit autour que du sable. Le champ de la caméra est court. Là on en profite vite pour poser des questions : les esclaves seraient là…
Quelle facilité ! Voilà des femmes qui disent que là les enfants affamés mangent du sable. Misère ou esclavage ou les deux ? Où sont les maîtres qui laissent ainsi des étrangers approcher si près leurs captifs ? Admettons que les gens présentés soient des esclaves, ce qui est possible car il en existe mais peut-on parler 10 à 20% d’esclaves ?

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
Pour donner une idée du degré d’ignorance venant de CNN, il suffit de voir ce qui est dit à propos des groupes ethniques en Mauritanie. Il y en aurait 4 sans qu’il ne soit nulle part question d’arabes ni même d’arabo-berbères, il y aurait les maures blancs esclavagistes qui seraient juste des berbères à peau claire parlant arabe, ensuite il y aurait les maures noirs, anciens captifs, puis les africains noirs libres (pular, soninké et wolof) et enfin une autre catégorie distincte des maures noirs, les haratines. Bravo !

 

Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…
Après l’entrée déguisé dans cette Corée du Nord, après l’escapade en Inchiri au Brakna à la recherche des esclaves, après avoir soi-disant prouvé que l’esclavage est massif et caché, le reportage se termine par le héros Birame de l’IRA présenté comme libérateur des légions d’esclaves avec une banderole qui rappelle le mouvement pour les droits civiques aux USA comme si la situation était comparable. Vaste escroquerie médiatique !
Au fait, de quel esclavage parle-t-on ? Dans le monde entier on croit désormais qu’il y a des marchés d’esclaves en Mauritanie. L’autre jour le leader sénégalais de la LSDH a dit qu’en Mauritanie l’esclavage est pratiqué ouvertement.   Je tiens à dire que si je ne cautionne en rien la propagande outrancière et parfois mensongère de Birame,  je fais toutefois miennes les paroles de Boubacar Messoud président de SOS Esclaves sur RFI en 20O9 et en 2015 où il dit que les chiffres ne sont pas disponibles et où il parle de la nature de l’esclavage domestique dont les ressorts psychologiques sont complexes et qu’on ne trouve plus que dans les régions reculées.
 Comme le prouve le reportage de CNN, impossible de trouver des esclaves au sens commun du terme nulle part sauf quelques cas qui ont subi des violences et toutes formes de sévices. Il faut quitter les grandes villes et certaines régions pour aller dans d’autres plus reculées à l’intérieur des terres, coupés du monde où règne une véritable misère pour trouver une forme d’esclavage moderne à savoir des gens qui travaillent pour d’autres sans être payés autrement que par les secours dus à des domestiques. Là on trouve ces fameux villages de descendants d’esclaves, les adwabas où l’on dit toujours d’eux qu’ils sont les esclaves de telle ou telle tribu comme d’ailleurs on le dit toujours de tel ou tel ministre. Le ministre de la justice en exercice par exemple est le fils de mère esclave et il a dû faire un procès pour que la justice lui donne le nom du maître qu’il présente comme son père.
Comme toujours les ressorts psychologiques sont complexes et on ne peut pas vouloir donner une idée de la dynamique sans pincettes ni nuances. Comment expliquer que dans une république présentée comme esclavagiste, les activistes nés de lignée esclave soient si éduqués ?  Comment imaginer que ce vieux maure par exemple débusqué par l’équipée de CNN puisse dire avec le sourire qu’il ne paye pas ceux que le montage a présenté ailleurs comme des esclaves s’il savait la nature de la question ? Tout le reportage est ainsi. Des montages où le récit se fait en anglais, en français et en hassania avec les bonnes traductions mais le montage peut en dire plus… C’est fait avec le professionnalisme d’un journalisme américain fils d’un pays à la pointe de l’industrie médiatique.
Reste que ces esclaves là sont l’incarnation de ce qu’on appelle les séquelles de l’esclavage dans une culture où en naissant les uns se retrouvent descendants des maîtres et les autres descendants d’esclaves, prisonniers les uns des autres d’une culture archaïque qui perdure ici et là dans des coins reculés. Certains ne peuvent plus quitter les terres du maître car ailleurs ils n’auraient aucun moyen de subsistance, d’autres restent car ils ont été conditionnés par un lavage de cerveau à base d’arguments soi-disant religieux, d’autres restent car la famille de leurs anciens maîtres est toute leur famille, on voit un cas dans le reportage à propos de l’ex-esclave de Jemal Ould Yessa co-fondateur de SOS esclaves.

 

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Le passage est intéressant à propos de la manipulation au montage.  On ne le voit jamais entendre la question pour savoir s’il se considère comme esclave, on entend juste sa réponse à propos de la liberté. J’ai appelé Jemal qui m’a confirmé que même si on ne voit pas cela dans le reportage directement, la question lui a bien été posée directement. Je veux bien le croire mais c’est là une faute professionnelle car les autres qui verront le reportage peuvent estimer qu’il y a manipulation à dessein… Laissons au journaliste le bénéfice du doute.

 

 

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