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L’exemple Tunisien –Suite4 et fin : La communauté Bidhanes prisonnière de l’esclavage

Pour contribuer à l’extinction définitive du phénomène de l’esclavage, dont elle a longtemps été le pyromane, la communauté Bidhanes a plusieurs défis à lever :
1-Se «délester » de la réputation d’être le parrain et le bouclier du système politique en place.
En effet, s’il est vrai, comme indiqué dans la suite 3, que l’Administration héritée du colonialisme et l’Etat Mauritanien naissant, ont d’abord, et avant tout, servi la communauté Bidhanes, à laquelle ils se sont identifiés, au plan social et idéologique, il n’en est pas moins vrai que depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, cette donne a bel et bien changé.
De fait, les pouvoirs militaires qui se sont succédés, depuis 1978, ont provoqué et soutenu l’éclatement de la communauté Bidhanes, en régions, tribus et castes. Cette « balkanisation » de la communauté en question, a largement contribué à affaiblir le nouvel Etat, dont la base et la « légitimité » communautaires se sont nettement rétrécies.
Or, le nouveau rapport de force, basé sur la force (militaire) n’a pas réussi à compenser la perte d’adhésion, de solidarité et de cohésion de la communauté Bidhanes, au tour des objectifs fixés par les nouveaux tenants du pouvoir.
Aussi, certaines tribus et collectivités se sont regroupées au tour de leurs propres intérêts et ont cessé de miser sur l’Etat, en tant que protecteur et arbitre central.
Le multipartisme et l’éclosion des ONG, allaient accentuer cette tendance à l’ »autogestion », en lieu et place d’une dépendance aveugle de l’Administration publique.
Cet état de fait, né de l’absence d’un Etat de droit, « dédouane «, en grande partie, la communauté Bidhanes de l’accusation d’être, systématiquement, solidaire des politiques désastreuses du Gouvernement, notamment en matière de justice, d’éducation et des droits de l’homme.
2-Redonner à cette communauté un niveau de respectabilité, au sein des autres communautés, à égale distance de l’ »Etat-Bidhanes », comme certains qualifient le système politique en place. En plus, elle devra s’investir, de manière plus ouverte et plus efficace, dans la lutte contre les séquelles, nombreuses et visibles, de l’esclavage, ainsi que la mise à l’index et l’extirpation de ses rangs, de ceux qui continueraient à soutenir ou à tenter de justifier la pratique de l’esclavage.
3-Initier un élan national de solidarité, volontariste et mesurable, se traduisant par le soutien, matériel et moral, des victimes d’injustice des autres communautés, en particulier en milieu Haratines. Une telle mesure constituerait une preuve d’humilité et du désir d’un vivre ensemble et d’une cohabitation apaisés, sur la base d’une confiance mutuelle retrouvée.
4-Cet ensemble de mesures et d’actions doit être couronné par une demande formelle de pardon, clairement exprimée, par la communauté Bidhanes, auprès des organisations Haratines.
Si un tel objectif était atteint, les futures élections législatives, précédées d’un recensement national, sans complaisance, permettront à toutes les communautés du pays, de se positionner librement, sur le plan politique, et de récolter le juste fruit de leur poids démographique, pour aboutir à l’instauration d’un Etat de droit et la construction d’une Nation, où nous aurons, tous, les mêmes droits et devoirs.
C’est à ce prix, me semble-t-il, que notre pays pourrait, enfin, se construire et se développer en ne gardant de son passé « communautariste » que les spécificités culturelles, qui font sa richesse globale et la fierté de chaque communauté.

 

Ahmed Ould Mohamed
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