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L’exemple Tunisien, suite n°2 : les Haratines, cheville-ouvrière de la société Mauritanienne

Pour introduire ce chapitre, je propose, en partage, l’image que donnait (Allah Yari7mou) Kane Saïdou, socio-anthropologue Mauritanien, des Haratines : « communauté en transition, les Haratines se donneront contradictoirement, par leur spécificité même, un rôle unificateur bénéfique.

Non seulement à toute la Mauritanie, mais à toute la région. Sauf si, pris par le vertige de leur force montante, ils commettent l’erreur de ne pas jouer entre les communautés nationales le rôle qui doit être le leur : le véritable trait d’union entre deux communautés maures et noires auxquelles manquait une passerelle de communication.

Cette communauté transitionnelle exprime, en effet, très clairement et mieux que toute autre, la nature complexe des rapports actuels entre Maures et Noirs », fin de citation,
Depuis la nuit des temps, la quasi-totalité des tribus Bidhanes, qu’elles soient « Arabes ou « Berbères», ont soumis à l’esclavage nombre de leurs concitoyens, regroupés aujourd’hui, sous le vocable « Haratines ».
Cet abominable crime, « importé » par les Berbères et les Arabes, séparément, lors de leur arrivée dans l’espace géographique Mauritanien, est à la base de la survie, de la richesse et du « prestige » de nombreuses familles Bidhanes, qui ont fait, la pluie et le beau temps, tout au long de l’histoire de la Mauritanie.
Il aura fallu que la Mauritanie indépendante, candidate au statut de membre de l’organisation des Nations Unies, souscrive aux grands principes d’égalité et de justice entre les hommes, et notamment, à la déclaration universelle des droits de l’homme, pour que le mot « esclaves » trouve une place officielle dans le vocabulaire de l’Administration publique.
Et c’est ainsi que les premières actions de lutte politiques contre l’esclavage en Mauritanie, virent le jour, au milieu des années 60, du siècle dernier, presqu’en même temps que l’émergence de mouvements nationalistes Arabes et Négro-Africains, autour desquels se sont cristallisées les premières cellules de contestation et d’opposition, au pouvoir central d’alors.
Entre ces deux nationalismes (chauvin et étroit), la mouvance Haratines a eu beaucoup de mal à se frayer son propre chemin et à identifier ses partenaires stratégiques.
Au cours de cette phase d’hésitation, deux groupes ont pu émerger du lot : « Akhouk El Hartani » (ton frère), qui n’a pas fait long feu et « El Hor » (Le libre), qui, de par son nom, évoquait déjà l’idée de la lutte pour la liberté et qui peut être considéré, aujourd’hui, comme le précurseur de la lutte pour l’auto-émancipation des Haratines en Mauritanie.
Ce mouvement, dont les leaders ont été considérés, tantôt comme opposants au pouvoir et « traités » comme tels, tantôt intégrés, comme hauts fonctionnaires dans les différents corps de la fonction publique, a largement contribué à l’éveil politique et la prise de conscience de « classe » parmi les travailleurs et la jeunesse Haratines.
L’APP, El Moustaghbel, et dans une moindre mesures El Wiam, sont aujourd’hui des partis politiques, à majorité Haratines, qui se partagent entre l’opposition dite radicale et celle dite « dialoguiste ».
Moins politisés, mais pas moins engagés, l’ONG « SOS-Esclaves et « El Mithagh », sont des membres actifs des organisations de la société civile, qui se battent pour les droits de l’homme et en particulier contre l’esclavage et ses séquelles.
IRA, l’enfant prodigue de la mouvance Haratines, navigue entre le statut d’ONG et celui de parti politique, non reconnus tous les deux, s’implante de plus en plus en Europe et aux USA.
C’est, forts de ces acquis politiques remarquables, et d’une supériorité démographique patente, malgré l’absence de toute statistique officielle, que le Mouvement Haratines, est en train de se frayer un large chemin au sein du paysage politique Mauritanien, dans lequel il évolue désormais comme « un poisson dans l’eau ».
Vont-ils (les Haratines), pour autant, réussir à fédérer leurs différentes franges et à mutualiser leurs efforts, pour consolider leurs acquis politiques incontestables, et une expérience si riche, afin d’en récolter les dividendes, juridiques et économiques, qui constituent l’essence-même de leurs luttes ?
La suite 3 tentera de répondre à cette question, en essayant d’identifier les obstacles qui se dressent encore sur le chemin de l’extinction totale de l’esclavage, y compris la « résistance » de la communauté Bidhanes, à travers ses deux composantes : l’Etat et les structures féodales traditionnelles.

Ahmed Ould Mohamed
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