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Le devoir arabe : plus que jamais dans le soutien à Mohamed b. Salmane, Mohamed b. Zaîd et Sissi (II) / Par Mohamed Yehdih O. Breideleil

I  La tentation d’Ibn Al Alghami

 

Même Israël, la sentinelle de l’Occident chez nous, n’est pas le bénéficiaire de cette guerre multiforme que mène depuis si longtemps l’Occident et qu’il poursuit  contre les Arabes. Israël n’est pas en mesure ni matériellement ni démographiquement, ni politiquement, ni psychologiquement de remporter une victoire réelle. Les guerres depuis 1948 sont des attentats, des actes terroristes qui font certes mal, mais qui ne peuvent avoir l’envergure d’une guerre qui change fondamentalement les données dans la région. Et la faiblesse ne tient  pas au nombre  de sa population. L’invalidité qui l’enserre dans son ghetto tient au fait qu’il ne partage, et ne veut partager, aucun item minimal, aucun élément de cohésion avec l’océan arabe dans lequel il a été parachuté.

Israël ne s’est jamais donné la sagesse de nous expliquer son problème pour nous amener à le comprendre, à défaut de le partager. En temps normal, les Arabes ne sons pas particulièrement sectaires. Les Arabes d’Asie, si loin, ont été solidaires de la cause et du combat des noirs d’Afrique du Sud. Les Arabes ont été solidaires des grecs chrétiens  de Chypre opposés aux turcs musulmans de Chypre. Ils ont, au moment des grandes crises  entre l’Inde hindouiste et le Pakistan musulman, fréquemment  penché du côté de l’Inde.

Israël a préféré être venimeux, mais son venin sera plus  nocif à la longue pour lui-même que pour ses ennemis. S’il fait mal il ne tue pas. Même sa bombe atomique est plus encombrante  pour lui-même que dangereuse pour ses ennemis.

Israël aurait été dangereux dans quelques rares cas de figure : s’il avait mis en avant sa sémité, sa proximité avec les Arabes, rappelant que les hébreux sont un simple rameau des araméens ou alors s’il avait parié sur l’ouverture humaniste du type du mouvement : ‘’la paix maintenant’’.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des vainqueurs militaires sont vaincus politiquement et c’est la défaite  la plus irrémédiable, la plus durable.

La Grande Bretagne est sortie au nombre des vainqueurs  de 1945 qui se sont arrogés le droit de membres permanents du Conseil de Sécurité mais il est bien difficile de distinguer aujourd’hui, si c’est bien elle qui était victorieuse ou si c’étaient le Japon et l’Allemagne.

 

Pathétique élan

 

Il y a deux façons d’être vaincu: par la force, la défaite militaire, et elle n’est pas mortelle pour les peuples puissants. On renaît, si la sève nourricière n’a pas tari, si elle persiste. C’est le cas du Japon et de l’Allemagne, peuples dans la force de l’âge, battus en plein élan. Il fallait plus que deux bombes atomiques pour anéantir leurs ressorts.

La défaite ne tue que des peuples qui étaient malades de leur civilisation, qui étaient cliniquement morts, même s’ils respirent encore  ou sont même debout, mais sont vermoulus, la vie ne les habite plus. Un coup de pied les transforme en poussière. C’est le cas de ces malheureux indiens d’Amérique lorsqu’ils ont reçu l’inopportune visite des Européens. Ils n’avaient plus en eux-mêmes de ressources pour organiser une résistance salutaire  et encore moins pour  découvrir une approche de long terme  permettant leur renaissance future. Ils se sont éteints.

C’est pratiquement la trappe  où est tombée Byzance, à la fin du Moyen-âge. L’ancienne colonie de Mégare  reculait depuis longtemps, sans se ressaisir. Elle a accepté, contrairement à la Chrétienté  d’Occident, la fatalité et a pris sa sous -vie pour un état normal, vivant sur son passé glorieux, ruminant ce qui n’a plus de tonus, répétant les idées, les mots et les gestes d’autrefois, veillant à leur pureté, à ne rien y ajouter, à ne rien y retrancher, se glorifiant même de cette stagnation.

Elle s’est fourvoyée dans une impasse  conceptuelle  où la pensée  est bannie et la spéculation cosmogonique et eschatologique est reine. La ’’discussion byzantine’’ est devenue depuis un adage. L’esprit a été donc prémuni, immunisé contre toute innovation, toute invention, toute création, tout renouveau, tout progrès. C’est ainsi que Byzance, qui a vécu deux mille ans, est morte.

Il faut dire que la stagnation de Byzance correspond à la pleine  décadence — Inhitat – du Monde arabe. Tous les deux n’ont pas  su prendre le chemin de la coupure épistémologique de la pensée qui a permis à l’Europe d’accéder à la renaissance et de prendre définitivement son envol.

Il n’est pas exagéré de dire que les deux voisins, Byzance et le Monde arabe, se sont contaminés de la même maladie du cerveau et se sont effondrés dans un pathétique élan commun.

La Grèce, pour dire les choses telles qu’elles sont, est orientale et les influx civilisateurs réciproques entre les Arabes et les Grecs sont bien plus anciens et plus suivis  que ce que connait tout le monde, c’est-à-dire les Phéniciens qui passent l’alphabet et certaines conceptions religieuses à la Grèce et à la Grèce qui passe aux Arabes la culture philosophique et certaines connaissances mathématiques.

Selon le philosophe  Zeki Al Ursuzi , l’un des théoriciens du Parti Baath avant 1970, ‘’ils se sont épaulés dans une double démarche : l’esprit sémitique arabe qui tend vers la réalité de l’âme idéale, contrairement à l’esprit grec qui tend vers la découverte de l’ordre de la nature.’’

Toujours est –il que l’ordre étrange des choses voulut que les héritiers de la culture grecque et les descendants d’Al Walid et de Rachid tombèrent sous la domination des Hordes du Mouton noir et du Mouton blanc, d’obscurs nomades descendus des confins de la Mongolie et du Tarim que l’histoire ignorait, et dont la langue est encore mal assurée : les Turcs.

 

Profonde amertume

Lorsque le tour de la Chine est venu, tardivement, au 19e siècle de faire face aux défis existentiels, la riposte nationale  a été différente de tout ce qu’on connaissait. Mais la Chine n’est pas un pays, c’est un monde et un monde qui a une brillante civilisation millénaire.

Quand maître Kong, Confucius, est né, la civilisation chinoise avait derrière elle au moins mille ans. La différence fondamentale avec le monde arabe, c’est que les chinois ont préservé leur unité étatique.

Si la révolte des Taïpings et celle des Boxers ont ouvert les yeux des Occidentaux sur l’impossibilité pour eux de gouverner la Chine, le sursaut national invincible a été mené seulement au début du 20e siècle par le Parti Communiste Chinois dirigé par Mao Tsé Toung. Ce ne fut pas pour prendre un pouvoir. Les communistes chinois sont partis de ce diagnostic : on ne peut plus rapiécer la Chine. Il faut une refondation totale et surtout une refonte                                                                  comme on refond un métal – de l’homme, avec cette soif insatiable de regagner le prestige perdu.

C’est avec ces hommes trempés, que la Chine, après l’orientation donnée par Deng Hsiao Ping, a pu accomplir son miracle, a réalisé en trois décennies les progrès économiques que les occidentaux ont mis trois siècles à accomplir.

Notre cas, celui des Arabes, est l’un des plus complexes, parce qu’il se révèle avec une acuité déconcertante, à ce stade troublé, en quelque sorte tardif, de l’histoire. La révolution culturelle dans les esprits, nous l’avons ratée à l’aube  des Temps Modernes  et nous n’avons pas su  muer au 20e siècle, politiquement et socialement, pour créer notre rêve de toujours d’un Etat unique ou, au moins, avoir un système socio- politique homogène et avançant au même rythme.

Les grandes nations ont, en règle générale, accompli leur unité et atteint un degré avancé de développement et de puissance. Nous ressentons avec une profonde amertume ce retard et nous nous débattons, de travers, pour refuser ce sort.  Beaucoup parmi nous et ailleurs pensent  que les jeux sont fait, que les positions sont réparties, que les meurtrières sont occupées, que la hiérarchie est établie une fois pour toutes. Francis Fukuyama a parlé même de ‘’fin de l’histoire’’. Cependant   Samuel Huntington constate, plus qu’il ne prédit, le choc des civilisations.

Il n’ya pas d’ère statique, une séquence calme de quelques années dans le rythme du mouvement peut seulement faire illusion. Même dans la respiration d’un individu, il y a de très brefs moments de suspension, des apnées.

Personne dans l’histoire n’a jamais trouvé un terrain vide, propice ou rarement en tout cas  au Proche-Orient et sur le pourtour de la Méditerranée où il pût s’installer à son aise, grandir et se développer et dire aux autres : nous sommes là, composez avec nous, faites-nous de la place. Si on est digne de respect et de considération, si on est déterminé à être un partenaire fiable, on impose sa place. Sur la tribune d’honneur des nations, il n’y a pas de tricherie, il n’y a pas de cadeau. Seul compte le mérite.

Une chose est certaine, nous n’obtiendrons nos droits qu’au prix d’efforts titanesques et en cessant de compter sur le hasard. Définir nos objectifs et travailler en conséquence : voilà la voie.

La justesse de la stratégie, son audace et son réalisme aussi sont déterminants. L’audace est dictée par l’aspiration de notre peuple à rattraper le temps perdu, son refus, chaque jour  renouvelé, d’accepter la défaite, parce que sa sève nourricière est intacte. Ce refus permanent de reculer s’appuie sur nos points positifs, sur les avantages nombreux dont nous disposons. Nos faiblesses qu’il ne faut pas se cacher, nos points faibles qu’il ne faut pas sous-estimer, nous enjoignent d’accepter de possibles et sans doute de nombreux compromis.

Le compromis, quand on avance vers un objectif stratégique clair, est un pas en arrière qui facilite la réussite, quand on est sans objectif partagé par le peuple, il est désastreux, c’est au mieux, une marche à rebours, au pire une nage dans les ténèbres.

 

Compter sur ses propres forces

L’idéal eût été de trouver un dialogue avec ceux qui nous font perpétuellement la guerre, c’est –à-dire les occidentaux. Mais ces derniers, installés déjà sur leur piédestal, nous regardent de haut et refusent toute égalité, toute compréhension. Le goût et l’habitude de dominer, joints à un insatiable appétit de gain les rendent sourds et ils poursuivent une envolée qui ressemble beaucoup au drame des compagnons d’Ulysse enchaîné.

Dans ces conditions, il faut compter sur ses propres forces, car se sont les conditions  qui dictent le chemin, pas seulement l’objectif final. ‘’Compter sur ses propres forces’’, pas à la manière de Saloth Sar, qui avait sa notoriété sous le nom de Pol Pot, qui disait : ‘’jamais on ne demandera rien à personne, ne serait ce qu’un comprimé de quinine…      Il faut  travailler dur, il faut que les gens apprennent qu’ils naissent du grain de riz. En suant pour défricher, pour semer, planter, récolter, l’homme connaît la vraie valeur des choses’’. Ce n’est pas ce discours juste qu’il faut reprocher à Pol Pot, c’est la méthode désastreuse qu’il a suivi. Il n’a pas tenu compte des conditions de son peuple,  du contexte régional et international.

La première analyse à faire est de déterminer le danger immédiat, l’autre étant connu. La situation se résume en peu de mots : nous tentions de parer aux visites nocturnes du lion occidental, mais voilà qu’en plein jour un loup enragé pénètre dans notre tente. Quelle attitude prendre ?  Continuer à parer à la visite éventuelle du lion ou tenter d’échapper au loup qui veut nous dévorer ici et maintenant ? Il n’ ya pas de doute possible, il faut échapper au danger immédiat.

Le danger immédiat, ce sont les Perses et les Turcs, ces barbares haineux et mal dégrossis qui n’ont pas la profondeur  de notre civilisation  et qui, chaque fois que nous traversons un moment  d’assoupissement, nous surprennent pour semer la désolation et approfondir les sillons de l’arriération. Toutes les guerres et les défaites militaires que nous ont infligées les occidentaux ont été gagnées, politiquement, par les Perses et les Turcs. Leur aspiration à nous diriger  et à nous dominer provient de ce sentiment  et de cette réalité. Ils sont passés depuis   plusieurs années de la volonté aux actes.

Beaucoup d’entre nous sont incapables d’appréhender la situation où nous nous  trouvons et restent tétanisés, d’autres sont tentés par l’acte ignoble d’Ibn Al Alqami, le visir  qui livra Baghdad au 13e siècle aux Mongols.

Dans cet affrontement qui était inévitable, nous avons peu d’alliés. Les Européens parient sur l’Iran, la Russie et la Chine, avouons-le, n’arrivent  pas à nous situer  et donc à s’engager  stratégiquement avec nous.

Il faut plus que de bonnes paroles pour leur inspirer confiance. Seuls des actes spectaculaires de notre part sont susceptibles de faire bouger les lignes.

Le comportement des USA n’est  un mystère pour personne. Nous pouvons peut-être faire un bout de chemin avec eux, mais personne ne peut compter sur les Etats –Unis. La volte-face  aux moments difficiles, est leur habitude  sinon leur méthode. Ce n’est pas ou ce n’est plus un allié fiable  et il ne faut , en aucun cas, lier ce jugement  à Donald Tremp. Il est peut-être le meilleur président des Etats-Unis que nous ayons connu.

Il est même possible qu’il soit la concrétisation de l’idée de Goethe à propos de ‘’cette force qui veut toujours le mal et toujours fait le bien’’.

- A suivre-

Source : Le Calame

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