Belle plume : Paroles, dires et non-dits

Resultado de imagen de dis et non dits imagesPrès d’un million et demi de mauritaniens parmi les presque quatre millions de citoyens de la nouvelle Mauritanie sont appelés aux votations des 1er et 15 septembre 2018. Juste un peu plus que le nombre ‘’d’adhérents/militants’’  que le parti au pouvoir , Union pour la République(UPR) a revendiqué  à l’issue de sa « redynamisation » et sa campagne d’implantation orchestrées tout récemment.

Ces chiffres laissent présager un score, sans appel, aux futures échéances électorales, dépassant les 80 % des suffrages en faveur des candidats de l’UPR et de ses partis satellites.

Certaines voix alarmistes nous annoncent, d’ores et déjà, une débâcle du système de ce qu’il est convenu d’appeler la majorité présidentielle, en raison, analysent-elles, du mauvais arbitrage des candidatures.

Croire en ces thèses éhontées, c’est ignorer que, dans la Mauritanie nouvelle, comme le dit depuis toujours l’immuable sémantique officielle, « toutes les mesures ont été prises ».

A titre seulement d’exemple, on peut noter que, par souci majeur des « pouvoirs publics » de garantir que la neutralité de l’administration soit strictement observée, les coordinations régionales de campagne ont été confiées, par l’UPR, à des membres du Gouvernement.

La médisance des envieux de l’opposition prétendra que le pouvoir se comporte en juge et partie. Celui-ci répondra, par les  voix autorisées, que c’est du déjà entendu et que ce ne sont là que des aboiements qui n’empêcheront pas la caravane du progrès et de la « …prospérité partagée » de poursuivre son parcours.

Comme dirait l’autre, n’en déplaise aux opposants et opposés, le pouvoir est seulement partie et juge. En politique, la commutativité perd son sens, pour ne pas dire tous les sens.

Comme antithèse de ces prophéties, tantôt apocalyptiques, tantôt envieuses, un récent tweet du Président attitré de l’UPR, affirmait, péremptoire :

« avant que nous commencions la confrontation électorale, après en avoir établi les conditions et défini les règles du jeu, nous devons percevoir ses résultats et la réalité politique qu’elle produira comme une légitimité nationale issue des urnes.Ainsi, le prochain parlement exercera tous ses pouvoirs constitutionnels à la place de la nation mauritanienne. Il est du devoir des forces politiques d’accepter cela avec sérénité ».

A en conclure que ce n’était pas seulement le défunt Sénat qui ne jouait pas son « rôle » constitutionnel, mais aussi l’autre chambre qui a, jusqu’ici, survécu aux amendements constitutionnels.

Vous aurez remarqué que, sans l’annoncer, nous sommes passés des dires aux non-dits. La teneur de ce message n’est qu’une version plus nuancée, mais on ne peut plus claire, de ce qu’avait annoncé, en termes décryptés, le porte-parole du gouvernement au sujet de la candidature du Président effectif de l’UPR, actuel chef de l’Etat, à de futurs mandats présidentiels. Ce n’est, en somme, qu’une différence de style de plaidoiries entre deux avocats formés à la même école Upérienne de la démocrature.

On peut se sentir tout à fait brouillé entre les dires et les non-dits. En effet, il y’a, d’un côté, l’affirmation, plusieurs fois renouvelée, du locataire du palais ocre de Nouakchott, de son intention de respecter les dispositions constitutionnelles quant à la limitation de ses mandats successifs à deux.

D’un autre côté, il y’a les déclarations d’une voix, a priori, autorisée, qui nous qualifient de « rêveurs éveillés » si nous croyions aux déclarations présidentielles en la matière.

Un analyste médiatique de la place était monté au créneau, pour donner plusieurs preuves, selon lui, du « manque de sérieux » du porte-parole, parmi lesquelles ce qu’il a qualifié de « sourire narquois » de l’intéressé. Il avait titré « n’en déplaise au ministre, le Président tiendra parole ».

Entre paroles, dires et non-dits, il devient difficile de savoir auquel de ces ‘’saints’’ se vouer. Est-ce une manière de maintenir, jusqu’au dernier moment, un suspens à la Joseph Kabila Kabange ?

Comme l’avait dit le porte-parole (officiel comme dirait la TVM) du gouvernement, les prochains jours nous édifieront.

En attendant, on ne peut que déceler, en filigrane, dans cette cacophonie, que les partitions ne semblent pas identiques. Il y’a ceux qui semblent paraphraser, en filigrane, le célèbre Jacques Brel dans  sa chanson «  ne me quitte pas »,  et ceux qui veulent paraître plus sereins, en adoptant les Paroles de « Puisque tu t’en vas, pas» de Sylvie Vartan  :

PUISQUE TU T’EN VAS, JE NE VEUX RIEN GARDER DE TOI
EMPORTES AVEC TOI, EMPORTES CE QUE TU VOUDRAS
LE PIANO, LA TELE, LES PHOTOS DE L’ETE
LES CADEAUX DU PASSE, SI TU DOIS T’EN ALLER

MAIS MON AMOUR, JE T’EN SUPPLIE
NE ME CONSOLE PAS, J’EN AURAI TROP DE PEINE

PUISQUE TU T’EN VAS, JE NE VEUX RIEN GARDER DE NOUS
EMPORTES AVEC TOI, LE CHAT, LE CHIEN ET LE HIBOU
LES PANTOUFLES DE TA SOEUR, TA VALISE ET MON COEUR
MES REGRETS, MON BONHEUR, AVEC TOI TOUT A L’HEURE

MAIS MON AMOUR, JE T’EN SUPPLIE
NE DIS RIEN, TU VOIS, J’EN AURAI TROP DE PEINE

PUISQUE TU T’EN VAS, JE NE VEUX RIEN GARDER DE TOI
EMPORTES AVEC TOI, EMPORTES TOUT, JE N’EN VEUX PAS
LA SONO BIEN NOMMEE, HAUTE FIDELITE
LA MAISON EST FERMEE, TU PEUX GARDER LES CLEFS

JE NE PEUX VIVRE ICI, PUISQUE TU T’EN VAS.

 

Belle Plume

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