10 juillet 1978- 10 juillet 2018 : Quarante ans déjà (suite et fin)


10 juillet 1978- 10 juillet 2018 : Quarante ans déjà (suite et fin)

Le come-back : Aziz,  2008- 2018
Ce qu’on redoutait en 2007allait finalement survenir quelques mois plus tard.  Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est démocratiquement élu dans les formes en mars 2007, au cours d’un scrutin jugé satisfaisant et conforme aux normes et aux standards par des observateurs européens et internationaux.
Tout avait commencé le 3 août 2005. Des officiers viennent tout juste de renverser le régime du président Ould Taya. Ils s’étaient réclamés d’un Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), qui était dirigé par le colonel Ely ould Mohamed Vall. L’homme fort et l’instigateur du coup était le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz dit Aziz, commandant du ‘’puissant’’ et ‘’incontournable’’ Bataillon de la Sécurité Présidentielle (BASEP).
En effet, depuis la tentative de coup d’Etat du 8 juin 2003, et ses répliques de 2004, qui avaient fortement secoué et failli ébranler le pouvoir d’Ould Taya, celui-ci s’était jeté dans les bras de ses hommes ‘’fidèles’’, à qui il avait confié  sa sécurité personnelle, et celle de son régime. Aziz préparait son coup depuis plusieurs mois déjà. Sa machine était rodée et il pouvait passer à l’acte sans encombre à chaque déplacement d’Ould Taya. Aziz avait fait impliquer son cousin Ely, l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé à l’époque, pour donner du crédit à son action, auprès des autres haut-gradés. Ely avait toutefois conditionné sa participation au mouvement, par la non atteinte à l’intégrité physique de son ‘’ami’’ Ould Taya. Ely ne souhaitait pas le voir malmené, n’en voulait ni mort, ni même prisonnier.
La hantise du putsch et ‘’la nouvelle menace terroriste’’ étaient des cauchemars qui troublaient les nuits d’Ould Taya, des donnes qui accélèreront les évènements. L’attaque par une bande de narcotrafiquants et terroristes contre la base de Lemghaity au mois de juin 2005 avec son bilan très lourd côté mauritanien (17 soldats sont tués ou capturés et froidement assassinés par les narco-djihadistes du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat du chef algérien Mokhtar Bolmokhtar dit Bellaouar), avait sonné le glas du régime d’Ould Taya. Le présidant Maaouya avait ordonné la poursuite des assaillants jusqu’à leurs maquis au nord du Mali par les troupes mauritaniennes. Il avait aussi ordonné à ses officiers de participer à cette opération de ratissage.
A la veille de son fatal déplacement en Arabie Saoudite pour présenter ses condoléances au futur roi Abdallah, après la disparition de son frère et roi Fahd, il aurait commis l’imprudence d’en parler à ses officiers et à Aziz. Il était prévu qu’à son retour, qui n’aura jamais lieu, il allait signer la note d’affectation de ces officiers sur le nouveau front ouvert contre les djihadistes. Sentant que l’occasion allait lui filer entre les doigts, Aziz passa à l’acte ce 3 août 2005. Un coup de force qui est hâtivement condamné par la Communauté internationale, qui brandit la menace de sanctions et d’embargo. Sentant la pression monter, le CMJD s’était engagé auprès des partenaires du pays en 18 points, et en 24 mois (bientôt ramenés à 18), à conduire jusqu’à son terme, un processus démocratique équitable et transparent. Et à ne pas interférer dans ce processus démocratique. Les militaires s’étaient notamment engagés à ne pas avoir un candidat dans leurs rangs, et à ne pas soutenir un candidat. Des engagements qui ont été d’abord trahis par un travail de sape des formations politiques en place au moyen de promesses et de menaces, puis à travers la débauche des grands électeurs et de certains notables et en suscitant les candidatures indépendantes, ensuite.

 

Des ralliements négociés
Dès l’enclenchement du processus démocratique, les militaires – et surtout Aziz – avaient affiché presqu’ouvertement leur parrainage de la candidature de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, et ont commencé à recevoir les soutiens pour son investiture et pour son élection. Ils pensaient ainsi barrer la route à toute autre candidature crédible et populaire, et particulièrement à celle d’Ahmed Ould Daddah jugé ‘’ingérable’’. Après le premier tour, ils obtiennent les ralliements clés en faveur de Ould Cheikh Abdallahi de Messaoud Ould Boulkheir et de Zeine Ould Zeidane, arrivés respectivement troisième et quatrième au premier tour.

Des ralliements négociés par Mohamed Ould Abdel Aziz en personne, en contrepartie de la présidence de l’Assemblée nationale et de portefeuilles ministériels pour le premier, et du poste de Premier ministre, le choix de ses conseillers et certaines nominations, pour le deuxième. Sidi sera élu in extrémis au second tour, face à son challenger Ahmed Ould Daddah. Après une cérémonie d’investiture grandiose organisée en grandes pompes au Palais des congrès avec une représentation remarquable de la Communauté internationale, le nouveau président prend ses fonctions le 19 avril 2007. La lune de miel sera de courte durée. Contrairement aux attentes, Sidi s’avère ne pas être la marionnette qu’espéraient les militaires.

Presqu’aussitôt, il a été gêné dans l’exercice de ses fonctions et empêché de travailler. Il est constamment talonné et de près par le chef du BASEP. Un long feuilleton s’engage entre l’homme et le petit groupe d’officiers qu’il avait commis ‘’l’imprudence’’ de promouvoir aux grades de généraux, et de leur confier l’essentiel du haut commandement. Fortement influencé, Sidioca décide de promouvoir  deux colonels, Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani au grade de général. Le général Aziz se voit confier le commandement de l’Etat-major présidentiel spécial, en conservant le commandement du BASEP. Le général Ould Ghazwani est nommé directeur de la Sûreté nationale. Le colonel Félix Négri promu par la suite général, est nommé chef d’Etat-major de l’Armée nationale. Ces officiers manipulaient un groupe de députés dits frondeurs ou ‘’bataillon parlementaire’’, qui brandit la menace d’une motion de censure contre le gouvernement conduit par Yahya Ould Ahmed El Waghf, nommé à la place de Zeine Ould Zeidane, ainsi que la création d’une haute cour de justice afin de juger le président Sidioca pour ‘’faute grave et haute trahison’’.

 

Un coup d’état en préparation

 

Ce qui peut paraître une démarche normale dans une démocratie, est ici le signe avant-coureur d’un coup d’Etat en bonne et due forme dans le cas d’espèce. Zeine Ould Zeidane aurait, selon certains, obtenu des garanties de la part de Mohamed Ould Abdel Aziz, de rester Premier ministre pour au moins deux ans et demi, en contrepartie de son ralliement à Sidioca au deuxième tour de la présidentielle de 2007. Cet engagement avait aussi une autre intention. Toujours selon certains, Zeine aurait reçu la consigne discrète de rester inactif pendant tout le temps où il aura à conduire le gouvernement et de pourrir la vie à Sidioca, plombant ainsi l’action de l’exécutif et condamnant du coup les engagements électoraux du président. Sidioca et ses collaborateurs ont soupçonné la machination. Après avoir opéré une ouverture sur les islamistes du parti Tawassoul, et le parti UFP de Mohamed Ould Maouloud, Sidi forme un premier gouvernement élargi sous la conduite d’Ould El Waghf. Gouvernement qui n’obtint pas la satisfaction du groupe des ‘’frondeurs’’ conduits par le député Sidi Mohamed Ould Maham, et les sénateurs (premier vice-président du Sénat) Mohamed El Hacen Ould El Haj (dit Mohcen) et Yahya Ould Abdel Ghahar, qui multiplient les sorties médiatiques hostiles et musclées. De plus en plus sous pression et sous l’insistance des ‘’frondeurs’’, Ould Cheikh Abdallahi, annonce une nouvelle recomposition du gouvernement de Ould Waghf, qui ne satisfait toujours pas les exigences des ‘’frondeurs’’. Pris en otage, il décide alors de se débarrasser en catimini des officiers ‘’encombrants’’.

Il les limogea dans la matinée du mercredi 6 août 2008 à travers un communiqué télévisé et radiodiffusé. La réaction du petit groupe de trois généraux conduit par Aziz était immédiate et ne s’était pas fait attendre. Les mauritaniens assistent alors en direct à un coup d’Etat qui se déroulait sous leurs fenêtres entre 8 heures et 10 heures du matin. Les sièges de Radio Mauritanie et de la TVM sont occupés par des unités du BASEP. Des contre-communiqués sont lus en direct sous la supervision du virulent ministre de la Communication Mohamed Mahmoud Ould Brahim Khlil. Le chef d’Etat-major présidentiel spécial, le général Mohamed Ould Abdel Aziz met le président Ould Cheikh Abdallahi aux arrêts. Un Haut Conseil d’Etat (HCE) s’empare du pouvoir. La suite est connue ; une crise longue de 9 mois s’engage entre le HCE d’une part, et un Front National de Défense de la Démocratie (FNDD), composé des anciennes formations et personnalités alliées d’Ould Cheikh Abdallahi, d’autre part, qui réclame la restauration de la légalité constitutionnelle.
Pour contrecarrer ses détracteurs politiques, acquérir une forme de légitimité et gagner en notoriété et en reconnaissance, Aziz brandit le slogan de ‘’la lutte contre la gabegie et les prévaricateurs’’, slogan considéré comme ‘’creux et populiste’’ par ses opposants. L’ex-première dame Khattou Mint El Boukhari est elle aussi arrêtée et conduite à plusieurs reprises dans le wagon d’un pickup au Sénat pour y être entendue à propos des activités de sa fondation fraîchement créée. Il emprisonne l’ex-Premier ministre de Sidioca, Yahya Ould El Waghf aux côtés d’autres anciens responsables de la SONIMEX et d’Air Mauritanie dans ce que les officines médiatiques du régime appelaient ‘’la faillite manigancée d’Air Mauritanie’’, et ‘’le marché du riz avarié’’.

 

Kadhafi au secours

 

Au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans la crise, le pays est menacé d’embargo et de sanctions de la part de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux. Le régime des sanctions faisait tellement peur que la junte publie un calendrier électoral comprenant des journées de concertation qui seront organisées en fin 2008. Journées qui seront boycottées par les opposants au coup d’Etat. Ould Cheikh Abdallahi qui était emprisonné au Palais des conférences depuis le 6 août, est mis le 23 décembre 2009 en résidence surveillée dans sa localité natale de Lemden, il sera très vite évident qu’il détient les clés de la crise politique. Le RFD, qui avait soutenu au début, le putsch d’Aziz, s’était ravisé et avait rejoint le camp des opposants au coup d’Etat. Il claque la porte au cours des journées de concertation qu’il considère comme peu crédibles, en raison de la propagande de certains participants pour la candidature d’Aziz.

Kadhafi arrive à Nouakchott en tant que président en exercice de l’Union africaine et tente en vain une ‘’médiation’’. Il a surtout cherché à convaincre les opposants au putsch, d’accepter le calendrier électoral d’Aziz, qui prévoit une présidentielle le 6 juin 2009. Dans le cadre du processus unilatéral qu’il avait initié, le candidat Aziz ‘’démissionne’’ de la présidence du HCE le 15 avril 2009 et quitte du moins en apparence le palais présidentiel. Le Président du Sénat Bâ Mamadou dit M’Baré devient ‘’Président intérimaire de la phase transitoire’’. Aziz sillonnera le pays dans une campagne électoral pour la présidentielle du ‘’six-six’’, où il n’a d’autres challengers que Sghaïr Ould M’Barek, Médiateur de la République, et Lalla Marième Mint Moulaye Idriss, ex-directeur adjoint du cabinet de Taya. Les partenaires de la Mauritanie (UE, UA, OIF, Conférence Islamique, Ligue arabe, PNUD) s’organisent sous le regard vigilant des chancelleries occidentales, pour tenter une médiation en vue d’un accord acceptable par toutes les parties. Un groupe de contact pour la Mauritanie est créé sous la houlette du facilitateur, le président sénégalais Abdoulaye Wade, secondé par son ministre des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio.

Un marathon diplomatique s’engage avec de multiples navettes diplomatiques entre Nouakchott, Lemden et Dakar. Après près de deux mois de tractations, un accord est trouvé le 3 juin 2009 appelé accord inclusif de Dakar. Il est signé à Dakar et mis en exécution à Nouakchott, le 5 juin 2009 avec la démission du président Ould Cheikh Abdallahi et l’élargissement des détenus. Il met fin à la crise et prévoit une présidentielle dans un mois, supervisée par un gouvernement d’union nationale composé des trois parties de la crise : le pouvoir, le FNDD et le RFD. Prise de court et mal préparée, l’opposition démocratique va aux élections en ordre dispersé. La lassitude et le découragement qui gagnent son électorat, expliquent en grande partie les mauvais résultats de ses candidats. Aziz ‘’remporte’’ sans surprise ce scrutin, aidé en cela par la machine d’un appareil d’Etat qu’il avait nommé et qui lui est resté fidèle malgré sa démission apparente. Les officiers et les hauts responsables ont mené campagne en sa faveur. Le 18 juillet 2009, il est élu dès le premier tour. Il sera investi président pour un premier mandat le 5 août 2009. Le 21 juin 2014, il est réélu pour un second et dernier mandat.

Nous reviendrons sur le bilan des dix ans d’Aziz prochainement à l’occasion du dixième anniversaire du 6 août 2008.
Mohamedene Ould Meyne

source lecalame.info

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire