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Lettre Ouverte aux Chefs d’ État et de Gouvernement Participant au 31st Sommet de l’Union Africaine á Nouakchott, Mauritanie

Sujet: La Tragédie des Mauritaniens Noirs    Excellences,       Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre pays, la Mauritanie, que vous visitez dans le cadre de la tenue du 31ème sommet de l’Union Africaine. Cependant, nous avons l’obligation morale de porter à votre haute attention que la Mauritanie est un pays où sévit encore l’esclavage à grande échelle et un « Apartheid déguisé. » « Etre Noir en Mauritanie est un délit , sans que cela ne soit écrit nulle part, » disait un observateur  du Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN)

Des lois non écrites confinent en effet l’homme noir mauritanien au rang de citoyen de seconde zone, ou pire encore, en victime d’un déni d’humanité à travers l’esclavage. Ce phénomène anachronique demeure une réalité dans le pays aussi bien sous sa forme traditionnelle que sous la forme de l’esclavage moderne dont les victimes sont toujours les mêmes: les populations noires, particulièrement la communauté Haratine. Malgré une profusion de lois criminalisant l’esclavage, ce dernier demeure une bien triste réalité en Mauritanie. Pire, ce sont les activistes anti-esclavagistes qui sont persécutés pendant que les maîtres esclavagistes jouissent de la protection de l’ état.

En plus de l’ esclavage, les noirs font l’objet de discriminations dès les premières années de l’ Indépendance en 1960, pratiques qui vont atteindre leur point culminant avec les régimes militaires pendant les années 1986 à 1991. Au cours de cette période, selon les chiffres du HCR, 120.000 négro-mauritaniens, Haal Pulaars, Soninkés, et Wolofs, feront l’objet de déportations vers le Sénégal et le Mali. Des centaines de villages furent détruits le long de la vallée du fleuve Sénégal qui fut, part ailleurs, le théâtre d’exactions et d’exécutions extrajudiciaires massives. En 1990, l’Etat mauritanien entreprend de « dénégrifier » l’armée nationale : les militaires négro-africains sont  quasiment tous arrêtés et jetés dans des camps mouroirs dans lesquels ils sont torturés, soumis aux traitements les plus inhumains. Plus de 500 d’entre eux mourront, ensevelis dans des fosses communes éparpillées au gré des camps militaires du pays. Dans cette même logique d’extermination, 28 soldats négro-mauritaniens furent pendus à Inal le 28 Novembre 1990, pour « célébrer la fête de l’indépendance nationale ». Les militaires rescapés seront radiés de l’armée tandis que les auteurs de ces crimes abominables circulent librement et occupent même de hautes fonctions de l’Etat, protégés par une loi inique et scélérate d’amnistie votée en 1993.

Si les déportations massives et les exécutions extrajudiciaires se sont arrêtées, l’épuration ethnique quant à elle continue de plus belle, sous des formes plus sournoises. Le Pouvoir actuel a entrepris en effet depuis 2011, une opération d’enrôlement qui vise officiellement à doter les Mauritaniens de papiers d’état-civil biométriques et sécurisés. Mais en réalité, cette opération s’est révélée être raciste et discriminatoire à l’égard des Noirs de Mauritanie pour lesquels, l’obtention des nouveaux documents d’état-civil est rendue quasiment impossible à cause des obstacles délibérément crées par l’état. Au final, des dizaines de milliers de Noirs sont ainsi devenus apatrides dans leur propre pays, fautes d’état-civil.

 

Un autre important problème qui mérite d’être mentionné est l’expropriation des terres des Noirs Mauritaniens sans aucune forme de compensation. En privant de force les communautés de leurs moyens économiques, le gouvernement compromet leur existence  même.

Cet Apartheid non official est très apparent au niveau des hautes fonctions de l’Etat, de l’administration, de l’appareil judiciaire, des forces de défense et de sécurité, des médias audiovisuels publics et privés, des banques et des hommes d’affaires qui ne sont composés que d’arabo-berbère presque exclusivement .

Excellences,

La Mauritanie ne peut pas continuer à nier la pratique de l’esclavage, des discriminations sur des bases raciales, ethniques et tribales, pratiques largement documentées par ailleurs, tout en continuant à fréquenter les autres Nations libres comme si de rien n’était. Vous aviez dénoncé l’Apartheid en son temps, nous vous demandons d’en faire de même pour ce qui se passe chez nous . Il y va de la dignité humaine, il y va de la paix et de la sécurité dans la sous-région et sur le continent. Comme l’ a si bien fait remarquer Martin Luther King :  » l’ injustice n importe ou est une menace pour la justice partout, ».

En vous remerciant d’avance de votre aimable attention, nous vous prions, excellence, de bien vouloir porter ces informations à la connaissance de vos pairs, pour que, dans un élan commun, l’Afrique se mobilise afin de faire cesser ce « nouvel Apartheid. »

Avec notre plus haute considération,

 

 

New York  le 30 Juin, 2018

 

Aissata Niang Présidente, Muritanie Min Jejitta[1]

Telephone: (1646)981-8275

Email: aissataniang66@gmail.com

Maimouna Alpha Sy, Secrétaire General, le Collectif des Veuves et Orphelins de Mauritanie[2]

Telephone: (222)46441587

Email: mounalphasy@yahoo.fr

Diari Toumbo, Représentante en France, le Collectif des Veuves et Orphelins de Mauritanie

Téléphone: 337534076693

Email: Diaratoumbouyacodou@gmail.com

 

 

 

 

 

[1] Muritanie Min Njejitta est la voix collective des veuves et des orphelins pour demander la justice pour les exécutions extrajudiciaires de leurs proches par le gouvernement mauritanien. L’ organisation s’ engage à lutter contre l’impunité en tenant pour responsables  les auteurs de ces crimes odieux. De plus, elle affirme sa détermination  à honorer la MÉMOIRE des victimes comme mécanisme de prévention. Elle poursuit sa mission par l’action légale et le plaidoyer.

[2] Le Collectif des Veuves et Orphelins de Mauritanie est le collectif des épouses, des enfants et des mères des officiers/soldats Noirs qui demandent la justice pour leurs proches victimes d’exécutions extrajudiciaires. L’ organisation exige la mise sur pied d’ une commission d’ enquête indépendante pour faire la lumière sur ces crimes odieux commis par des membres des forces armées nationales durant la période 1990 – 1992.

 

Source: LeCalame

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